[TDAH] J’aurais voulu vous dire…

Titre alternatif : Vivre avec un TDAH non diagnostiqué.

J’ai trente-deux ans. Je suis dans le cabinet du psychiatre, il regarde les résultats de mes tests. Il pose les mots sur quelque chose qui me poursuit depuis toujours : trouble de l’attention avec hyperactivité.

Le TDAH, ce n’est pas qu’un trouble de l’attention, le nom est très mal choisi. Ce choix fait aussi peu de sens qu’appeler la dépression le « trouble du rester-au-lit » : c’est juste un possible symptôme d’un « problème » plus vaste.

Spécifiquement, les TDAH sont ces gens chez qui le cycle de la récompense dysfonctionne. Cela provoque énormément de problèmes dont la perte rapide d’attention ou d’intérêt n’est qu’une seule facette. Comptez également : irritabilité, épuisement rapide, difficultés à relationner, difficultés de motivation, procrastination sévère, prises de risques, addictions diverses… La liste est longue et affecte toutes les facettes de la vie.

Et c’est dommage, car quand j’ai fait séquencer mon génome cinq ans plus tôt, et que le rare gène « Haute probabilité de TDAH Adulte » s’est affiché tout en haut, je n’y ais pas particulièrement porté attention… Après tout j’ai toujours fonctionné à peu près correctement non ?…

Et moi je suis là, à trente-deux ans, dans ce cabinet bien rangé, et je repense à moi-enfant, au plus loin de mes souvenirs, sept ans, haut comme trois pommes, qui essaies de regarder un film avec ses parents, qui lui répètent sans cesse Tiens toi tranquille ! Arrête de gigoter…

J’aurais voulu vous dire, papa, maman, c’est un signe d’hyperactivité. S’il vous plaît, emmenez moi chez le pédopsychiatre, diagnostiquez moi vite… Évitez moi ce qui va suivre…

Je repense à mes professeurs, en primaire, qui me voient rêver à longueur de classes. Je revois mes bulletins saturés des mêmes sempiternels « Peut mieux faire », « Des capacités mais n’écoute pas en cours », « Moyenne basse pour son potentiel », et j’aurais voulu vous dire , je fais de mon mieux, mais mon attention ne fonctionne pas si bien…

J’aurais voulu te dire, maman, s’il te plait, travaille moins. Tu part le matin avant l’heure du réveil et rentre le soir après l’heure du coucher. Tu es hyperactive, maman, c’est dans notre famille, et surement pour ça que tu n’as jamais su pour moi. S’il te plait, soigne toi, et occupe toi de nous, tes enfants.

Maintenant c’est le collège, et je sens que quelque chose déconne vraiment. Un je ne sais quoi, un mur entre moi et les autres. Une impossibilité à connecter à mon prochain. Un manque d’intérêt pour eux, pour ce qu’ils font, pour ce qu’ils ont à dire. Je suis là, las, dans mon coin, et je suis seul, désespérément seul. J’aurais voulu vous dire, oui je suis un peu bizarre, un peu différent, mais non, ce n’est pas contre vous. Oui, je n’arrive pas à être l’un d’entre vous, oui, j’en souffre tout les jours.

C’est le lycée, et mes professeurs ne comprennent pas pourquoi je dort si souvent pendant leurs classes. J’aurais voulu vous dire, ne le prenez pas mal, je n’essaie pas d’insulter votre pédagogie, ne m’en voulez pas. Je sais que j’ai encore oublié mes affaires, je dois demander à mon voisin de me prêter un stylo. Mais il refuse car j’ai oublié de rendre les trois derniers.

J’arrive dans une classe préparatoire d’exception. La pression est grande, les attentes aussi. Pas de place pour les « touristes », seuls les meilleurs survivent. C’est là que je vis mon premier grand échec. La sensation de courir de toutes ses forces pour se cogner contre des murs invisibles. Les erreurs d’étourderie sont trop importantes, l’inaptitude à maitriser les détails me bloque. La frustration grandissante d’être incapable de réussir malgré tous mes efforts, et même plus. J’aurais voulu vous dire, je fais de mon mieux, vraiment. Ne me méprisez pas.

Après mon renvoi, c’est la fac, puis l’école d’ingénieur, et ses projets de groupe qui pour moi tiennent du plus horrible cauchemar. Et j’aurais voulu vous dire, je suis désolé d’être arrivé en retard encore une fois. Et je suis désolé de cette énième erreur d’inattention, dans ma partie, qui a fait tellement descendre notre note à tous. J’aurais voulu vous dire, non je ne suis pas paresseux, non je ne me fout pas de vous. Je souffre d’un TDAH. J’ai besoin d’un traitement.

La vie adulte commence, et ses relations. Combien de colocataires, d’amis précieux, je me met à dos parce que partout où je vais, dans notre appartement, le chaos me poursuit. J’aurais voulu vous dire, si j’oublie toujours de ranger les choses, si je manque toujours d’énergie et de motivation pour nettoyer, c’est à cause du TDAH.

Et toi qui m’a choisi comme ami, si je n’ai toujours pas la force de passer du temps avec toi, j’aurais voulu te dire, je t’adore pourtant, mais j’ai un TDAH.

Et toi qui m’a choisi comme amoureux, si chaque fois que tu me parlais, j’allais sur mon téléphone inconsciemment, malgré mes promesses de bonne foi d’arrêter, de te porter plus d’attention, et que ça te blessait, c’était le TDAH.

Maintenant j’ai vingt-sept ans, trois boulots derrière moi, et aucun qui ait réussi. Je suis en dépression sévère, et je vois ma première psychiatre, celle qui est gratuite, au CMP, et qui n’a pas le temps de bien vous évaluer car elle en a quinze milles comme vous à voir aujourd’hui. Je crois qu’elle me méprise, car je lui ais avoué, pour les amphétamines que je prend en cachette. Elle me déclare bipolaire, me tue presque au lithium, et me prescris des benzos pour trois mois, ceux qui rendent accrocs en trois semaines, mais on est au CMP, pas le temps pour un vrai suivi.

J’aurais voulu vous dire, non docteur, je ne suis pas bipolaire, je ne l’ai jamais été. Oui, beaucoup de TDAH sont mal diagnostiqués bipolaires. Oui, je me drogue aux amphétamines, le seul traitement auquel j’ai accès contre le TDAH. S’il vous plait, réalisez que vous avez tord, et donnez moi le traitement dont j’ai vraiment besoin…

J’ai vingt-neuf ans, ma vie a pris un bien meilleur tournant. Plus d’amphétamines, mais des litres de café. Je me fais suivre par un psychologue. Je ne suis plus dépressif, mais pourtant toujours, toujours la vie est une corvée. Quoi qu’il faille faire, c’est une souffrance que de le faire. Tout est difficile. Tout est laborieux. Se motiver à faire les choses est presque impossible. Sauf pour certaines activités, comme mon nouveau travail, sur lequel je passe parfois trois jours et trois nuits d’affilée sans dormir ni manger. Mon psychologue ne comprend pas pourquoi. J’aurais voulu lui dire, c’est normal, j’ai un TDAH.

Mais j’avance. car j’apprends. J’apprends à gérer au mieux ma motivation manquante, et mon hyperactivité quand elle arrive. Je suis une discipline stricte : ne jamais travailler après 19h, sinon impossible de dormir. Au lit tout les jours avant 22h. Avant de sortir, je regarde dans cette poche, celle que je dédie uniquement à contenir mes clefs, si elles y sont. Je vérifie non pas une fois, non pas deux fois, mais trois fois. Alors seulement je claque la porte derrière moi.

