Ad Vitam Nauseam

Romancisation.


Je me lève.

Exceptionnellement, mon premier geste n’est pas d’appuyer sur l’interrupteur de l’écran. En effet, j’ai sauté le diner hier, et une fois n’est pas coutume, la faim est déjà là.
Je me rend deux mètres plus loin, près de l’évier. Une rizeuse, c’est tout ce qu’il y a de plus pratique : un verre de riz, deux verres d’eau, appuyer sur le bouton rouge. Je reviens m’installer de l’autre coté. Au centre de mon studio trône un épais et confortable fauteuil. Le bureau qui l’accompagne, de même, ne laisse pas indifférent : ses proportions sont impressionnantes, surtout compte tenu de l’étroitesse des lieux. Quelques bols de riz sales dans un coin, diverses factures et autres paperasses traînent. Mais c’est au centre du meuble (où l’attention se porte aussitôt) que se trouve le point névralgique de la pièce.

Un ordinateur massif y est ouvert. Deux écrans supplémentaires sont disposés de chaque cotés : des motifs étoilés s’étendent sur tout un panorama. Le clavier est au milieu, la souris bien disposée à droite. De trois bords de la machine, des câbles jaillissent, qui s’enfuient dans tous les coins de la pièce. Dans ces veines coule l’électricité qui va alimenter la vie alentour : ici, la chaîne hifi  va chanter, là la manette s’illumine, casques micros et autres instruments parsèment le décor.
Je m’assois sur l’imposant fauteuil (qui a retenu la forme de mon corps), pose la main droite sur la souris, la gauche sur le clavier, et la connexion se fait. La Machine est maintenant une extension de moi-même (ou bien est-ce le contraire ?)
Peu de gens savent utiliser ce genre d’engins avec une rapidité et une dextérité comparable. Et cette bécane en particulier, c’est la mienne. Nous sommes liés par le bout des doigts, par les yeux et les oreilles. Elle est accordée à ma personne, et ma personne lui est accordée.

Je me sens productif, et commence par du travail : il s’agit de continuer le code du programme commandé. Je m’y met donc, en faisant régulièrement des micropauses pour discuter avec mes amis. A midi, je me lève, verse du riz dans un bol et reviens. Je m’alimente devant une vidéo d’actualité. Je me rappelle qu’il faut des piles pour l’un de mes casques : en trois clics elles sont commandées.
Le travail continue toujours. J’aurais bientôt fini ce programme. J’ai bien avancé. Sans me lever, je commande des sushis comme récompense. Quarante minutes plus tard, ils sont livrés. Je les mange devant un show animé.
En un glissement je vais me coucher, mon lit est juste à coté. Comme d’habitude, je dort sans jamais me souvenir de mes rêves.

Je me lève.
Entre le coin cuisine et le bureau, il y a un tapis de course collé contre le mur. Je l’utilise quarante-cinq minutes, car il est important de garder la forme. Je me connecte.
J’envoie le fruit de mon travail au client. L’argent sera versé sur mon compte cet après-midi. J’ai du temps libre, je me détend sur un jeu vidéo.
Brièvement, je me loggue sur un site de rencontre. Trois heures plus tard, quelqu’un rentre dans mon studio. Nous discutons brièvement, puis nous baisons. Je me reconnecte après son départ, mais très vite il est l’heure de se coucher.

Je me lève, me connecte, vérifie mes comptes : le paiement a bien eu lieu. Je répond aux mails de clients. Le nouveau projet commence. Je l’avance quelques heures, m’interrompt pour manger, puis vais me coucher.

Je me lève, je me connecte. Aujourd’hui : repos. Journée jeux vidéos. Je me recouche.

Je me lève, me connecte. On sonne : le livreur m’apporte mes piles. Je travaille, je me distrait, je me rendort.

Je me lève, me connecte, me rendort.

Je me lève, me connecte, me rendort.

