Amour libre & Ego : De la différence entre celui qui pratique l’amour libre par idéologie, et celui qui le pratique parce qu’il veut baiser.

[Disclaimer Djendeur : pour faciliter l’écriture de mes idées, je vais encore une fois utiliser les termes de rôles hommes/femmes sur une base hétérocentriste, et m’exprimer en clichés sociaux. Encore une fois, je demande au lecteur de garder à l’esprit que les rôles et caractéristiques féminins/masculins sont interchangeables, définis uniquement par notre culture, et par ailleurs sexistes et néfastes. ]

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« Love outside the box »

Vous êtes-vous déjà posé la question…

Ce mec, en relation libre avec sa copine, est-ce qu’il croit fondamentalement que le sexe devrait être une activité plaisante à partager entre adultes consentants, et ainsi qu’entre lui et sa petite amie l’exclusivité sexuelle est une entrave à la liberté de s’exprimer physiquement…
Ou alors il veut juste baiser ?

Ce mec qui se définit comme hippie peace&love©, et va parler à une jeune fille en soirée en lui expliquant en long et en large pourquoi l’amour libre c’est génial, à quel point c’est une voie royale pour l’épanouissement psychologique, physique, voir spirituel. Il croit vraiment tout ce qui dit, et il est vraiment intéressé à partager ses idées avec autrui…
Ou alors il veut juste baiser ?

Ce polyamoureux qui ne semble s’engager dans aucune relation en particulier, qui vagabonde à droite et à gauche chez ses amoureuses simultanées… Il n’a pas l’air de vouloir d’enfants. Il dit ne pas pouvoir aménager avec une femme car il a besoin de son espace personnel. Il tombe amoureux tous les jeudis, ou du moins prétend l’être. Il a l’air de collectionner les amantes comme on collectionnerait les Pokémons. Est-ce qu’il pense réellement que l’amour est quelque chose de pur et d’universel, et qu’il n’y a aucune raison de ne pas aimer toutes les personnes que l’on a envie d’aimer, et que tout le reste n’est que codes sociaux inutiles…
Ou alors… il veut juste baiser ?

C’est une question extrêmement difficile. Parce que dans notre société, un mâle qui enchaine les conquêtes a son égo boosté, sa position dans la hiérarchie sociale remonte (Cf. article sur la Jalousie) et quoi de plus important pour un humain, créature sociale, que de gagner des places dans l’éternelle course à qui aura le plus gros pénis ?
Je ne suis pas une femme, mais j’imagine assez bien la question qu’elles peuvent se poser quand elles se font draguer : « Entre moi et ce mec, est-ce que ce sera la fusion des âmes et des corps dans une passion effréné, ou est-ce qu’il veut juste tirer mon coup*, prendre une photo polaroïd de ma gueule, la coller dans un grand album-photo nommé « LES FEMMES QUE J’AI BAYZAY » qu’il va montrer à tous ses potes pour démontrer comment c’est un mec qui a bien** baisé dans sa vie ? »

(*tirer « ton » coup, mais j’aime bien ce lapsus donc je le laisse)
(** « bien » = « beaucoup » dans ce contexte. Ce double sens est très intéressant à explorer)

1/ Est-ce important de faire la distinction ?

Au fond, est-ce que ça change quelque chose pour une femme, que le hippie qui la draguait croyait réellement ce qu’il disait ou si c’était juste pour du sexe ? Certains répondront directement « oui » mais on va analyser la situation tout de même.

On comprend pourquoi une femme peut vouloir éviter ce genre de personnes, voir en être dégoutée. Je connais certaines de mes amies qui ont partagé du sexe avec certains hommes et après ont « découvert » que la personne n’était pas vraiment ce qu’elles pensaient qu’elle était. Elles s’en sont senties dégoutées, presque salies, et on peut le comprendre, pour des raisons plus ou moins difficiles à exprimer, que je vais tenter de détailler.

Il existe par exemple le cliché du « Barney Stinson » ou « Séducteur qui ment comme il respire pour coucher avec pleins de nanas ». Cliché sociétal et extrêmement sexiste et malsain puisqu’il présuppose qu’une femme devrait refuser de coucher avec un homme s’il n’est pas absolument génial, ou s’il n’est pas riche/célèbre (les femmes sont vénales), ou s’il ne va pas réellement l’épouser, etc. Genre, il est impossible de faire du sexe avec pleins de femmes attirantes sans leur dire juste la vérité.

