De l’amour de soi et des autres.

Comme on peut déjà s’en douter à la lecture des billets précédents, mon parcours de vie n’a pas été de tout repos. Il a fallu beaucoup de remises en questions, beaucoup d’expériences, beaucoup de réflexions. Une vie chaotique et pimentée. Enormément de souffrance, aussi, mais c’est le lot de tout un chacun.

Enfin, dans toute cette merde, j’ai toujours eu le plus précieux des soutiens : un compagnon fidèle. Même dans la solitude, il était là avec moi. Notre relation est extrêmement fusionnelle. On se comprend sur tout. On fait attention à toujours être sur la meme longueur d’onde. On parle de tout et de rien, dès qu’on a un moment de libre. Le sexe entre nous est aussi régulier qu’excellent. Souvent c’est dans notre intimité, et même si parfois on invite une autre personne (ou plus si affinités…) j’ai besoin de cultiver entre nous ce contact privilégié. Bref, j’aime cette personne autant qu’il est possible d’aimer.

Si vous n’avez pas encore compris, je parle de moi.

J’entend déjà ceux qui crient à la schyzophrénie, au narcissisme, ou qui m’accusent d’avoir un égo démesuré. Je vais addresser ces objections une par une, en expliquant au passage pourquoi l’amour de soi est si important :

A propos de la Schyzophrénie : La schyzophrénie est une maladie bien plus complexe que le simple « dédoublement de personnalité » connu dans l’imagerie populaire. Ce symptôme n’est même pas systématique dans cette maladie, d’ailleurs. Le dédoublement de personnalité est simplement une vue de l’esprit. Il peut prendre un aspect aussi simple que « prendre du recul sur soi-même ». Prendre du recul sur soi-même : se voir à la troisième personne, ou en d’autres termes se dédoubler. Rien de malsain là-dedans, au contraire, beaucoup de gens gagneraient énormément à prendre en recul, à se voir selon une autre perspective plus objective. Ca les ferait avancer énormément, et ça peut les aider à aller beaucoup mieux. Comme dit le proverbe : « Si tu avances quand tu prend du recul, comment vas tu comment va tu ? »

A propos du Narcissisme : Premier sens du mot : « Admiration de soi ». Second sens :  « Admiration excessive de soi-même ». Le narcissisme est comme toute qualité, un défaut qui s’ignore, ou comme tout défaut, une qualité en devenir. Être « gentil » par exemple, est positif, mais cela peut facilement devenir « naïf » ou « bonne poire ». Être « avare » peut devenir « être économe ». Ainsi, un narcissisme réaliste est une excellente qualité. Quand on s’aime, on admire la personne que l’on est. Cela donne une grande force et une confiance en soi bien nécessaires dans cette société qui fait tout ce qui est possible pour t’affaiblir et pouvoir ainsi te dominer.

Où se situe la limite entre le narcissisme raisonnable et le narcissisme déraisonnable ? La réponse est simple. Le regard que tu portes sur toi-même devrait être le même que celui que tu portes sur ton/tes amoureux(ses) : un regard qui aime ce qu’il voit, tout ce qu’il voit, mais sans idéalisations. On dit qu’on plait pour les qualités mais qu’on aime pour les défauts. En effet, on se rend compte qu’on aime quelqu’un quand on se met à aimer ses défauts. Cette cicatrice inélégante, je l’aime parce que j’aime la personne que tu es. Ces kilos en trop, je les aime parce que c’est les tiens. Toutes tes imperfections qui font de toi une personne réelle et unique, je les aime.

Si je t’aime pour ta capacité à ressembler à une femme photoshoppée, alors je cesserais de t’aimer dès les premières rides.

Si je t’aime parce que j’ai une image sublimée de toi, est-ce que c’est toi que j’aime vraiment, ou l’image que je cherche à voir en toi ? Est-ce que j’essaie de corriger tes petits défauts ? Est-ce que j’essaie de te faire changer pour que tu correspondes à mon idéal ? Mais alors, tout ce temps, est-ce que j’aimais la personne que tu es, ou la représentation irréelle que je m’en faisais ? Est-ce que j’aimais Toi, pour ce que tu es Réellement, ou est-ce que j’aimais Mon petit copain / Ma petite copine /Mon mari /Mon épouse ? Etais je avec toi pour Toi, ou pour le rôle que je te faisais jouer dans le théâtre de mon esprit ?

Vous êtes vous déjà rendu compte que votre amoureuse ne vous aimait pas vraiment pour ce que vous étiez, mais pour votre capacité à remplir le rôle du petit ami idéal ? Je ne vous souhaite pas d’expérimenter ça un jour.

La différence entre le narcissisme sain et le narcissisme malsain tiens de la même nature. S’aimer de manière saine, c’est s’aimer dans sa globalité, avec ses qualités et ses défauts, et SURTOUT ses défauts. Les défauts, c’est ce que la société condamne. C’est donc le meilleur indicateur de l’amour.

Cette sacré société, qui fera tout pour nous faire nous détester. D’une part, elle prône l’idée que le narcissisme est une mauvaise chose (alors que rien n’est mauvais en soi…). Mais dans un paradoxe comme seul les humains ont le secret, elle va aussi exacerber l’idéal du « soi » à grand coup de glorification d’une beauté et d’un idéal irréels. Elle te convaincra de « réussir », d’être plus beau, plus belle, plus intelligent(e), de réussir ta carrière, ta vie familiale, tout ça et le reste. Après ingestion de ces idéaux empoisonnés, deux réactions sont possibles : soit tu te détestes parce que tu ne réussis pas à être comme tu « devrais » être, soit tu part dans la conquête de ton irréel et tu t’accroches à une chimère en basculant dans un narcissisme excessif. Tu poursuis l’idéal d’un meilleur toi, tel que définit par le système, et tu te perds dans cette quête impossible. Et plus tu avances plus tu te perds, puisqu’il n’y a qu’un modèle de perfection possible, et que ce modèle n’est pas toi.