Et je rêve. Je rêve du soleil sur ma peau, et de l’herbe dans mon dos. Je me rêve au sommet d’une montagne, dans l’eau chaude d’une source. Je me rêve voler, et puis tomber, et je me réveille.

Comme d’habitude, je ne me souviens jamais de mes rêves.

Je me connecte.

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Pourquoi je quitte les milieux militants sur internet

Trigger warning : Violences psychologiques, suicide.

2700 Mots
Temps de lecture : 20 minutes

Je suis doucement rentré dans le milieu militant au fur et à mesure des deux dernières années. Cela s’est fait par deux mediums principaux : 1/ La création d’un compte twitter et 2/ La fréquentation de groupes militants sur Facebook.

J’avais commencé un article humoristique pour dire à quel point j’en avais ma claque, de ce milieu. Je m’intéresse aux subcultures depuis toujours. Une subculture (« sous-culture ») est « une culture partagée par un groupe d’individus, se différenciant ainsi des cultures plus larges auxquelles ils appartiennent. » Elle peut être « alternative » à la culture dominante (mainstream), voir se déclarer « anti » mainstream (counterculture).

I – Des Subcultures et des milieux militants

J’ai été spectateur et/ou acteur dans les communautés juive, geek, *tousse* PUA *tousse*, végane, polyamoureuse, athée, childfree, féministe, antifa… J’ai même eu la chance d’observer la communauté furry (fort intéressante au demeurant). Vous me croirez, j’imagine, si je vous disais que ces subcultures fonctionnent plus ou moins toutes de la même façon.

crazy_straws

Ce qu’il faut comprendre à propos du monde des pailles rigolotes en plastique, c’est qu’il y a deux camps : les professionnels et les amateurs. Le milieu des amateurs est bourré de disputes idiotes , avec des échauffements entre les membres principaux et un groupe séparatiste qui se concentre sur les boucles
Les subcultures humaines sont disposées en fractale : elles sont infinies

Une chose qu’ont en commun tous ces groupes, c’est la reproduction des structures hiérarchiques. Même dans les milieux politiques les plus anarchistes, on recommence, inlassablement, à recréer les schémas de la société de domination. On voudrait détruire ces structures oppressives, et c’est ce qu’on fait dans un premier temps… Avant d’immédiatement reconstruire une nouvelle hiérarchie sur les décombres encore fumants de l’ancienne. Bien sûr, ça ne sera pas la même chose. Les normes auront bougé. Mais elles seront toujours là : on aura juste remplacé un étron par un autre (celui-là recouvert de paillettes, pour faire plus joli).

Un exemple assez évident de normes subissant un léger décalage sans être réellement remises en questions : les normes de beauté.

À gauche : beauté de magasine. Femme blanche, mince, peau lisse, eyeliner, pas de tatouages ni de piercings, cheveux colorés (couleur naturelle), yeux clairs

À droite : beauté « alternative ». Femme blanche, mince, peau lisse, eyeliner, tatouages et piercings, cheveux colorés (couleur non naturelle), yeux clairs

Le déplacement des normes dépend de la sous-culture en question, bien que la plupart des normes sociales se retrouvent d’une sous-culture à une autre. Si vous êtes mince, par exemple, il faut chercher longtemps avant de trouver une subculture dans laquelle cela ne vous avantage pas, bien que cela finisse toujours par se trouver.

Le milieu des militants SJW (social justice warrior) est assez particulier. Là ou dans la société mainstream, on est avantagé si on est un homme blanc cis hétérosexuel riche (etc), dans le milieu militant on va privilégier les opprimés, c’est à dire ceux qui n’ont pas ces privilèges. Cette discrimination positive est globalement une excellente chose : il est souhaitable que les opprimé(e)s aient un endroit où ils/elles gagnent un peu de valeur, ne serait-ce que pour l’empowerment, sans lequel la lutte pour les avancées sociales reste perdue d’avance.