Ma planification est parfaite. Je note tout, absolument tout, et centralise ma vie dans une base de donnée unique, accessible n’importe quand sur mon smartphone, et synchronisée sur mon serveur personnel : rendez-vous, obligations, tâches quotidiennes, mots de passe, documents administratifs… Je dois juste me rappeler de la consulter matin et soir. Et je suis désolé d’avoir manqué notre dernier rendez-vous, mais j’ai oublié de regarder ce matin…

J’ai trente ans, soit il y a à peine deux ans. Je suis en colère envers une femme, celle qui deux ans plus tard est toujours là, à coté de moi alors que j’écris ces mots, et qui illumine toutes mes journées. J’ai beau l’aimer, et tout faire pour la rendre heureuse, mais je suis facilement irritable, car c’est un symptôme ça aussi. Elle a oublié quelque chose, quelque chose de très important, et cela me met dans une très mauvaise situation. C’en est trop pour moi, et je la blesse de mes mots, et elle pleure.

J’aurais voulu que tu ais su, j’aurais voulu que tu puisses me dire, comme nous l’avons appris ensemble, deux ans plus tard, dans le bureau de notre psychiatre… j’aurais voulu que tu me dises que tu avais un TDAH, toi aussi.

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Les trois types de personnes, ou : « Ce mec est-il vraiment gentil ? »

Hello friends ! Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écrit ici. Du coup c’est maintenant le moment de vous réveler mon secret : j’écris en général quand je suis soit très triste, soit très en colère, car c’est ma manière de cathartiser. Et ces deux dernières années ont été très bonnes pour moi, j’ai donc relaché la plume.

Cependant, je me retrouve régulièrement à expliquer une théorie personnelle qui intéresse beaucoup autour de moi. Je pense que la connaître permet de mieux cerner autrui et surtout de prendre de meilleures décisions. Et elle s’explique très facilement. Je reprend donc le clavier et je me lance ici.

Pour parler un peu de comment j’en suis arrivé à former cette théorie, je rappelle quelque chose que mes lecteurs réguliers (si ils traînent toujours dans le coin) savent déjà : je reviens de loin.

J’ai été élevé dans une famille religieuse d’extrême droite, et j’ai dû entre mes 16 et 26 ans, évoluer pour me construire sur un modèle différent. J’ai fait de mon mieux et j’en suis fier, même s’il est des passages que je préfèrerais oublier. Aujourd’hui je suis heureux et en paix, mais le chemin n’aura pas été de tout repos.

J’en suis venu, en analysant mon évolution, à la découper en trois étapes distinctes. Bien qu’elles représentent des étapes chronologiques, on peut également les utiliser pour catégoriser les gens autour de nous, afin de savoir à quoi s’en tenir avec eux. En effet, avancer est difficile, et très peu de gens le feront effectivement. Pour ceux qui le feront, cela prendra en général des années. Même si je reconnais que changer est possible (et j’en suis la preuve vivante), il est utile de reconnaître qui appartient à quelle catégorie au moment présent.

Sans plus tarder, la première catégorie :

Type 1 : Le faux gentil, trop gentil, ou « gentil faible »

Le Fédora, arme du nice guy

Avez vous déjà rencontré quelqu’un qui ne pouvait jamais dire « non » à quelque demande que ce soit ? J’imagine que oui.

Ou alors, avez-vous déjà rencontré un homme se définissant « Gentil » et se lamentant au passage qu’aucune femme ne voulait coucher avec lui ? Un de ces « Nice Guys » si célèbres ?

Ou bien ce mec mielleux au boulot, qui essaie d’obtenir les faveurs du patron ?

Le faux gentil, c’est le gentil qui essaie de plaire à autrui. Que ce soit par manque de confiance en soi, par peur (de la solitude, des répercussions sociales…), par intention d’obtenir quelque chose en retour, ou milles et unes raisons, le faux gentil c’est celui qui n’a pas le choix d’être gentil.

On peut argumenter qu’un acte de gentillesse a de la valeur uniquement s’il respecte deux facteurs :

1/ La volonté, l’intention derrière l’acte, d’être une personne éthique par morale personnelle, ou de faire un don désintéréssé, par pur altruisme. Si j’offre un cadeau pour amener quelqu’un de mon coté, ce n’est pas de la gentillesse mais du simple bizness.

2/ La possibilité de faire le choix contraire. Si je force quelqu’un à me donner son argent en le menaçant d’une arme, cela ne fait pas de la personne un « donateur généreux ». Si, de mon coté, je ne peux pas dire non quand quelqu’un me demande un service, alors mon « oui » n’est pas non plus fruit de gentillesse. Bien sûr dans la pratique les gens ne diront en général pas « non » à cause d’une menace directe à leur égard, mais plutôt à cause d’une forme de faiblesse personnelle, ou d’une incapacité à affronter le conflit, ou bien à communiquer efficacement, à s’affirmer, ect.

Il est donc, à mon sens, impossible d’être une personne « vraiment gentille », si l’on est incapable de pouvoir être une personne non-gentille.

La personne de Type 1 pense, en général, qu’étant gentil, il (ou parfois elle) obtiendra des choses en retour (de dieu, de l’univers, de la société, de son crush amoureux). Ce qui est d’ailleurs dans la plupart des cas faux.

Parfois, il finit par se dire que franchement, c’est n’importe quoi, que dans la vie en fait, les connards finissent toujours premier. Ou alors il le pensait déjà mais il trouve enfin la force de s’affirmer. Il se transforme alors en Type 2.

Type 2 : Le Trou-du-cul

Les Types 2 sont simplement ces gens qui ont décidé d’être des trou-du-culs. Ils ne se soucient pas de leur éthique. Ils pensent souvent que la vie est une jungle, et ils font donc de leur mieux pour tirer leur épingle du jeu.

Puisque la société est effectivement violente, le trou-du-cul sera violent. Puisque la société récompense la domination, les marqueurs de statut social, le manque d’éthique, il s’appropriera tout ça. Puisque les connards finissent premier, il sera, en somme, un connard.

Vous avez déjà rencontré un pervers narcissique ? Ce sont les summums de cet archétype. Mais pas besoin d’aller jusque là : des gens qui assument leur connardise, on en trouve à tout les coins de rue.

D’ailleurs, et c’est pas pour faire mon islamogauchiste, mais les courants politiques de droite sont souvent basés sur une vision inhumaine de la société, puisqu’elles considèrent que la nature humaine est cupide (d’où le capitalisme), feignante (d’où pas-d’aides-sociales), que la domination des uns sur les autres est inéxorable et inévitable (d’où vouloir protéger le statut des riches, tant pis pour l’égalité). Le sexisme, le racisme, les inégalités ? La nature humaine, que tout cela. Impossible de la changer.

Les gens de droite sont souvent des connards, je pense qu’on peut le dire, bien qu’on ait notre lot à gauche aussi.

Je ne crois pas qu’on puisse penser être une bonne personne quand on est convaincu que la société est une jungle et qu’il faut bouffer autrui pour survivre. Le seul mec que j’ai rencontré qui se disait « gentil même s’il ferait mieux d’être méchant » n’avait vraiment rien d’un gentil.

Mais parfois, rarement, très rarement même, une chose merveilleuse se produit.

Un de ces connards réalise que, peut-être, juste peut-être, il n’a pas à être un connard dans la vie. Que penser que les connards finissent premier, c’est une belle connerie. Que peut-être l’homme peut s’élever au dessus du statut de bête immonde qui ne peut subsister que sur la chair de son prochain. Et il transitionne doucement dans la dernière catégorie.

Type 3 : Le vrai gentil.

Good Guy Greg

Le vrai gentil, c’est tout simplement celui qui est gentil parce qu’il aime être gentil. Parce que ça lui fait se sentir bien. Parce qu’il est prêt à être une personne éthique, juste par pure morale personnelle. Parce qu’il sait que cela ne l’avancera pas forcément dans la vie, mais cela ne le fera pas reculer non plus, et au final c’est pas ça l’important, l’important c’est d’être gentil parce que c’est juste la bonne chose à faire.

Arriver à ce niveau demande une certaine maturité. et beaucoup de gens restent coincés dans les deux premières catégories. Certains chanceux arrivent à ce niveau avant d’avoir dix ans, ceux qui ont les parents les plus doués pour leur apprendre à vivre. Mais beaucoup ne l’atteindront jamais.

