Si l’amour dure trois ans, qu’est-ce qu’il nous reste ?

Le polyamour, c’est beau.

Dire à quelqu’un : je t’aime, mais tu es libre, mais je suis libre. C’est quelque chose de difficile, mais de beau.
Je n’ai pas écrit pendant longtemps sur le sujet, parce que je n’avais rien à dire. Parce que le polyamour, c’est simple : tu aimes non pas une, mais plus d’une personne. Que dire d’autre ?

Le polyamour c’est peut-être simple, mais l’amour c’est compliqué, en fait.

Les sentiments, c’est une chose. Les émotions, une autre. L’affection, l’attirance, les crushs, les désirs, les nuits passées à rêver d’autrui, le manque, toutes ces émotions qui sont d’habitude canalisées sur une seule et même personne, et en polyamour on te dit : lâche-toi, tu as droit. Forcément, c’est pas simple et ça peut faire des dégâts. Certains disent que tout cela est simple mais qu’on se complique la tâche : ils ont probablement raison, mais la finalité est là. Les relations, c’est SACRÉMENT compliqué.

Là, tel que tu me vois lecteur, gentil lecteur, je suis saoul, de l’ivresse du mec torché qui vient de rompre une longue relation et qui te paie un coup dans un bar pour te raconter ce qu’il en a tiré. Alors commençons la leçon d’aujourd’hui, aujourd’hui cher lecteur, je te partage une leçon d’amour. Et comme j’ai trente ans déjà, on ne parlera pas de la petite amourette adolescente, on parlera de l’amour avec un grand A-rchitecte, on parlera de l’amour qui s’étend sur des années.

Certains disent que l’amour dure trois ans. J’ai toujours détesté cet adage : ça sonne psychologie de comptoir. C’en est probablement. Mais y’a t-il vérité dans ce dicton ? J’ai toujours voulu penser que non.

Mais là, comme tu me vois cher lecteur, j’ai trente ans, et un sacré paquet d’histoires derrière moi. Et si je regarde derrière moi, je comptabilise déjà cinq histoires d’amour qui se sont brisées à la fin de la troisième année. Même la dernière, qui aura duré 4 ans, a commencé à péricliter à cet exact intervalle de temps : 3 ans. Alors oui, je dois l’admettre, y’a un palier à trois ans, et ça me fait bien chier de le reconnaître. Un palier qui ne passe jamais chez moi.
C’est ça les relations amoureuses : on se voit finir ses jours ensemble, et dans la plupart des cas on finit par en faire le deuil. Et là je suis encore, à nouveau, dans une relation parfaite, dans le grand amour avec un grand A, et ça fait un an que ça dure. Et je regarde en arrière et je me dit : déjà 5 relations brisées à la 3ème année, quelle est la probabilité pour que la 6ème tienne ?

Je n’ai pas le choix, ça me torture de l’avouer, mais je dois l’accepter : les relations, ça change à trois ans. Et pas de raison que ma relation actuelle fasse exception. Cela signifie qu’il me reste au mieux deux bonnes années à vivre avec. Et toi aussi, lecteur.

Mais ce n’est pas l’amour qui change : j’aime encore toutes mes relations passées, je le sais au fond de moi. Ce qui change, c’est la passion, ou quelque chose qui s’en rapproche. En tout cas, quelque chose change.

On baise plus autant qu’avant. On est plus si heureux de se voir. On ne se manque plus autant. Ou peut-être que trois ans, c’est le temps qu’il faut pour ne plus arriver à ignorer les dysfonctionnements ? Ou le moment où les petits problèmes deviennent grands ?
Alors on commence à regarder ailleurs. on sent la flamme qui revient, mais pas ici : ailleurs, avec quelqu’un d’autre.

Et c’est là que les emmerdes commencent.

Nos grand-parents avaient une recette simple : tu acceptes ce que tu as, et tu te plains pas. C’est ainsi que les mariages tenaient, pour le meilleur et souvent pour le pire.

Nos parents ont trouvé une autre solution : le divorce. Souvent après moultes années d’engueulades et de problèmes, quand on se rend compte que y’a pas d’autres solutions.

Et nous, la génération des polyamoureux, on fait comment ?

Si cette date est inexorable, définitive et scellée… Si la passion périme, qu’est-ce qu’on fait ?

Pas le choix. On l’accepte.

Et là, deux possibilités :

Première possibilité : on accepte que cela va arriver, et on prend ses dispositions. On vit ce qu’on vit au jour le jour, et un jour on se lève, et puis la passion est partie. Il reste l’affection, mais ce n’est pas assez, et le beau garçon rencontré l’autre jour est définitivement très intéressant et mignon, et on finit par ne penser plus qu’à lui. Alors on se dit au revoir, on se tape la bise, on pleure un coup parce qu’on aime quand même l’autre, et puis on retourne vivre ce qu’on doit vivre, et le cycle recommence. Trois nouvelles belles années.

Ou, deuxième possibilité : on accepte que cela va arriver, et on prend ses dispositions, autrement. On se dit OK avec le fait qu’il n’y aura plus de sexe. Plus de manque. Plus de flamme qui brûle délicieusement jour après jour. Plus d’obsession pour l’autre. Juste un compagnon de vie, non plus un-e amant-e mais un-e meilleur-e ami-e. Et on continue à s’aimer, mais différemment. On reste une famille, et on est OK avec ça.

Bon, en pratique, ça finit plutôt en troisième possibilité : on se chamaille, on s’accuse l’un l’autre d’être responsables de nos besoins respectifs qui ne sont plus comblés. On se fait remarquer qu’autrui ne nous aide pas avec notre jalousie, ce qui est souvent vrai (Si vous ne connaissez pas ce terme, je vous invite à beaucoup lire sur la NRE, New Relationship Energy, surement la subtilité la plus délicate à gérer dans le polyamour, et surement la plus grande cause de rupture parmi les polyamoureux).
En  pratique on se fout sur la gueule longtemps avant de réussir à accepter de rompre, solution 1, ou dans le meilleur des cas d’accepter que la relation a évolué, solution 2.

Parce qu’on est humains, pleins d’insécurités, de jalousies, de besoins qu’on s’attend à ce que l’autre continue à combler, même quand ce n’est plus possible. Et que tout ça est très dur à dépasser, et avant tout très décevant.

C’est la leçon que je voudrais transmettre aujourd’hui : vis ta relation à fond, tant que tu le peux, mais rappelle toi que ce ne sera pas toujours comme ça. Accepte-le le plus tôt possible, tu éviteras ainsi pleins d’écueils et de déceptions.

L’amour c’est pour toujours, mais la passion dure trois ans, c’est pas ta faute ni la mienne. C’est peut-être juste comme ça. Et si tu as une solution magique, donne la moi, je te l’achète direct.

En attendant, prend tes dispositions à l’avance, et peut-être même décide déjà de ce que tu feras quand ça arrivera. Met les choses au clair. Accepte au fond de ton cœur que tu vas perdre un.e amant.e un jour et peut-être gagner un compagnon, une compagne de vie.

Et revient me remercier, parce que je t’évite une année ou deux d’emmerdes, en te disant ça.

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