Cela amène cependant à des situations très étranges. Chose unique, dans ce milieu, on va chercher à revendiquer un maximum d’oppressions pour acquérir du statut. J’ai par exemple vu une personne soutenir qu’elle n’était pas blanche, plusieurs fois, et ce devant des racisées. Plus tard, il s’est avéré que cette personne se disait non-blanche parce que, tenez vous bien : « en été, je bronze ». Deux semaines plus tard, on avait l’affaire Rachel Dolezal qui éclatait aux États-Unis.

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Pourquoi reproduit-on perpétuellement des schémas hiérarchiques oppressifs ? Je ne suis pas sociologue, mais je pense que la réponse est assez évidente. Une sous-culture est par définition issue de la culture mainstream. On croise tous les jours un bienheureux qui s’imagine que la sociologie ne s’applique pas à lui, qu’il est le maître de son propre destin sans aucune influence extérieure. C’est évidemment un leurre : nier que nous sommes perméables à la pression sociale, c’est s’empêcher de déconstruire nos valeurs oppressives en profondeur. C’est une manière de se donner de l’importance, du pouvoir… ce qui permet de nous élever dans ces mêmes échelles sociales.

Un cas intéressant à commenter est celui de la position des trans NB amab (personnes transgenres s’identifiant comme non binaires, ayant été assignées mâles à la naissance) dans les milieux militants. Il faut savoir qu’un certain nombre de ces personnes (anciennement socialement identifiées comme masculines) conservent une bonne partie de leurs privilèges masculins. Il est donc possible, par exemple, que certain.es fassent du mansplaining, ou aient un passing tel qu’iels ne soient pas harcelé.es dans la rue.
L’opinion d’une personne trans NB amab sera parfois plus écoutée dans les groupes militants que celle d’un homme cis-hétéro. Je ne cherche pas à savoir ici si c’est une bonne chose ou pas. Par contre, en réaction à ça, on a vu des militants féministes (et pas des TERFs) déclarer que tel.le trans NB amab est en réalité un homme qui cherche à se donner de l’importance… Ce qui est extrêmement malsain. La dernière fois que j’ai checké, on ne se permettait pas de juger des identités et orientations sexuelles d’autrui.

Bref, même le militant le plus prudent n’échappe que difficilement aux batailles d’égos et à la reproduction des structures oppressives.

II – De la toxicité des milieux militants

Par où commencer pour parler de la toxicité en milieux militants ?

Pendant que je rédigeais cet article, l’Elfe sur Lesquestionscomposent a sorti un -exceptionnel- texte à ce sujet, je vous invite fortement à le lire. Il résume longuement tout ce que je voulais dire ici.

Je pourrais ensuite citer cet article, traduction française disponible ici. L’autrice a également écrit cette suite.

Comme l’expliquent ces textes, la moindre erreur ou le moindre aveux dans le milieu militant peuvent déclencher des tempêtes de merde. J’ai déjà parlé de la Police Végane qui m’a harcelé pendant un mois entier. C’est hélas seulement un exemple parmi d’autres. Le moindre propos problématique peut entrainer des conséquences graves. Or, il est extrêmement difficile de ne pas faire d’erreur : les notions militantes sont parfois assez avancées, et il y en a beaucoup à connaitre. Une erreur de « tokenism » par exemple (Un concept assez peu accessible, à ne pas confondre avec le « racial quota« ) est si vite arrivée (ce qui a par exemple entrainé un déferlement d’insultes envers une certaine militante féministe). Et il ne s’agit pas là d’une lutte Dominant Vs. Opprimé. Dans le milieu militant, nous souffrons quasiment tous d’une oppression ou d’une autre. L’autrice des questions composent a été harcelée pour propos neurophobes (critique des Hauts QI), étant elle-même à haut QI.