C’est le seul niveau qui peut prétendre pratiquer une gentillesse pure, désintéréssée et altruiste. Beaucoup de gens pensent même que ces personnes n’existent pas ! Ils sont nombreux, les connards qui affirment en permanence qu’il est impossible d’être gentil juste because. Que c’est forcément de l’hypocrisie, du virtue signalling, que la personne attend quelque chose en retour.

Quelles conclusions en tirer ?

La meilleure conclusion que vous pouvez tirer de cet article :

Évitez comme la peste les catégories 1 et 2.

Autant les Types 2, c’est facile de comprendre pourquoi les éviter : avoir des connards dans sa vie, c’est ostensiblement une mauvaise idée.

Pourquoi éviter la première catégorie par contre ? Tout simplement parce que vous ne voulez pas être aux alentours d’une personne qui force sa gentillesse par faiblesse. Déjà parce que cette gentillesse qui n’en est pas n’a aucune valeur, mais aussi parce que cette personne risque, d’un moment à l’autre, d’évoluer vers la seconde catégorie.

Imaginez ceci : vous sortez avec un homme, ou une femme, qui semblent gentils à première vue. Mais des détails vous font tiquer, tout au long de la relation… Le doute s’installe en vous, mais la relation fonctionne donc à priori pas de raison de rompre.

Imaginiez que vous apportiez à cette personne tellement de bonnes choses, qu’elle trouve au final la force de s’affirmer, de prendre ce dont elle rêvait tout ce temps, bref elle arrive à évoluer vers le deuxième niveau. Félicitation, vous sortez maintenant avec un.e abuseur.e.

Ce n’est pas de votre faute, vous ne pouviez pas savoir au début que cette personne avait ça en elle.

C’est ce scénario que j’ai vu tellement de fois, quand une amie me dit : « Il a changé du tout au tout au milieu de la relation ». C’est toujours le même scénario, un Type 1 qui devient Type 2. J’en suis tombé victime moi aussi, par ailleurs.

Au final, la vie est trop courte pour s’encombrer de ce genre de personne. Vous méritez une gentillesse envers vous, authentique et désintéréssée. Vous méritez que vos amis et amoureux.ses vous traitent bien, du fond de leur coeur, parce que ce sont de bonnes personnes. Aucune autre raison, aucun autre scénario n’est bon pour vous.

Si vous fréquentez des Types 1 ou 2, vous valez simplement mieux que cela.

Et si vous me lisez, et que vous vous reconnaissez à tord ou à raison dans une de ces catégories : Courage ! Changer est difficile, mais possible. Vous aussi vous valez mieux que ça.

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Si l’amour dure trois ans, qu’est-ce qu’il nous reste ?

Le polyamour, c’est beau.

Dire à quelqu’un : je t’aime, mais tu es libre, mais je suis libre. C’est quelque chose de difficile, mais de beau.
Je n’ai pas écrit pendant longtemps sur le sujet, parce que je n’avais rien à dire. Parce que le polyamour, c’est simple : tu aimes non pas une, mais plus d’une personne. Que dire d’autre ?

Le polyamour c’est peut-être simple, mais l’amour c’est compliqué, en fait.

Les sentiments, c’est une chose. Les émotions, une autre. L’affection, l’attirance, les crushs, les désirs, les nuits passées à rêver d’autrui, le manque, toutes ces émotions qui sont d’habitude canalisées sur une seule et même personne, et en polyamour on te dit : lâche-toi, tu as droit. Forcément, c’est pas simple et ça peut faire des dégâts. Certains disent que tout cela est simple mais qu’on se complique la tâche : ils ont probablement raison, mais la finalité est là. Les relations, c’est SACRÉMENT compliqué.

Là, tel que tu me vois lecteur, gentil lecteur, je suis saoul, de l’ivresse du mec torché qui vient de rompre une longue relation et qui te paie un coup dans un bar pour te raconter ce qu’il en a tiré. Alors commençons la leçon d’aujourd’hui, aujourd’hui cher lecteur, je te partage une leçon d’amour. Et comme j’ai trente ans déjà, on ne parlera pas de la petite amourette adolescente, on parlera de l’amour avec un grand A-rchitecte, on parlera de l’amour qui s’étend sur des années.

Certains disent que l’amour dure trois ans. J’ai toujours détesté cet adage : ça sonne psychologie de comptoir. C’en est probablement. Mais y’a t-il vérité dans ce dicton ? J’ai toujours voulu penser que non.

Mais là, comme tu me vois cher lecteur, j’ai trente ans, et un sacré paquet d’histoires derrière moi. Et si je regarde derrière moi, je comptabilise déjà cinq histoires d’amour qui se sont brisées à la fin de la troisième année. Même la dernière, qui aura duré 4 ans, a commencé à péricliter à cet exact intervalle de temps : 3 ans. Alors oui, je dois l’admettre, y’a un palier à trois ans, et ça me fait bien chier de le reconnaître. Un palier qui ne passe jamais chez moi.
C’est ça les relations amoureuses : on se voit finir ses jours ensemble, et dans la plupart des cas on finit par en faire le deuil. Et là je suis encore, à nouveau, dans une relation parfaite, dans le grand amour avec un grand A, et ça fait un an que ça dure. Et je regarde en arrière et je me dit : déjà 5 relations brisées à la 3ème année, quelle est la probabilité pour que la 6ème tienne ?

Je n’ai pas le choix, ça me torture de l’avouer, mais je dois l’accepter : les relations, ça change à trois ans. Et pas de raison que ma relation actuelle fasse exception. Cela signifie qu’il me reste au mieux deux bonnes années à vivre avec. Et toi aussi, lecteur.

Mais ce n’est pas l’amour qui change : j’aime encore toutes mes relations passées, je le sais au fond de moi. Ce qui change, c’est la passion, ou quelque chose qui s’en rapproche. En tout cas, quelque chose change.

On baise plus autant qu’avant. On est plus si heureux de se voir. On ne se manque plus autant. Ou peut-être que trois ans, c’est le temps qu’il faut pour ne plus arriver à ignorer les dysfonctionnements ? Ou le moment où les petits problèmes deviennent grands ?
Alors on commence à regarder ailleurs. on sent la flamme qui revient, mais pas ici : ailleurs, avec quelqu’un d’autre.

Et c’est là que les emmerdes commencent.

Nos grand-parents avaient une recette simple : tu acceptes ce que tu as, et tu te plains pas. C’est ainsi que les mariages tenaient, pour le meilleur et souvent pour le pire.

Nos parents ont trouvé une autre solution : le divorce. Souvent après moultes années d’engueulades et de problèmes, quand on se rend compte que y’a pas d’autres solutions.

Et nous, la génération des polyamoureux, on fait comment ?

Si cette date est inexorable, définitive et scellée… Si la passion périme, qu’est-ce qu’on fait ?

Pas le choix. On l’accepte.

Et là, deux possibilités :

Première possibilité : on accepte que cela va arriver, et on prend ses dispositions. On vit ce qu’on vit au jour le jour, et un jour on se lève, et puis la passion est partie. Il reste l’affection, mais ce n’est pas assez, et le beau garçon rencontré l’autre jour est définitivement très intéressant et mignon, et on finit par ne penser plus qu’à lui. Alors on se dit au revoir, on se tape la bise, on pleure un coup parce qu’on aime quand même l’autre, et puis on retourne vivre ce qu’on doit vivre, et le cycle recommence. Trois nouvelles belles années.

Ou, deuxième possibilité : on accepte que cela va arriver, et on prend ses dispositions, autrement. On se dit OK avec le fait qu’il n’y aura plus de sexe. Plus de manque. Plus de flamme qui brûle délicieusement jour après jour. Plus d’obsession pour l’autre. Juste un compagnon de vie, non plus un-e amant-e mais un-e meilleur-e ami-e. Et on continue à s’aimer, mais différemment. On reste une famille, et on est OK avec ça.