Mais c’est un cliché sociétal et pas social, c’est à dire qui a un rapport avec la société et non pas avec l’interaction réelle entre deux personnes. Dans la réalité, il est extrêmement rare qu’un séducteur mente comme il respire, et encore plus rare que la personne en face ne s’en aperçoive pas illico. Bien qu’on ait tous pu exagérer un peu dans nos manœuvres de séduction, je ne pense pas pouvoir draguer en racontant comment je suis un milliardaire qui sauve des enfants au Kenya.
Sans aller jusqu’à ce cliché du menteur invétéré, OUI il existe des gens qui présentent bien mais qui changent d’attitude après avoir « eu ce qu’ils voulaient ». Ou, quand on reste assez longtemps en leur présence, on s’aperçoit qu’ils portent un masque et ne correspondent pas à l’image qu’ils projettent (J’en connais tellement… Après tout, porter un masque, c’est la conséquence immédiate d’une société où on te convainc que tu n’es jamais une personne assez bien).

Une première raison pour laquelle ce travestissement peut gêner une femme, est donc d’ordre sociétal : tu n’es sensée coucher qu’avec des gens « spéciaux pour toi » (et un seul à la fois) sinon tu dois ressentir de la honte et de la culpabilité. C’est triste, mais même une femme sexuellement ouverte, qui sait qu’elle peut faire ce qu’elle veut de son corps, pourra être sujette à ce sentiment. Les habitudes sociales ont la vie dure, et le ressenti ne suit pas toujours la raison. Alors qu’en réalité, tout ce qu’on a fait, c’est tirer un coup, point final, et fin de l’histoire (sauf si tu t’es pas protégé/e mais là tu cherches la merde).

Une deuxième raison tient plus de la nature sociale des interactions humaines : Si je te raconte une blague et que tu rigoles à pleines dents, je suis heureux de la connexion complice qui s’établit entre nous. Si je découvre que tu riais pour me faire plaisir mais que tu trouvais ma blague pathétique, je perds rétroactivement tout le plaisir que j’ai dans le souvenir d’une complicité qui était en réalité seulement simulée. Tout le bonheur complice issu de cette interaction disparait, et je me sens trompé. Dans un sens, je l’ai été. D’où des réactions potentiellement émotionnellement difficiles.

Une troisième raison peut être simplement la colère quand on se rend compte qu’on a été manipulée, Après tout, cette forme de séduction ne constitue-t-elle pas une forme de viol ? On n’a pas consenti à 100% à l’acte sexuel quand l’autre personne cachait 95% de sa personnalité. En droit français, un contrat est nul quand une des parties cache des informations qui auraient convaincu l’autre partie de ne pas signer le contrat. On a consenti a un rapport sexuel, mais le consentement n’y était en réalité pas vraiment.

Un dernier élément qui rajoute à ces raisons et les renforce de manière exponentielle, tient aux raisons pour lesquelles l’homme en vient à mentir pour coucher avec une femme :
1/ Parce que, dans une société sexiste, l’homme doit absolument coucher avec le plus de femmes possibles.
2/ Parce que, dans une société sexiste, il est habituel de mentir pour coucher avec une femme, puisqu’une femme n’est pas sensée coucher avec vous « juste comme ça » sur une envie, il lui faut d’excellentes raisons, quitte à les inventer.

Cet homme (qui potentiellement prônait l’amour libre, la liberté sexuelle pour tous, et la fin du sexisme), est profondément sexiste lui-même. Quand ce sexisme éclate au grand jour, il va ré-appuyer encore plus fort sur toutes les raisons décrites plus haut pour lesquelles la femme n’aurait PAS DU coucher avec l’homme. La société sexiste me dit de ne pas coucher avec toi, et tu me démontres post-coït que tu participes au sexisme de la société. Forcément, ça empire les choses.

2/ Mais le pire, c’est que l’homme  en général… ne ment même pas.

Du moins, il n’en a pas conscience.

Le déni est un mécanisme psychologique extrêeeemement puissant. J’ai connu tellement d’hommes qui agitaient un masque, et où derrière le masque, la vraie personnalité est si blessée qu’elle se terre très loin, complètement inaccessible, et où l’enfant derrière est convaincu d’être la personne qu’il prétend être. J’agite un masque bien ouvragé, donc c’est ce que je suis.