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Bien sûr, il serait malvenu de critiquer la réaction des victimes offensées : leur colère est légitime. Cependant, il faut remarquer que : 1/ Si les victimes étaient les seules à s’exprimer sur le sujet, la situation serait extrêmement moins angoissante. 2/ Le format internet, en plus d’être déshumanisant, peut entrainer des effets de réponse disproportionnée. Un  propos problématique mérite d’être remis à sa place par les concerné.es, sèchement, peut-être même violemment, d’accord. Mais combien de réponses violentes sont trop de violence ? une centaine ? Mille ?

L’exemple Justine Sacco illustre bien le problème : cette femme est devenue célèbre en quelques heures après une blague raciste de -très- mauvais goût sur twitter. Elle ne semble pas plus raciste que la moyenne : elle a par contre omis à quel point ses propos étaient déplacés et choquants. Elle a été harcelée des mois sur tous les réseaux sociaux et chez elle, et renvoyée de son travail. Pourquoi aller si loin pour harceler cette femme, plutôt qu’aller par exemple taper du suprémaciste blancs ? Twitter n’en manque pas. Je pense que la réponse disproportionnée qu’elle a reçu peut être critiquée sans que cela ne soit qualifiable de tone policing… Et on m’a également fait remarquer qu’il aurait été bien possible qu’un homme dans la même situation ne se fasse pas harceler autant.

Il y a tellement à dénoncer, dans la violence qu’on a pu voir dans les milieux militants… Voir un jeune trans se faire accuser d’être cis transphobe par exemple, alors qu’il est trans, mais ne peut pas sortir du placard. Voir des militants essayer de déterminer si je suis bisexuel ou pas, juger de mon orientation sexuelle pour voir si j’ai du Militant Cred ou pas (Cf. ce dont on discutais plus haut : le corolaire de vouloir se trouver des oppressions, c’est essayer d’en enlever à autrui).

Et non, il ne suffit pas pour les victimes de « couper internet ». Parce que c’est impossible d’échapper complètement à Internet en 2015. Parce que parfois, le harcèlement se poursuit sur d’autres espaces. Et parce que pour certaines, la vie sociale se résume à internet, et couper internet c’est synonyme de mort sociale. Il est tout aussi logique de dire aux victimes de harcèlement au travail de ne plus aller au travail, ou aux victimes de harcèlement de rue de ne plus foutre les pieds dans la rue.

Ce qu’on ne réalise pas forcément, c’est que les milieux dans lesquels on évolue prennent une importance démesurée à nos yeux. Certes, une communauté ne représente qu’une infime partie de la population, mais à l’instar des poissons dans un aquarium, les acteurs de cette communauté perçoivent leur environnement comme le tout. Notre environnement, c’est notre monde, c’est notre vie.

Pour illustrer comment notre environnement fermé prend une ampleur démesurée dans nos vies, je vais citer un exemple extrêmement frappant que j’ai vécu personnellement : les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Pendant un an, j’ai évolué dans ce microcosme étrange qu’est l’intérieur d’une classe prépa d’élite. Des valeurs étranges évoluent dans ce petit milieu ultra-fermé : on est convaincus que si nos notes ne sont pas assez bonnes, notre vie sera finie. Que la pire chose qui puisse nous arriver, c’est d’échouer et de finir à la fac (quelle horreur !). Que notre vie sera finie, qu’on arrivera jamais à rien. Cela semble ridicule, 10 ans après, mais sur le moment on en est persuadés. Prenez des ados paumés, mettez les suffisamment sous pression, coupez les du monde, récoltez le drame. Ils sont rares, les taupins qui n’ont pas connus le suicide d’un.e camarade, et je n’échappe pas à la règle.



studyingSi tu échoues, c’est la mort. Ah, et, no pression, hein, y’a pas que les études dans la vie. Maintenant remet-toi au boulot.

[Et ne me répondez pas que « aucune statistique ne permet d’établir que le taux de suicide est plus élevé en classes prépa » : il y a une raison pour laquelle ces statistiques n’existent pas, c’est qu’on refuse de les faire]

Le harcèlement qui a lieu régulièrement sur les réseaux sociaux militants pose en réalité une question simple : à quel moment est-ce qu’on quitte la colère légitime pour rentrer dans la haine la plus crasse ?