Bon, en pratique, ça finit plutôt en troisième possibilité : on se chamaille, on s’accuse l’un l’autre d’être responsables de nos besoins respectifs qui ne sont plus comblés. On se fait remarquer qu’autrui ne nous aide pas avec notre jalousie, ce qui est souvent vrai (Si vous ne connaissez pas ce terme, je vous invite à beaucoup lire sur la NRE, New Relationship Energy, surement la subtilité la plus délicate à gérer dans le polyamour, et surement la plus grande cause de rupture parmi les polyamoureux).
En  pratique on se fout sur la gueule longtemps avant de réussir à accepter de rompre, solution 1, ou dans le meilleur des cas d’accepter que la relation a évolué, solution 2.

Parce qu’on est humains, pleins d’insécurités, de jalousies, de besoins qu’on s’attend à ce que l’autre continue à combler, même quand ce n’est plus possible. Et que tout ça est très dur à dépasser, et avant tout très décevant.

C’est la leçon que je voudrais transmettre aujourd’hui : vis ta relation à fond, tant que tu le peux, mais rappelle toi que ce ne sera pas toujours comme ça. Accepte-le le plus tôt possible, tu éviteras ainsi pleins d’écueils et de déceptions.

L’amour c’est pour toujours, mais la passion dure trois ans, c’est pas ta faute ni la mienne. C’est peut-être juste comme ça. Et si tu as une solution magique, donne la moi, je te l’achète direct.

En attendant, prend tes dispositions à l’avance, et peut-être même décide déjà de ce que tu feras quand ça arrivera. Met les choses au clair. Accepte au fond de ton cœur que tu vas perdre un.e amant.e un jour et peut-être gagner un compagnon, une compagne de vie.

Et revient me remercier, parce que je t’évite une année ou deux d’emmerdes, en te disant ça.

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Annnnnnnd we’re BACK !

Après presque 3 semaines d’absence le site est online à nouveau et WORKING.
Merci de votre patience !

Signé Zerh qui vous aime et qui ne partira pas !

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Lettre à mon ex-psychiatre (qui a failli me tuer)

NB : Les noms des lieux et personnes ont étés changés par soucis d’anonymat.

634842761831934732


Centre psychiatrique Le Fictif

15 rue de la fausse adresse,
95 000 JOINTVILLE-LE-PONT

Zerh Leuchadeu

258 Boulevard du temps qui passe
97 525 Ville-Faux

Ville-Faux, le 26 février 2017

Chère Madame Lapsi,

Vous vous rappelez peut-être de moi. J’ai été votre patient au centre psychiatrique Le Fictif dans la période de octobre 2015 à avril 2016.

Je vous écris aujourd’hui pour vous dresser un bilan de ma situation et vous offrir des retours sur notre relation patient / médecin.

Avant tout je souhaite vous remercier pour m’avoir reçu en tant que patient, dans un moment de grande nécessité pour moi, et avec le peu de moyens dont dispose votre centre public de soins. Je sais que vous avez fait de votre mieux pour moi et si je remet en question certaines de vos démarches cela n’est pas un reproche mais se veut une critique constructive.

En premier point je voudrais vous expliquer ce qu’il s’est passé depuis notre dernière entrevue.

Comme vous vous en rappelez peut-être, je suis venu vous voir en octobre 2015 suite à un cas sévère de dépression. Vous m’aviez diagnostiqué une bipolarité et placé sous lithium. Ce traitement m’entrainant de nombreux effets secondaires très sévères dont crises de paniques (malgrés l’ajout de benzodiazépines, nommément alprazolam), nous sommes passés à l’abilify. Suite aux mêmes réactions, et notamment à mes trois visites aux urgences dans la même semaine, nous avons arrêtés celui-ci également.
A l’arrêt du traitement, en avril 2016, je me suis senti infiniment mieux. Tellement mieux que j’ai réussi à entamer à ce moment là le début de ma guérison, en solitaire.

L’arrêt du neuroleptique a été un soulagement immédiat, mais l’arrêt brutal des benzodiazépines a été plus délicat. J’ai été obligé de l’étaler sur un mois, étant donné que vous m’aviez laissé 4 mois sous alprazolam, et que j’avais développé une dépendance.

Très peu de temps après ce sevrage (trois semaines ?), et ne suivant plus aucun traitement, je ne présentait plus aucun symptôme dépressif.

Aujourd’hui, presque un an après et n’ayant toujours pas rechuté, je pense être définitivement sorti d’affaire, même si je suis évidemment toujours très prudent et surveille diligemment mon état mental pour m’assurer qu’il reste stable.

J’attribue ma guérison à deux points :

1/ L’arrêt des médicaments et de leurs terribles effets secondaires qui a pu faire effet de tremplin pour le début d’une guérison.
2/ La stimulation provoquée par mon projet de faire et réussir le très difficile concours d’entrée de la prestigieuse école Polypicnique de Paris.

J’en viens donc au deuxième point de ma lettre.
Je me rappelle avoir contesté votre diagnostic bipolaire, car je n’en étais vraiment pas sûr, même s’il faisait un peu sens à l’époque. Vous insistiez pourtant en ce sens, me demandant par exemple d’assister à des cours d’éducation sur la bipolarité.
N’ayant cependant toujours pas rechuté malgré l’absence de traitement depuis presque un an, et ne présentant aucun symptôme maniaque ou hypomanique, je pense pouvoir conclure assez sûrement que je ne suis pas bipolaire.

Je n’ai pas de reproches à vous faire quand à un diagnostic bancal : sans doute présentais-je quelques indices en ce sens.

Le seul reproche de ma lettre, et celui pour lequel je serais curieux d’avoir des explications, est le suivant :

Si vous étiez suffisamment certaine de mon diagnostic pour me mettre sous lithium, un médicament pouvant provoquer une défaillance mortelle des organes, alors pourquoi avez-vous refusé de me signer un diagnostic officiel lorsque je vous l’ais demandé pour remplir un potentiel dossier d’Aide aux Adultes Handicapés ?

Étiez vous suffisamment certaine de votre diagnostic pour me donner un traitement de cheval potentiellement mortel Mais pas suffisamment pour me signer un papier officiel ?

Le souvenir de cette contradiction me laisse un douloureux goût dans la bouche, et je ne serais pas contre en recevoir des explications.

Un deuxième point important : je vous avais mis au courant à propos de ma consommation régulière de la drogue appelée LSD. Vous aviez jugée que j’avais une addiction au LSD (un terme que certains addictologues jugent antinomique). Je n’en ais consommé pourtant qu’une seule fois depuis avril dernier.

Mon point est le suivant : savez-vous que le LSD peut être mélangé á quasiment n’importe quel produit et qu’il n’est JAMAIS mortel ?

Le seul produit qui fait exception à cette règle (à ma connaissance) se trouve être…. Le Lithium.

Vous avez donné du Lithium à un patient ‘’ayant une addiction au LSD’’ sans même le prévenir que le mélange le tuerais.

Par chance je suis fidèle aux Bonnes Pratiques de Réduction des Risques, et je vérifie toujours les interactions médicamenteuses avant de prendre de la drogue, Même dans le cas de produits jugés “sûrs” comme le LSD. Sans cela je ne serait plus de ce monde aujourd’hui, cette combinaison étant une des plus graves possibles.

Troisième point : comme dit plus haut, j’attribue beaucoup de ma guérison au fait d’avoir entamé les démarches pour le très difficile concours pour rentrer dans cette école.
Il se trouve que je suis aujourd’hui étudiant dans cette école depuis novembre dernier, ayant (très) brillamment réussi ce concours (17ème dans une promotion de plus de 800 candidats).

Vous vous rappelez peut-être m’avoir très, très fortement conseillé de ne surtout pas tenter ce concours.

Aujourd’hui grâce á ma décision d’aller contre votre avis, mon avenir et ma carrière sont enfin assurés. Mon statut social et ma situation financière vont bien mieux, et pour la première fois de ma vie je suis heureux dans mon travail. Ceci pour dire que je pense avoir fait le bon choix en ne vous écoutant pas.

Je n’écrit pas cette lettre dans le but de vous faire honte ou vous faire du mal. Encore une fois, je vous suis vraiment reconnaissant d’avoir tenté de m’aider lorsque j’étais au plus bas.

Je vous écris parce que vous aviez tort plusieurs fois et que la somme de ces erreurs auraient pu empêcher ma guérison, voir me tuer. Et vous sembliez si sûre à chaque fois.