Quelques explications sur cette situation : en général un symptôme surtout masculin, il s’explique par le fait que la société demande à l’homme d’étouffer tous ses sentiments et d’enfiler une grosse armure de « mec fort » pour éviter de se faire « écraser » ou « dominer » et rejoindre ainsi le camp des faibles, des mâles bêtas. Tu seras un « mâle alpha » ou une merde, mon fils. Alors cache bien tes sentiments pour ne jamais être blessé, et du fond de ton trou, blesse au maximum les autres. Avant tout, protège et glorifie ton égo frustré de mâle.

Ainsi, dans cette société violente, nier la réalité de notre propre état peut être un réflexe de survie. C’est d’ailleurs un levier utilisé par de nombreuses sectes pour faire adhérer de nouveaux membres fragiles. Prenez le temps de lire comment se passe un recrutement en scientologie : d’abord, rabaisser l’égo de la personne ciblée, ensuite lui remonter sous condition d’adhésion à la communauté.

Ce « boost à l’égo » est un besoin si fort qu’il peut nous amener à changer nos croyances. Et coucher avec beaucoup de femmes comble (temporairement) ce besoin. Ainsi, on peut changer nos croyances juste par intérêt sexuel, même si une de ces croyances est justement qu’un homme ne devrait pas coucher pour booster son égo. D’où un paradoxe assez sévère, que seule une bonne quantité de déni parvient à garder en place.

Je connais tellement, TELLEMENT de gens convaincus en leur for intérieur qu’ils sont de joyeux hippies qui prônent l’amour libre et respectent les droits des femmes, et qui pensent que leur égo est dissocié totalement de qui ils baisent, et de combien ils baisent. Mais il est très dangereux d’oublier combien ces valeurs pèsent sur nous, oublier comment la société nous a formé au sexisme, oublier qu’on a appris que nous sommes des mâles qui devons ABSOLUMENT baiser… Quitte à nous montrer insistant, voir un peu trop insistant, voire carrément « oublier » de prendre en compte le consentement d’une femme, qui de toute façon « le voulait». Parce qu’on est cools et libérés, tu comprends, donc c’est cool.
J’en connais effectivement un comme ça qui n’a pas vraiment attendu que la hippie qu’il convoitait consente réellement à un rapport sexuel avec lui… Oui c’est un viol. Oui c’est grave. Oui ça peut facilement aller jusque-là. Oui, personne n’en a eu conscience.

3/ Être ou ne pas être un queutard, telle est la question.

Mais s’il est possible d’être comme ça…  De développer des croyances, une attitude, et un mode de vie, au moins en partie motivés par notre sempiternelle envie de nous démarquer du lot pour baiser un maximum…

ALORS ÇA VEUT DIRE QUE MOI AUSSI JE SUIS COMME ÇA ???

Je me suis sérieusement posé longuement la question, j’ai pesé le pour et le contre pendant des mois. Est-ce qu’on ne peut pas dire que cette volonté de baiser un maximum pour satisfaire mon égo n’ait pas influencé un minimum mes choix de vie ? Est-ce que cette partie sexiste de ma psyché a toujours un certain contrôle sur moi ? Est-ce que quand je veux baiser avec une nouvelle fille, je fais ça à 100% pour le fun, et pas du tout un peu aussi pour le plaisir d’être « un mec qui baise beaucoup » ?

Après un examen attentif je me suis rendu compte que… Oui, moi aussi, dans une certaine mesure je suis comme ça. Je ressens ces sentiments, je ne peux pas nier qu’ils ne participent pas à mes choix. Je ne peux pas nier, par exemple, avoir du plaisir à afficher mon statut d’homme qui a de nombreuses amantes à sa disposition. [NB: expression sexiste, mais je la laisse pour justement marquer l’ambivalence entre notre éthique idéale et nos pensées].

Mais ce n’est pas si grave. Les pensées ne sont que des pensées : seuls les mots et les actes comptent. Il faut juste que je me surveille en permanence pour ne pas être un trou du cul*, et arriver à raisonner par ma raison plutôt qu’avec ma bite.

Un exemple de surveillance que je me force à effectuer sur moi-même : je suis inscrit sur le site couchsurfing.org ; le but de ce site, pour mes lecteurs qui l’ignoreraient, est de mettre en contact des voyageurs avec des hôtes bénévoles qui leur fournissent un toit pour la nuit.
J’ai hébergé ainsi de nombreux inconnus et inconnues sous mon toit, pendant leurs séjours dans ma ville.
Comment puis-je nier que j’ai tendance à accepter plus facilement les jeunes et jolies femmes sous mon toit, plutôt que des hommes ? Ce n’est pas que j’accepte quasi-systématiquement les femmes et refuse quasi-systématiquement les mecs (quoique j’en connais qui font ça…). Simplement, quand je vois deux jeunes blondes allemandes qui veulent passer la nuit chez moi, j’ai tendance à me sentir plus disponible que si c’était deux espagnols barbus. Je n’y peux rien. Même si je sais qu’il ne se passera rien avec ces demoiselles (je n’ai jamais copulé avec aucun de mes invités) je vais avoir tendance à accepter plus naturellement.