III – De mon départ des milieux militants

J’ai reçu de nombreuses critiques pour mes articles. La grande majorité est positive. Mais s’ouvrir à la critique, c’est également prendre le risque d’être blessé, comme le dit si bien the oatmeal :

Sans titreComment je me sens après avoir lu 1000 commentaires intéressants et positifs sur mon travail, et 1 négatif
 Tout l’internet me déteste 🙁 

Cela ne signifie pas que je ne suis pas ouvert à la critique négative, ni même que je ne la désire pas. Cela explique par contre que l’opinion d’une poignée de personnes puisse m’affecter, quand bien même la plupart de ces personnes sont connues pour être parmi les plus malsains des militants du net. Si l’on rajoute la violence militante par dessus, et même parfois du harcèlement et cyber-bullying, on comprend combien le prix pour partager ses articles dans l’espace militant est élevé.

De mes articles et de mon image sur internet, on m’a construit un drôle de personnage dans certains coins sombres des milieux militants. Je serais donc apparemment un faux ex-PUA en réalité vrai PUA (PUA = communauté problématique de dragueurs en ligne) infiltré dans les milieux militants et féministes pour baysay, mais également un manipulateur pervers narcissique extrêmement doué. Tellement doué que tous les gens qui me connaissent ne s’en rendent pas compte, seuls celles et ceux qui ne m’ont jamais rencontré ont réussi à me percer à jour. C’est assez insultant pour mes ami.es, et aussi pour toutes les véritables victimes de pervers narcissiques.

Déjà, s’il est vrai que je suis un ex-PUA (ce que je n’ai jamais caché), je ne comprend pas l’intérêt de me désigner péjorativement par ce terme. Est-ce logique d’appeler les militants « Ex-sexistes » ? Ou les véganes « Ex-carnistes » ? Est-ce qu’on pense que les gens ayant des opinions problématiques ne peuvent pas changer ? Et alors, pourquoi on milite, si c’est pas pour changer ces opinions ? On fait quoi de ces personnes, on les brûle toutes ? Je reviens sur ce qu’on a dit plus tôt sur la haine et la colère : la colère est supposée se diriger contre quelque chose d’actuel. Cette utilisation-là du terme « Ex-PUA », par contre, est du domaine de la haine. Sans vouloir diaboliser la haine outre mesure, celle-ci ne semble pas vraiment un outil militant fiable.

Voici d’autres commentaires que j’ai entendu à mon sujet :

-« Il faut sauver son amoureuse de son emprise » (mon amoureuse va très bien, elle vous remercie.)
-« Elle n’est pas partiale parce qu’elle couche avec » (Mon pénis est-il si incroyable qu’il transforme l’opinion des gens à mon sujet ?)
-« Ce connard a supprimé des articles problématiques de son blog ! » (Donc la bonne chose à faire ça aurait été de les laisser ?)
-« Certaines personnes l’aiment beaucoup trop pour que ce soit sain. C’est la preuve que c’est un manipulateur » (Mon égo part loiiinnn.)
-« C’est un masculiniste déguisé » (C’est connu, le passe temps préféré des masculinistes est de se déguiser en pro-féministes, c’est une occupation tellement virile.)

Et sinon, de quel droit vous débattez et jugez mon orientation sexuelle, tout en citant pour cela des extraits de mon blog, que j’ai écrit avant mon coming-out ? Pourquoi est-ce que c’est uniquement les gens qui ne m’ont jamais rencontré qui se permettent de me juger ? En quoi suis-je si dangereux ? Et surtout : où sont les témoignages de victimes qui appuient ces dires ? Même les ancien(ne)s ami(e)s avec qui je ne suis pas resté en bons termes (hélas ça arrive) s’accordent à dire que je ne suis aucunement une personne dangereuse.