Je vous écrit car je souhaite que vous perdiez ce comportement du médecin qui est de ne douter de rien, sans même avoir pris le temps de vérifier. Vos patients comme moi placent tous leurs espoirs en vous. Vous pouvez vous permettre d’être faillible, car l’erreur est humaine, mais jamais de ne pas douter de vous-même.

Je vous souhaite très sincèrement une longue et heureuse vie, maintenant que j’ai enfin commencé la mienne. Si vous décidez de répondre à ce courrier, je lirais votre réponse avec plaisir.

Cordialement et en vous remerciant encore,

Zerh Leuchadeu

 

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Le Parcours du combattant de deux malades mentaux qui voulaient se soigner

TW Dépression, Suicide

Nombre de mots : 1500
Temps de lecture : 5 minutes

C’est l’histoire de Monsieur Z et Madame O.

Parlons d’abord de Monsieur Z. Monsieur Z est très en colère.

En effet, Monsieur Z est malade mental. Quand notre histoire commence, vers août 2015, Monsieur Z est dans un état de dépression sévère. Il n’a plus goût à rien, passe des journées lentes et tristes, n’arrive pas à travailler ni à faire quoi que ce soit d’ailleurs. Ses journées passent comme celles d’un fantôme. Ça fait des années qu’il a des poussées de dépression, mais il n’a jamais essayé de se faire traiter. Les parents de Monsieur Z sont médecins. Ils ne croient pas à la dépression, alors Monsieur Z pendant longtemps n’a jamais compris qu’il ne vivait pas normalement. De toute façon, entre ses études exigeantes et ses premiers boulots obtenus à prix fort, comment aurait-il trouvé le temps de se soigner ? Mais Monsieur Z a 29 ans et ce qu’il ne savait pas non plus, c’est que des symptômes psychiatriques non traités empirent drastiquement avec l’âge. Monsieur Z ne peut plus travailler. Il ne peut plus faire grand-chose, d’ailleurs. Il survit du RSA et d’une rente parentale.

Tout n’est pas tout à fait noir : Monsieur Z est amoureux de Madame O, et Madame O de Monsieur Z. Seulement, voilà : Madame O est également dans un état de dépression avancé.

Pourquoi Madame O s’est-elle entichée de Monsieur Z et Monsieur Z de Madame O ? Au-delà des simples mystères de l’amour, il semblerait que les dépressifs  aient tendance à se regrouper entre eux. Les dépressifs sont souvent impossibles à supporter pour les non-dépressifs, qui ne comprennent pas leur incapacité à faire autre chose que trainer des pieds toute la journée. La communication est souvent difficile, parfois impossible : on ne parle simplement pas le même langage. De toute façon, supporter l’éternel mal-être d’un dépressif n’est pas une tâche qu’une personne saine d’esprit aurait forcément envie d’accomplir.

Alors Monsieur Z et Madame O sont malades, ensemble.

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Madame O a 26 ans, et elle est dans un état possiblement pire que Monsieur Z. Par « état pire que Monsieur Z » entendez : elle risque davantage de se buter que Monsieur Z. Oui, car la dépression ce n’est pas que traîner la patte chez soi en pleurant aux nuages et en enchainant les épisodes de The Wire. Arrivé à un certain niveau, c’est aussi une lutte permanente pour ne pas crever. Et jusque-là Madame O s’en tire bien : elle respire encore.

Les parents de Madame O sont médecins. Ils ne croient pas que leur fille soit dépressive. C’est surement un simple mal-être : leur fille n’est-elle pas de nature capricieuse ?

Les parents de Madame O l’aident financièrement. Pas assez, cependant, juste de quoi payer le loyer, quelques taxes. Monsieur Z doit parfois acheter à manger à Madame O. Les parents de Madame O sont très riches, mais ils pensent que l’argent se mérite et ne veulent pas que leur fille soit une assistée. Il faut qu’elle travaille pour sa pitance. Madame O vient de finir ses études avec force difficultés et sa maladie l’empêche de travailler.

Devant cette sinistre situation, Monsieur Z et Madame O ont décidé de chercher de l’aide.
Monsieur Z et Madame O étant pauvres, ils se rendent dans le CMP de leurs villes respectives. CMP signifie « Centre Médico-Psychologique ». C’est un endroit où l’on peut se faire traiter psychiatriquement et/ou psychologiquement, gratuitement. Que la France est belle ! Merci de nous permettre de guérir, de devenir bientôt des membres actifs et productifs de la société, se dit Monsieur Z, qui ne sait pas encore qu’il va déchanter sévère.

Après deux mois (…) d’appels téléphoniques, Monsieur Z obtient finalement un rendez-vous. Pas dans le CMP de sa ville, mais celle d’à côté. Tant pis, il fera les heures de trajets. Madame O obtient un rendez-vous bien plus vite dans sa ville.
Monsieur Z est enfin pris en charge par une psychiatre. Très vite, un diagnostic « non-officiel » tombe : vous êtes probablement bipolaire. Soit, cela parait logique, se dit-il. Monsieur Z est immédiatement placé sous lithium.

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Parlons un peu du lithium. C’est un traitement qui fonctionne très bien chez certains bipolaires. Il s’agit aussi d’un traitement très, très lourd. Des tests médicaux et prises de sangs doivent être effectués régulièrement (toutes les semaines au début) pour vérifier par exemple que les reins ne sont pas en train de lâcher. S’ils lâchent, dommage, parce que ça ne se réactive pas, un rein.

Le lithium est un traitement ultra-lourd aux effets secondaires très importants qu’on ne donne que pour un diagnostic certain. Monsieur Z, et tous les médecins à qui il en parlera par la suite, ne comprend pas pourquoi on lui sort directement ce qui ressemble à une solution finale, mais soit, il prend le traitement.
La psychiatre de Monsieur Z est très gentille, mais aussi très occupée. Elle n’a pas beaucoup de temps à accorder à Monsieur Z, car le CMP est bondé. Au début, c’est 5 ou 10 minutes toutes les trois semaines, puis 20-25 minutes tous les mois et demi. Avec ces horaires, Madame la psychiatre ne peut pas savoir que Monsieur Z réagit très mal au traitement. Monsieur Z expérimente de nombreuses crises de panique quotidiennes. Pour ceux qui ne connaissent pas les crises de panique, sachez qu’il s’agit d’une des pires expériences que vous puissiez vivre. Basiquement, votre cerveau croit que vous êtes en train de mourir.

Pendant ce temps, Madame O se fait traiter dans la CMP de sa ville. Ville plus aisée, plus riche, signifie CMP moins bondée : elle arrive à obtenir des rendez-vous réguliers. Sa psychiatre lui prescrit de l’Abilify, une molécule un peu nouvelle aux effets secondaires assez dangereux, mais prometteuse néanmoins. Il faut trois semaines pour que le médicament commence à faire effet. La situation de Madame O semble s’améliorer, un temps.

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Pendant ce temps, Monsieur Z réussit á voir sa psychiatre, et il arrête donc le lithium. Il est placé sous Abilify lui aussi, ainsi que sous benzodiazépines. Les benzos sont une classe de médicaments anxiolytiques terriblement addictifs et dangereux à arrêter. La durée de prescription maximale conseillée est de trois semaines.

Quelques semaines passent. Semaines très douloureuses car les effets secondaires du traitement par Abilify sont atroces. Monsieur Z, torturé de partout, compte les jours et les heures en attendant que le médicament fasse effet : trois longues semaines. Puis sa situation s’améliore, un temps.

Pendant ce temps, Madame O fait des rechutes. Des rechutes graves. Elle en parle à sa psychiatre, qui ne fait rien.

Peu de temps après, Monsieur Z recommence à avoir des crises de panique. Légères.

Madame O rechute bien bas dans sa dépression. Sa psychiatre ne fait rien. Madame O demande un diagnostic, même non-officiel. Sa psychiatre refuse.

Monsieur Z a des crises de panique bien plus graves. Impossible de joindre la psychiatre. Le prochain rendez-vous est dans un mois.