La seule solution que j’ai trouvée ? Me forcer à équilibrer mon ratio pour accepter autant d’hommes chez moi que j’accepte de femmes. Une sorte de discrimination positive, en quelque sorte, qui m’aide à me rappeler que j’héberge quelqu’un par altruisme, et pas parce que j’espère secrètement du cul.

En bref, il faut être conscient de ses propres mécanismes pour amener un peu d’égalitarisme dans ce monde. Et surveiller en permanence nos propres actes et pensées pour évoluer vers une vie plus saine et plus éthique. On devrait se remettre en cause en permanence pour vérifier que nous restons continuellement dans une dynamique égalitaire et saine avec autrui. Pour cela, on devrait se poser les bonnes questions.

(*On pourrait fonder une religion complète rien qu’avec cette phrase : « Tu te forceras à ne pas être un trou du cul ».)

4/ Des questions à se poser à toute heure de la journée

Quand on rencontre une nouvelle personne
Est-ce que je suis en train de traiter cette personne différemment selon son genre ou son orientation sexuelle ? Est-ce que je suis en train d’agir d’une manière différente avec cette personne parce qu’elle est d’un genre qui m’attire ? Est-ce que je lui parle comme je parlerais à quelqu’un qui ne m’attirerait absolument pas ? Est-ce que je lui témoigne le même respect, la même prévenance ?

Quand on est intéressé romantiquement ou sexuellement par quelqu’un
Suis-je à l’écoute de l’autre ? Ou suis-je en permanence à l’écoute de seulement moi-même ?
En imaginant que j’ai un minimum de capacité à m’en rendre compte : Suis-je un dragueur lourd ou particulièrement insistant ? (La plupart des dragueurs lourds et/ou insistants ne s’en rendent évidemment pas compte…).

Pendant le flirt ou le sexe
Est-ce que, dans nos échanges, je donne à la personne autant que la personne me donne ? En gros, est-ce qu’entre nous, nous avons réellement une dynamique d’échange… Ou bien sommes-nous dans la « conquête » ?

Après le sexe
Suis-je déprimé si je reste trop longtemps sans nouveau partenaire sexuel ? Est-ce que je garde le score de mes copines ? Est-ce que je me vante d’avoir une sexualité étendue ? Est-ce que je crois au fond de moi que cela me donne de la valeur ?

Si l’on est capable de réellement répondre à ces questions et ajuster votre attitude en conséquence, alors on est capable d’entretenir des relations saines et égalitaires avec autrui.
C’est bien pratique pour éviter certains écueils sexistes qui sont hélas trop communs… La partie suivante va donner quelques exemples de situations sociales extrêmement malsaines et parfois gênantes.

5/ Quelques anecdotes sur le sexisme dans l’amour libre : libertins, polyamoureux, et hippies.

Le milieu libertin, pour commencer. Ce milieu m’a attiré un moment : du sexe libre entre adultes consentants ? Point de dynamique de domination sociale ni de jugements d’autrui ? Des femmes et des hommes qui aiment le sexe pour le simple plaisir qu’il procure ? Cela semble attirant et libérateur. Mais hélas, un certain nombre de mes amies me rapportent que le milieu libertin est en réalité extrêmement sexiste et patriarcal. Il s’agit plus, en général, de demoiselles qui accompagnent le monsieur pour ses besoins, que le contraire. Une femme y reste un produit, et non pas un acteur. Un objet qu’on échange contre un autre. Souvent, c’est au final juste une forme de prostitution : je t’échange mon bien temporairement contre le tien. Comment expliquer d’ailleurs autrement que l’entrée en club soit plus chère pour un homme seul que pour un couple ? On affiche clairement qu’une femme équivaut à un simple coupon de réduction… Amène une femme avec toi : c’est la monnaie que tu paies pour baiser.
Si vous voulez un savoir plus, un excellent blog sur le sujet.