La dissonnance entre ce que tu penses être, ce que tu veux être, et ce que tu es réellement, voilà le problème.

On dit qu’on ne peut aimer autrui de manière saine qu’en s’aimant déjà soi-même. Dans une certaine mesure c’est vrai, car les mécanismes sont les mêmes… les pièges aussi. Une de mes exs avait une vision complètement idéalisée de ma personne, et était heureuse plutôt quand j’étais le petit ami parfait que quand j’étais réellement moi-même. Cette personne avait (et a probablement toujours) un profond dégoût d’elle-même… Quand bien même elle est physiquement magnifique et réussit relativement bien dans sa vie (aux normes de la société). Je comprend mieux en écrivant cet article comment ces deux éléments sont reliés : dégoût de soi, idéalisation de l’autre.

De même, je n’ai jamais connu quiconque qui ait besoin d’une relation amoureuse pour être heureux, et qui réussit effectivement à être heureux sur le long terme avec cette relation. En même temps je dois avouer que j’ai déjà énormément de mal à trouver des gens réellement heureux dans leur relation amoureuse. Mais bon, dans notre monde où les relations amoureuses sont si codifiées, normalisées et formatées avec des règles implicites que personne n’a vraiment écrites, c’était prévisible.

A propos de l’Ego démesuré : J’ai déjà répondu partiellement à cette objection en parlant du narcissisme. Si l’égo est la représentation que l’on se fait de soi (Cf. Article précédent), alors un égo démesuré correspond à la situation où il y a dissonance entre ce que je penses être et ce que je su
is.

Comme je l’ai déjà dit dans mon article précédent, un de mes objectifs dans mon évolution personnelle est de détruire au maximum mon égo. Les gens me demandent parfois si j’ai confiance en moi. Hors, la confiance en soi découle partiellement de l’égo (je pense que je suis une personne capable = j’ai confiance en moi). Quand l’égo est détruit, la question perd tout son sens.

Ais-je confiance en moi ? Mais pour faire quoi ? Si c’est pour tenir ma chambre propre, alors la réponse est non. Si c’est pour écrire une note de blog intéressante, peut-être. Si c’est pour réussir à finir mon plat au restaurant, quelle que soit la quantité qu’on me sert, alors définitivement oui. Je me connais, je connais mes forces et faiblesses, et je sais les évaluer à peu près objectivement.

Le peuple israélien, que j’ai eu la chance de cotôyer plusieurs mois d’affilée lors d’un voyage au moyen-orient, est très intéressant sur ce point. De ce que j’en ais vu, chez l’israélien, la notion de confiance en soi n’existe pas. Si tu as quelque chose à faire, tu le fais, et si tu as quelque chose à dire, tu le dis. Le terme de « confiance en soi » a été crée uniquement parce qu’on a développé son contraire, une névrose nommée « le manque de confiance en soi ». Si on supprime le concept d’égo ou de confiance en soi, alors il ne reste que l’harmonie. Cette logique est d’ailleurs un des principes fondateurs du Taoïsme.

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Le positif n’existe que parce que le négatif existe. Si tu supprimes positif ou négatif, tu supprimes également son inverse, et tu arrives alors dans l’harmonie,  l »équilibre, ou appelle ça comme tu veux. En des termes plus vulgaires, pour notre exemple de confiance en soi ou de manque de confiance en soi, tu arrêtes juste de réfléchir à ce concept au fond inutile et tu fais simplement ce que tu veux faire, sans te prendre la tête dix milles ans.

Certaines personnes, quand je tente de leur expliquer (maladroitement, je suis bien plus confus à l’oral qu’a l’écrit) que le concept de confiance en moi n’existe pas dans mon paradigme, comprennent en général ce qu’ils veulent bien comprendre . En général, ils pensent que j’ai un égo démesuré. Je ne peux pas leur affirmer que j’ai le contraire d’un égo démesuré, puisque le contraire serait avoir un égo fragile. Je cherche juste à supprimer ce concept.

Il existe cependant un domaine de ma vie où cette notion de confiance en moi existe, et où d’ailleurs j’en manque totalement. Un domaine dans lequel je ne suis pas la personne que j’ai l’habitude d’être. Cette dissonnance entre ce que je suis dans la vie de tous les jours et cet aspect particulier de ma vie a d’ailleurs été ma plus grosse source de souffrance de ces dernières années. Si vous vous demandez de quoi je parle, il s’agit de mon rapport au monde du travail. Mais je m’exerce tous les jours à soigner ma psychologie sur ce point… Il y a beaucoup à dire et cela fera l’objet d’un autre billet.

Alors, finalement, c’est quoi s’aimer ?

S’aimer, c’est se traiter comme on traiterait n’importe lequel de nos amoureux.

Se respecter. Se pardonner. Etre honnête avec soi-même. Apprécier nos qualités autant que nos défauts. Apprécier notre présence. Apprendre à se connaitre. Penser à soi. Se faire du bien. Se faire des cadeaux. S’avoir accepter et apprécier les cadeaux qu’on se fait, sans culpabilité ni jugement. Prendre soin de soi. Se protéger. Vivre des aventures. Passer du temps avec soi. Grandir et vieillir, et en aimer chaque moment.

Après tout, s’il y a bien une chose dont l’on est sûr, c’est qu’on va vivre toute notre vie en notre compagnie. Autant se mettre à s’apprécier.

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