Madame O chute encore. Sa psychiatre l’inscrit a un groupe de parole d’appréciation de la musique.

Monsieur Z est dans un état terrifiant et terrifié. Il se réveille toutes les nuits avec le bras gauche engourdi et de la tachycardie, signes de crise cardiaque. Il se rend aux urgences trois fois dans la semaine. Son cœur va bien, le psychiatre des urgences l’autorise à stopper son traitement.

Madame O va au plus mal, annonce depuis un moment ses pulsions suicidaires à sa psychiatre. Sa psychiatre fait des bulles.

Cela fait maintenant 6 mois que Monsieur Z et Madame O ont obtenus leur premier rendez-vous. Aujourd’hui on peut faire le bilan de ces six mois. Monsieur Z n’a pas de traitement. Il n’avait pas de crises de panique avant, mais maintenant oui. On l’a laissé environ 4 mois sous benzodiazépines et il a développé une dépendance.

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Madame O, après quelques mois plus positifs, en est à nouveau à son point de départ, sa psychiatre refusant d’ajuster son traitement.
Monsieur Z voudrait pouvoir travailler, et souhaite donc réclamer un statut Travailleur Handicapé. Mais il a besoin pour cela d’un certificat de bipolarité de sa psychiatre, que celle-ci lui refuse. Il ne comprend pas pourquoi sa psychiatre semble assez sûre d’elle pour le mettre sous traitements lourds mais pas suffisamment pour l’écrire sur un bout de papier. Monsieur Z ne peut pas travailler avec sa maladie, sans ce statut handicapé.

La psychiatre de Madame O ne semble toujours pas la croire quand elle parle de ses idées suicidaires. Monsieur Z est terrifié à l’idée que Madame O fasse une tentative de suicide.

Monsieur Z et Madame O se sentent abandonnés, désespérés. Ils envisagent de creuser leurs maigres réserves financières pour avoir accès à des psychiatres dignes de ce nom, pouvant proposer un vrai suivi. Ils ont aussi besoin d’une psychothérapie, ce qui est impossible au CMP, les délais d’attente étants de plusieurs mois.

Monsieur Z c’est moi, et je suis très, très en colère.

Pour aller plus loin :

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« Que nul n’entre ici s’il n’est révolté »

Texte et dessin de Gaelle Bourrasque

Nombre de mots : 850
Temps de lecture : 3 mins

Que se passe-t-il réellement depuis le 31 mars ? Eh bien, le temps s’est rouvert. Nous ne sommes pas passés en avril non, mars s’étire pour nous donner le temps : 32 mars, 33 mars, 34 mars…

Oui il y a eu des violences policières, non l’occupation de la place de la république à paris est belle et bien légale, après trois jours d’interventions illégales de la part des CRS la mairie de paris a du reconnaître à contre coeur  que l’action a bel et bien été déclarée en préfecture et acceptée ; que penser d’institutions qui ne respectent même pas leur propres procédures ?

Oui ce qui se passe est multiple et constructif et va bien au-dela d’un simple coup de gueule contre la loi travail. Malgré les mensonges et le silence des médias, malgré la pluie, le froid, la fin de la trêve hivernale, la menace des boucliers et des flashballs, malgré les sujets désastreux en cours de discussion à l’assemblée, malgré l’état d’urgence, malgré la violence de groupuscules fascistes qui tentent de se payer une part du gateau, malgré l’actualité internationale terrifiante… Oui malgré tout ceci, c’est le printemps. Des mondes s’écroulent, et à travers les carnages, d’autres plus résilients tentent de se lever.

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 Toi, moi, nous tous ensemble sommes maîtres de nos vies. Toi, moi, nous tous ensemble, nous n’avons pas peur des institutions, car elles ne sont plus « notres » : ce sont elles qui tremblent. Et elles ne tremblent pas sous nos menaces, non, elles tremblent sous notre indifférence. Car sans notre soumission passive, sans notre accord tacite, elles ne peuvent fonctionner. Un monarque ne peut régner sur un peuple qui refuse de prononcer son nom. Un gouvernement ne peut gouverner un pays qui réinvente ses propres systèmes de gouvernance.

Ce qui se passe en ce 34 mars 2016, place de la république à Paris, mais aussi à Limoges, à Nîmes, à Lyon et partout ailleurs en france, n’est que la résurgence visible des bourgeonnements expérimentaux qui sont mis en application depuis plusieurs années. La révolution fructifie, car la révolution a été semée, testée, abreuvée par des centaines d’initiatives, de mouvements, de luttes.

Une seule chose est sûre, c’est que la jungle politique, économique et sociale actuelle est moribonde, et que son vernis est en train de craquer pour laisser sortir de nouvelles pousses vigoureuses. Dans la joie, dans la colère, saines et puissantes, dans le tissu solide et résilient des luttes croisées, grâce aux sèves idéologiques que charrient les internets, grâce à l’Empowerment individuel. Grâce à la conviction puissante que toi, moi, nous, n’avons d’autre choix pour survivre que d’inventer nos propres mondes, de réconcilier l’utilisation des outils technologiques actuels avec les limites de nos environnements, de couper le cordon empoisonné et coercitifs d’institutions trop lointaines, aux préoccupations déconnectées de nos réalités, pour fabriquer nos paradigmes, nos cadres, nos vies en adéquation avec nos rêves.

Un nouveau pas a été franchi : assez de revendications, assez de négociations, nous en avons assez de critiquer l’action de ceux qui se prétendent légitimes pour nous gouverner, de leur faire des propositions, des demandes, comme s’il nous fallait encore nous plier à leur « autorité », accepter d’entrer par en bas dans leur pyramide hiérarchique. Nous avons essayé, cela ne fonctionne pas. La meilleure alternative, c’est de leur tourner le dos : de se souvenir que nos vies nous appartiennent, à nous. Que nous nous sentons exister dans nos tripes, et non parce que nous possédons un bout de plastique avec un tampon et une photo. Que les frontières sont des traits sur des cartes, alors que nos chemins sont tracés par nos pas, en mettant un pied devant l’autre. Que pour être capables, pour agir, il suffit d’oser le faire, et que nul n’a la légitimité de nous « donner la permission » de le faire.

Ainsi, nous nous rassemblons, nous discutons, nous inventons et mettons en place de nouvelles manières de vivre ensemble, avec tous ceux qui le veulent, tandis que les coquilles vides et lourdes d’institutions dépassées n’auront d’autre choix, si elles le peuvent, que de se déconstruire pour reconstruire avec nous, et si elles n’en sont pas capables, de s’écrouler tranquillement dans notre dos.

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Pour aller plus loin :

 

Quelques sources plus techniques pour contrebalancer la merde relayée par la plupart des médias :

 

Pour aller plus loin sur Pimentduchaos :

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RSAiste, Malade mental, et Fier.

Trigger warning : maladies mentales, suicide, et violences.

1000 mots,
5 min de lecture

Je suis au RSA depuis des années.

Fils de CSP+, homme-cis-passing-blanc et études prestigieuses : bac+5 avec titre d’ingénieur reconnu par l’état. Privilégié de partout (ou presque).
Je retrace ma vie en une ligne : collège privé, lycée de bourge, classes prépa aux grandes écoles, école d’ingénieur.

Et pourtant aujourd’hui je suis au chômdu. Des années de précarité et de RSA derrière moi.

Je suis malade, je suis bipolaire. C’est une maladie tragique avec un nom rigolo, et je ne peux pas décrire à quel point c’est horrible à vivre. Je n’ose pas décrire la quantité de souffrance stockée dans mes années passées.

La bipolarité, la dépression, et toutes ces saloperies, le consensus scientifique actuel s’entend à dire que les causes sont biopsychologiques : une prédisposition génétique plus ou moins importante peut activer la maladie suite à des évènements traumatisants. Maintenant, assez de conneries psychologiques (ou pire, psychanalytiques), s’il vous plait. Non, le problème n’est pas que « je ne veux pas m’intégrer ». Le problème, c’est pas la « prise de drogue ». Le problème, c’est pas que « je sort pas de chez moi ». Arrêtez de décrire mes symptômes en foutant une étiquette « Cause » dessus, c’est trop facile, n’importe qui peut faire ça.