Après, vient le milieu polyamoureux. Le milieu polyamoureux est beaucoup moins sexiste que le milieu libertin, puisque là, l’emphase est mise sur l’amour et non pas le sexe. Mais cela dépend bien sûr des couples, puisqu’il existe énormément de modes de polyamour différent. Deux notions sexistes existent chez les polyamoureux :
– La chasse à la licorne. Pour certain, le polyamour se réduit à la chasse à la licorne. La licorne est une femme bisexuelle qui viendrait s’ajouter à un couple hétérosexuel fermé, et qui aimerait les deux conjoints, tout en se fermant elle aussi à d’autres rencontres.
Comme par hasard, on ne cherche qu’une FEMME et non pas un homme. Chasser la licorne, et exclusivement la licorne, est la marque des couples qui ne se sont pas libérés de leur hétérocentrisme patriarcal : les limites de ce modèle viennent de la jalousie de l’homme qui veut « ses femmes » sans que celles-ci aient accès elles-mêmes à leur propre découverte de la polygamie.
Rares sont les licornes. Et pour cause, la chasse à la licorne étant sexiste, cette dernière risque de se retrouver dans une dynamique relationnelle malsaine, et coincée dans le rôle le moins enviable. La « deuxième femme » qui n’a droit à rien, à part ce maigre titre, et le droit de servir d’objet sexuel et affectif au maitre des lieux et à sa première suivante.
-Le OCO dynamic, « One-Cock-Only » (= « Seulement 1 bite ») où le polyamour est toléré dans le couple mais à la condition qu’il n’y ait pas d’autre homme impliqué. De même, cette dynamique sexiste trouve ses sources dans la décision du mâle qui se sent menacé dans sa virilité, et n’admettra pas que ses femmes aillent voir d’autres hommes.
Ces deux pratiques très similaires sont apparemment assez mal vues dans les milieux polyamoureux, puisqu’elles reposent sur des notions d’hétérocentrisme, de jalousie, et de sexisme. Et puis, vous remarquez que ce sont des notions qui se définissent par rapport à un couple de base. Est-ce vraiment du polyamour ? Je ne saurais juger et dire non, mais c’est un polyamour très différent de celui que je pratique qui se rapproche plus de l’amour libre.

En ce qui concerne le milieu hippie… Voici un bel exemple : une amie m’a raconté comment un hôte de couchsurfing qui l’hébergeait a essayé de la convaincre pendant des heures à quel point l’amour libre c’était cool pour la spiritualité et à quel point il serait excellent pour la spiritualité de cette fille de coucher avec lui, qui était si sage et profond comme mec. C’était apparemment affreusement pathétique. Et je suis convaincu que ce gars croyait à 99% au moins à ce qu’il disait.

Bref, les milieux de l’amour libre font face à un paradoxe très spécial : on est en plein dans l’idéologie qui est sensée annihiler l’égo, mais la majorité des mecs ont encore de gros problèmes de ce côté-là.

Apparemment, ce serait même ce qui expliquerait pourquoi la révolution sexuelle a été un échec pour les droits des femmes.

6/ La révolution sexuelle au service de la domination masculine

Andrea DWORKIN (féministe de renom) parle de la réalité de la révolution sexuelle dans cet extrait des « Femmes de droite ».

Pour faire un résumé très succinct : La révolution sexuelle ne semble avoir été qu’une « supercherie pour exploiter sexuellement les femmes ». Avant cette révolution, il ne fallait pas coucher avec des hommes, sauf avec ton honnête époux qui avait tous les droits sur toi. Que risquait une femme qui faisait autrement ? De se retrouver étiquetée « salope » et exclue de sa communauté.  Après la révolution, Il FALLAIT coucher avec les hommes qui le désiraient, parce que l’amour libre c’est cool et bon pour ton karma. Que risquait une femme qui faisait autrement ? De se retrouver étiquetée « prude » et exclue de sa communauté.

Au final, dans un cas comme dans l’autre, le consentement et le désir féminin passent à la trappe. Les dynamiques de pouvoir sont différentes, mais toujours dans les mains des hommes, dans le seul but de continuer cette éternelle course à qui couchera le plus.