On en revient à un problème fondamental dans le militantisme : on juge des personnes plutôt que juger des opinions ou des actes. Pourquoi ? Simplement parce que notre égo se nourrit davantage de ce que l’on est ou n’est pas, plutôt que de ce que l’on dit. Pour gonfler mon égo, il faut que ce soit Moi qui soit une personne de valeur, plutôt que mes opinions. Il faut que ce soit l’ennemi qui n’ait aucune valeur, plutôt que ses opinions.  Il est plus valorisant de se sentir intrinsèquement meilleur, plutôt que juste se dire que nos opinions sont plus justes. On retourne ainsi dans une conception hiérarchique essentialiste de la société.

Je prend un exemple simple. Une femme trans ayant exprimé des opinions biphobes à mon égard s’est vue reprocher ses dires… Ce qui a donné lieu à ce tweet, de la part d’une de ses amies :

Sans-titre1

Deux choses à commenter :

1/ Je suis ni neurotypique ni hétéro, merci pour l’invisibilisation des oppressions

2/ J’ai une idée : et si on arrêtait de « traiter » les gens, de les juger en permanence, et si on s’occupait plutôt de leurs propos ? A ce que je sache, des paroles biphobes sont toujours biphobes, mêmes prononcés par une femme trans.

Mais okay, pas de soucis. Si c’est bien ça le milieu militant, s’il continue dans cette violence et dans ces délires, j’en sort sans regret. Je vous le laisse.

Je m’y suis fait des amis géniaux. J’ai énormément appris (en particulier sur l’éthique). J’ai fait mon éducation de militant. J’ai le sentiment d’en avoir retiré tout ce qu’il y avait à en retirer, qu’y rester plus longtemps sera maintenant contre-productif pour mon évolution personnelle et ma production écrite. Entre ma dernière dépression et la violence à laquelle j’ai été confrontée dans les milieux sociaux (on se moquera de moi pour cette phrase : les mecs cis n’ont pas de raisons suffisantes pour souffrir, il parait), je n’ai pas pu écrire sur ce blog pendant deux longs mois. C’est dommage.
J’ai quitté Twitter un mois. J’ai imprimé et épinglé au mur quelques uns des mails de remerciements que j’ai reçu en réaction à mes articles. Je suis allé me ressourcer dans le désert (cliché, je sais).

Maintenant, c’est bye-bye le milieu militant. Finis pour moi les dramas et les prises de têtes. Si on veut exprimer une opinion sur mon article, que ce soit un encouragement ou une critique acerbe, ça se passera uniquement sur le blog, après filtration des trolls (oui, je sais faire la différence entre un troll et une critique acerbe, rassurez-vous).

Et comme on ne gagne pas de followers en gueulant ici, quelque chose me dit que ça calmera pas mal de monde.

Edit : J’ai lu une critique de cet article assez intéressante sur ce blog et je souhaite y répondre brièvement :

  • Le milieu militant inverse-t-il réellement les oppressions ?
    Je ne crois pas que mon analyse à ce sujet soit masculiniste puisque j’appuie le fait que la société mainstream fonctionne différemment. L’autrice insiste cependant sur le fait que la hiérarchie sociale n’est pas inversée mais bel et bien toujours présente dans les milieux militants. Il est possible que mes propos soient un peu forts à ce sujet et je vais m’autoriser à davantage de réflexion à ce propos.
    Il était par contre plus que maladroit (disons-le : complètement couillon) de linker « oppressions inversées des normes de minceur » sur un article définissant le fat-fetishism. Mes excuses pour cela.
  • Concernant la note sur le militantisme en tant que développement personnel :
    Dans mon paradigme, la société est constituée de la somme de ses composants, c’est à dire de nous, les individus. Ainsi, une étape essentielle du militantisme est la déconstruction de nos propres opinions problématiques, ce qui relève au moins partiellement du développement personnel. Ainsi, développement personnel et militantisme sont vaguement liés, ce qui ne signifie aucunement que je sous-entend qu’il s’agisse de la même chose. On est supposés militer pour changer le monde, et non pas dans un intérêt personnel (encore que je ne pense pas qu’il soit négatif de « faire le bien autour de soi » dans notre propre interêt. Cela ferait un fort intéressant sujet de philo de bac). Je tenais donc à clarifier ma position là-dessus. Ce qu’il faut comprendre de ce passage, c’est simplement la citation mainte fois répétée : « Be the change you want to see in the world » (soyez le changement que vous voulez voir dans le monde).