Mon problème, il est clair : de vieux traumas qui ont déclenchés cette saloperie que j’avais dans mes gênes. Arrêtez trois secondes la science de comptoir et lisez les chiffres : 1 personne sur 50 est bipolaire. Avec un parent bipo, on a 22% de chance de le devenir. Avec deux parents, ce chiffre monte à 63%. Sachant que « qui se ressemble s’assemble », qu’en conséquence mes amoureuses sont régulièrement soit dépressives soit bipolaires, je me dis que cette maladie a encore de beaux jours devant elle.

Et ces traumas, ils viennent d’où ? En partie de mes privilèges, ironiquement. Le collège-internat religieux, joli nom pour prison-pour-enfants. Les études prestigieuses qui m’ont usés trop jeunes, qui me donnent l’impression à 28 ans d’être un vieux papy qui a déjà tout donné. Ma pauvre année de classes préparatoires aux grandes écoles m’a fait développer une maladie de peau incurable. J’ai pas trente ans, je prend trois médocs par jour au minimum. Plutôt six ou septs.

Bref. Je m’égare. J’étais venu parler de comment je vis.

Après mes études j’ai été employé par l’état deux ans, sur trois contrats, dont deux en tant que cadre (avec le salaire obscène qui va avec, mais ceci est un autre problème). Précarité de l’emploi, parce que les CDI c’est so XXème siècle, maintenant on enchaine les CDD de six mois. Sans prime de précarité ni remboursement des congés payés, parce que si c’est obligatoire dans le privé, dans le public ça ne l’est pas. Après tout, comment pourrais-tu travailler pour l’état et être précaire ?

Trois ans de RSA maintenant, dont deux de chômage.  Comme toute ma génération, trop de diplômes et pas assez de boulot.

Et cette honte, constante et rampante, d’être un assisté de la société. Je suis votre assisté, je vis avec vos impôts, ils me nourrissent. Tu te lèves pour aller au taff tout les matins, tu reverses un mois de ton salaire par an à l’état, il va en partie dans mon pain et mes médocs.

Tu paies 70 euros ton pass navigo et tes dolipranes, moi je paies rien. Tu paies ton psy, moi pas. Tu paies ton loyer plein pot, moi j’ai les aides au logement. Tu paies l’état, l’état me paie. Et ça s’arrête pas là : la moindre aide sociale je la ratisse, le moindre euro d’économisé. La CAF qui tente désespérement de se débarasser de moi, en me demandant toujours davantage de justificatifs. Pôle emploi qui me met des RDV sans me prévenir dans l’espoir que je les rate pour mieux me radier. Mais je suis au taquet, j’ai l’expérience du parasite : vous vous débarasserez pas de moi comme ça.

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Le RSAiste dépensant l’argent durement gagné du contribuable
(Allégorie)

Et j’ai honte. Pas trop, juste un peu. Parce que la société veut que j’ai honte, la même société dont la violence m’a rendu malade mental à vie. Alors j’ai honte, un peu, mais pas trop, parce que je sais.

Je sais que je suis un investissement. 

Parce que malade, je le suis, mais je compte pas le rester. Pareil pour le chômage, pareil pour le RSA. Les zhônnetes-gens travailleurs qui critiquent les chômeurs RSAistes sont, curieusement, peu préssés de perdre leur propre emploi. Le RSA et le chômage, c’est comme avoir un godemichet coincé dans le cul : sur le moment ça peut paraitre agréable, mais à la longue, ça fait très mal.

Je suis un investissement, parce que dans quelques années je serais guéri.

J’ai un cerveau, et comme tous les cerveaux il marche bien quand il déconne pas. Et comme tout le monde, j’ai envie de me mettre au service de la communauté. J’ai envie de créer, fabriquer, j’ai envie de faire. Bref, j’ai envie de bosser.
Je rêve d’un emploi de 9h à 17h 5 jours sur 7, avec des pauses café et de bonnes nuits de sommeil. Peut-être pas pour toujours, mais là, c’est ce dont j’ai envie.

Et je bénis la France. Je hais ce pays pour de nombreuses bonnes raisons, mais je l’aime énormément aussi. Pas à cause des baguettes-charlie-hon-hon-hon, mais parce que je peux rentrer dans une pharmacie ou chez le médecin, et ressortir avec un énorme sac de médicaments et une ordonnance, sans avoir déboursé un centime. Parce que j’ai un psychiatre gratuit pour me guérir, parce qu’on prend un peu soin de moi.

Parce que sans tout ça, je serais peut-être déjà suicidé dans un caniveau.

Alors, honnête travailleur, ne pense pas à moi comme à ton parasite.

Pense à moi comme à ton collègue de demain, celui qui va payer ta retraite.

Et si un jour tu croises un cadavre dans un caniveau, dis-toi bien que c’est parce que t’as pas payé assez.

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Faire du bruit

1500 mots
Temps de lecture : 6 minutes

J’étais, vendredi soir, dans un bar du 11ème, voisin du Bataclan. Ce qui m’a frappé, dans cette nuit où la France connaissait «la pire attaque terroriste de son histoire», c’est, étonnamment, le silence et le calme.

Pour être précis, quand tout a commencé, j’étais à – quoi ? – 50 mètre, 100 peut-être, du lieu où des centaines de gens qui auraient pu être mes amis se faisaient tirer dessus. Où se précipitaient les gens d’armes de la force publique. J’étais à 2 stations de métro des rues, des bars et des restaurants que j’ai déjà fréquentés, que j’aurais pu fréquenter ce soir-là, et qui devenaient des lieux de carnages et d’où les assassins prenaient la fuite.

Et dans ce kebab, où j’étais avec mes amis, leur piquant des frites selon ma stratégie toujours éprouvée de végétarien consommé, nous n’entendions

Rien.

Strictement rien.

Nous ne voyions

Rien. Nous voyions des gens qui marchaient normalement, qui roulaient en scooter ou en vélo, ignorant sans doute, peut-être, eux aussi, de ce qui se passait alors.

Et que ce soit à ce moment-là, ou dans le bar ensuite où j’ai passé le reste de la soirée enfermé volontaire derrière le rideau métallique baissé, c’est vraiment ce qui m’a le plus marqué. Ce silence.

Cette rupture entre l’horreur en cours, voisine, et le calme absolu de l’endroit où nous nous trouvions.

Ce silence était bien sûr remplacé par le bruit des images de BFM-TV qui passaient en boucle, par les nouvelles qui arrivaient sur les smartphone des gens qui parvenaient à capter.

Mais nous baignions tout de même dans cette nappe si étrange d’un absolu silence.

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Hier samedi, parmi les innombrables réactions que je voyais passer sur mon fil d’actualité Facebook, alors que le monde entier semblait s’émouvoir et compatir de la barbarie que nous avions subi ; alors que les photos de profil se couvraient de filtre bleu, blanc, et rouge, et que mes proches se signalaient les uns après les autres comme « en sécurité », j’ai été frappé par deux commentaires relayés par mes amis :

Le premier disait : « Ce que nous avons connu vendredi est exactement ce que les réfugiés cherchent à fuir, parce qu’ils le vivent tous les jours. »

Le second me rappelait : « Jeudi dernier, à Beyrouth, deux bombes ont explosé, et fait des dizaines de victimes.»

Aujourd’hui, j’ai lu un commentaire d’un blogueur libanais qui disait, en substance : « Pourquoi est-ce que les bâtiments étrangers ne s’allument pas de blanc, de rouge et de cèdre ? Pourquoi est-ce que la communauté internationale ne nous rend-elle pas hommage ? Pourquoi est-ce que Facebook ne propose-t-il pas aux Libanais l’outils qui permet de se signaler en sécurité ? »

Et j’ai pensé que, effectivement, nous n’avions jamais rendu hommage aux morts de Syrie. Jeudi, nous n’avions pas fait attention à cet attentat à Beyrouth.