La lecture de ce texte a brisé quelque chose en moi. J’ai réalisé à quel point cette putain de société de domination s’insinuait partout, même dans la lutte contre elle. L’amour libre devait signer le glas de la domination de l’homme sur la femme : c’était en fait un outil comme un autre pour y participer. Elle devient aussi ridicule dans ce contexte que l’achat de T-shirts Made In Bengladesh avec écrit « STOP L’ESCLAVAGE » dessus, ou l’achat d’un masque « Anonymous » fabriqué par d’autres esclaves et dont les droits sont reversés à Warner Bros, ou le port d’un T-shirt de grande marque avec la gueule de Che Guevara dessus. Le capitalisme vend la lutte contre le capitalisme, et la révolution sexuelle était un outil pour s’assurer la domination des femmes.

L’amour réellement libre ne peut simplement pas exister si les femmes ne sont pas libres de leurs choix. L’amour libre sera enfin libre d’émerger quand le sexisme sera enfin finit.

La fin du sexisme, c’est-à-dire la fin de la domination du genre masculin sur le genre féminin, aurait cependant des conséquences intéressantes sur notre approche de la sexualité. Il est en effet intéressant de noter que de nombreux fétiches et fantasmes tournent autour de notions de domination.

7/ Fantasmes et égo

De même que la culture sexiste (en particulier son aspect de Rape culture) entraîne chez de nombreuses femmes « le fantasme du viol », de même la culture de l’égo boosté par la baise entraîne chez les hommes des fantasmes qui jouent sur cet aspect de la sexualité humaine. Le candaulisme, par exemple (fantasme de voir sa femme se faire prendre par un autre). Ou bien encore, tous les scénarios comprenant le cocufiage. Si la  satisfaction personnelle de posséder une femme n’existait pas, ces fantasmes n’existeraient pas non plus. [NB : Attention, je ne juge aucunement ces pratiques sexuelles entre adultes consentants. Chacun vit sa sexualité comme il l’entend.]

On peut aussi remarquer que ces fantasmes sont bien plus présents dans la communauté libertine que partout ailleurs, puisque c’est un milieu qui joue encore énormément sur les notions d’égo et de domination.

Je me pose souvent une certaine question à propos des gang-bangs (trois, quatre, 12, 40 personnes sur une seule femme)… En particulier à propos des gang-bangs avec un nombre très important d’hommes…
Ce fantasme particulier peut s’expliquer de différentes manières. L’explication à laquelle je me raccroche le plus est de penser qu’une femme qui se fait prendre par un nombre important d’hommes devient le symbole de l’amour brut du sexe, puisqu’elle fait exactement l’opposé de ce qu’il est propre de faire, et qu’elle exprime sa bestialité sexuelle à travers cette orgie débauchée.
Ma question : combien d’hommes présents fantasment sur le concept du gang-bang et sont là pour y participer activement… Et combien ne sont pas du tout branchés sur cette pratique et sont présents juste pour se taper une nana, « malgré » les autres mecs ? En gros, combien préféreraient êtres seuls avec la femme ?
Bah dans cette dernière catégorie j’en connais au moins un.

Conclusion

Le titre de cet article est volontairement polémique. Il n’y a pas de bon ou de mauvais libertin/polyamoureux ou autre. Le mauvais libertin, il voit une femme, il tire. Le bon libertin, il voit une femme…
Je ne prétends aucunement distribuer des étiquettes pour savoir qui pourra se déclarer hippie/libertin/polyamoureux. Tout mon texte n’a au fond qu’un seul but : amener les membres de ces groupes, et en particulier les hommes, à réaliser une introspection personnelle et remettre en cause tout le sexisme qui se nicherait encore dans leurs paroles et leurs actes. Parce que ces pratiques « hors-normes » se basent sur des valeurs plus saines que celles de notre société, et prétendent dans la théorie participer à la libération des femmes, alors que ce n’est en pratique que rarement le cas.

L’ennemi n’est pas une étiquette, un groupe de personnes ou une pratique : l’ennemi c’est simplement le sexisme, qui se traduit en général par un mépris de la condition féminine, quel que soit le milieu en question. La chasse à la licorne est une pratique sexiste et malsaine. Convaincre lourdement sa femme d’aller en club libertin et de coucher avec un autre gars pour qu’on puisse coucher avec sa femme à lui, c’est sexiste et (très) malsain. Insister lourdement auprès d’une femme pour se la taper, quelle que soit la situation, c’est sexiste et malsain.

Je ne connais de l’amour libre que ma propre vision, alors je ne prétends pas donner de cours à quiconque. Je ne prétends surtout pas juger de la vision ou de l’expérience d’autrui. Mais je rappellerais juste que pour que l’amour libre soit possible, il faut que les femmes elle-mêmes soient réellement libre.

Et ça, ce n’est pas encore pour demain.

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