Nous ne les avons pas entendus. Pas plus que les victimes des attentats d’Irak, ou ceux des attaques drones du Yémen, ou du Pakistan. Ou que les morts en Afrique.

Quand ils sont morts, ça a été dans le fracas inhumain des bombes et des kalachnikovs, eux aussi.

Mais pour nous, ils n’étaient que du silence.

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Une autre chose qui m’a frappé dans les commentaires des médias, dans les commentaires des hommes politique (comme du reste dans la façon dont nous avons traité les attentats de janvier), c’est encore cette capacité d’occultation d’un fait si simple pourtant, si simple mais si essentiel : ceux qui attaquent la France sont des citoyens français.

Et comment expliquer ce phénomène absurde, aberrant, fruit d’un ordre chaotique inconcevable, qui fait que des citoyens d’un pays dont la devise a cette beauté magnifique, indépassable – miraculeuse même tant elle aurait pu ne pas être – de « Liberté, Egalité, Fraternité » se retrouvent prêts à se faire exploser pour emporter dans leur mort des dizaines de leurs voisins ?

Parce que-et-puis-voilà ? Parce-qu’ils-sont-des-idiots-et-des-lâches ? Jolies explications qui n’expliquent jamais rien.

Comment l’expliquer si ce n’est par le non moins inconcevable silence dans lequel ils ont grandi, oubliés, sortis de cette si belle devise, citoyens d’une République qui ne les considérait ni comme égaux, ni comme frères, libres tout seulement de pointer au chômage et surtout de se taire ?

Comment l’expliquer si ce n’est pas ce tonitruant silence de notre régime actuel incapable de proposer à toute une partie de ses citoyens un projet plus porteur, un rêve plus beau que celui d’une idéologie débilitante qui préconise de se faire exploser au milieu d’innocents ?

Comment se l’expliquer cette haine qui nous vient directement de Syrie, d’Irak, de l’Orient et d’Afrique ?

Parce-ce-ce-ce-ce-que ? Encore une fois, deviendrons-nous gagas à nous gaver nous bourrer à radoter ainsi d’analyses sans causes et de raisonnements sans raison ?

Oublierions-nous que Daesh est un monstre né du néant de l’Irak, néant crée par les bombes américaines ? Et ces bombes, à quoi seraient-elles dues, sinon au pétrole qui remplit nos voitures et fabriques nos plastiques ?

A chaque fois que nous remplissons nos réservoirs de voiture, que nous achetons le moindre objet de plastoc, entendons-nous les cris des enfants irakiens ? Voyons les mangroves noircies du delta du Niger ?

Voilà deux siècles que nous pillons la planète, et ce sont toujours les autres qui en paient le prix. Mais entendons-nous seulement cela ?

Non, parce le seul bruit que nous entendons, lorsque la pompe s’active, c’est le faible ronron du compteur qui défile.

Si faible, si faible ronron : c’est presque du silence.

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Et nos hommes et nos femmes politiques : ils, elles sont corrompu-e-s mais ils, mais elles restent en place ; ils et elles s’autoreproduisent et ne laissent plus la place, ils et elles cautionnent des guerres, ils et elles envoient des avions bombarder des pays, ils et elles protègent des flics qui mutilent ou tuent des innocents… Mais entendez-vous des voix s’élever contre ça ?

Tendez l’oreille…davantage…soyons concentrés…Entendez-vous quelque chose ?

Oui, écoutez-le, écoutez-le bien, là, quelque part calé tranquille sous un petit coin de flemme : c’est le point sur le «i» de « remettons à demain », écoutez-le donc, cet assourdissant silence de nos voix citoyennes. Nous laissons nos élus corrompre la France en aristocratie.

Mais nos élus, qui est-ce qui les élit ?

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C’est le silence qui nous plombe, c’est le silence qui nous pèse, ce silence terrible qui nous coupe des autres, ce silence terrible qui nous fait préférer de rester bien tranquille, casque sur les oreilles, dans nos appartements, devant nos ordis, plutôt que de descendre, dans la rue, défendre nos frères, nos banlieues et nos droits, plutôt que de descendre défendre le climat, la non-consommation, les boycott, les cris d’autres mondes, les concerts des possibles.

C’est dans le silence que, tout doucement, sans que l’on s’en rende compte, se dissout tranquillement notre démocratie.

Alors…Face à ce silence, il n’y a qu’une solution : Faire Du Bruit.

J’entends déjà les voix conservatrices réagir à mon discours en le traitant d’angélique, d’angéliste ou tout autre qualificatif venu du Paradis. Utopiste serais-je.

Mais les plumes des anges sont des ailes de faucons : il faut être borné pour croire que des bombes vont régler le problème des civils qui soutiennent Daesh. Que quelques bombardements, trois ou quatre abandons de libertés et des immigrés rejetés à la flotte vont nous permettre de rendre le monde plus sûr. Ils faut être d’un optimisme béat pour penser que c’est le courage suprême que de continuer à vivre comme avant, en rajoutant simplement des poignées de soldats aux coins de nos rues et des avions en sus dans le ciel de Syrie.

Le vrai courage, c’est autre chose :

Faire

Du

Bruit.

Appeler nos députés.

Manifester dans la rue.

Ne pas voter UFNMPS.

Se présenter aux élections, aller dans les quartiers et puis fraterniser accueillir des réfugiés écrire à nos mairies.

Laisser notre voiture.

Boycotter le plastique.

Composer des chansons. Militer en assos. Aider dans les écoles, réformer les prisons

Aller planter des cèdres pleurer pour les Syriens et chanter pour l’Irak.

Fleurir les tombes de Paris et faire de la bio.

Arracher des cravates distribuer des richesses.

Cracher sur Balkany, conspuer Sarkozy, et faire tomber les ripoux de tous les partis, et les patrons-criminels demeurés impunis,

Proposer écrire conter de nouvelles pacifiques épopées ;

Ne pas cautionner les flashballs ni les Travaux Inutiles ;

Protester quand un gros con harcèle une femme ; s’allier au salarié qu’un patron veut virer ;

Le vrai courage, c’est de ne pas laisser faire des politiques contre les libertés, contre l’égalité, contre la fraternité.

C’est de crier.

Le vrai courage, c’est de chercher à voir plus loin plus longtemps pour qu’il n’y ait plus de silences cachant des vacarmes horribles, mais une seule musique : celle d’un monde vivable.

Soyons concrets.Dissipons ce silence qui depuis trop longtemps nous accable.

Faisons du bruit.

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(La deuxième photo de cet article est de Juliette Oger-Lyon)

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wordle

Publié dans Politique, Société, Uncategorized | 5 réponses

Les vieux, ces cons.

On accueille un nouvel auteur sur Piment du chaos : Sybil. Son premier article, que voici, est d’une qualité hors du commun. Je vous laisse l’apprécier.

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1968, les CSP++ du pré-web se révoltent. A l’époque dévoreurs de vinyles, démembreurs de pavés, enrobés d’écharpes, les voilà qui apparaissent aujourd’hui sur les photos délavées comme les bourreaux de notre futur.

Oui, je leur en veux. Leur héritage empoisonné aurait pu être évité. Chaque jour qui passe nous révèle le prix à payer pour leur aveuglement borné.

Sans arrêt, les représentants de cette génération (parents, politiques, patrons, syndicalistes …) nous abreuvent de lieux communs sur les jeunes et sur eux-mêmes. Brisons leurs mythes à coups de barre à haine. Pour les faits, les preuves, la réflexion et la mesure, rabattez vous sur les sources.

Mettons nous d’accord. Lorsque j’écris vieux, j’entends “baby boomer”[1], au pouvoir aujourd’hui. Les jeunes seront la fameuse “génération Y”[2]  qui “s’intègre” dans le monde du travail.

Old-economy Steve sera votre guide. Bonjour Steve… Et va te faire voir Steve.

oldeconomysteve_1

Devient propriétaire à 22 ans – dit à la génération de ses enfants qu’elle est chanceuse parce qu’elle peut acheter des smartphones à 200$

Commençons par le poncif classique …

 

“On ne savait pas”

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