Pour aller plus loin :

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Dossier : Le « Marché Romantique et Sexuel », Partie 1 : Les femmes sont-elles des privilégiées ?

Temps de lecture : 15 minutes
Niveau de bullshit sexiste : Dangereusement élevé

À parler d’amour, on entend souvent revenir une certaine théorie, celle de l’économie de marché sexuelle et romantique.

Cette théorie ne date pas d’hier : elle est popularisée par Houellebecq depuis 1994 avec son célèbre Extension du domaine de la lutte. C’est un sujet qui deviendra récurrent dans quasiment tous ses livres : cet auteur aura construit toute sa carrière sur le thème de la « frustration sexuelle masculine » (sic) au sein du « marché romantique et sexuel ». Le fait qu’il soit un des auteurs français les plus vendus et connus est un indice éloquent à propos de la psyché générale de notre société.

Nous allons entamer un dossier en plusieurs parties, qui explorera ce concept. Attention, nous allons plonger dans de la psychologie normative ultra-sexiste. Le langage utilisé sera la plupart du temps cis-hétérocentré, parfois même violent, et désespérement normatif. Je tiens à m’en excuser, mais hélas il est parfois nécessaire de se salir les mains pour défaire les constructions sociales… Accrochez vos ceintures, et essayez de faire en sorte que votre dernier repas reste dans votre estomac.

Dans ce dossier sur le « Marché romantique et sexuel »,  nous allons définir très sommairement cette structure sociale supposée, puis nous développerons détails, sources et exemples au fur et à mesure de plusieurs articles. Dans cette toute première partie, on se penchera d’abord sur l’un des mythes les plus tenaces lié à ce mode de pensée : le privilège féminin au sein du marché.

Le marché romantique et sexuel, c’est quoi ?

Il s’agirait d’une forme d’organisation sociale (comme le patriarcat), dans laquelle nous serions acteurs et consommateurs, exactement comme nous le sommes dans le marché monétaire.

Cette théorie se base sur plusieurs principes :

1/ La romance et/ou le sexe sont, comme l’argent, des ressources limitées. Ce principe se base lui-même sur les observations suivantes :

  •  Chaque individu ne peut en offrir qu’une quantité limitée, voir très limitée. Dans une société majoritairement monogame, chaque personne  n’est supposée ne pouvoir offrir de la romance/du sexe qu’a une seule personne.
  • La plupart des individus sont en recherche permanente de romance et/ou de sexe.
    Ce dernier point varie énormément selon la dose de sexisme que l’on incorpore dans la théorie. La version la plus usuelle dit que « les femmes cherchent de la romance, tandis que les hommes cherchent du sexe », pour des raisons biologiques essentialistes.

2/ Le genre masculin étant en permanente recherche de sexe, et le genre féminin ne permettant qu’un accès limité à ses ressources sexuelles, cela entraine les conséquences suivantes :

  • Les femmes sont « les gardiennes » du sexe : objets passifs n’ayant pas à faire d’efforts pour coucher.
  • Les hommes, n’ayant pas accès à des ressources sexuelles abondantes (sauf quelques privilégiés), sont en perpétuel état de frustration sexuelle.

Nous allons étudier en détail ces idées, pour voir de quoi il en retourne. Une précision pour la suite du texte : étant donné que la norme sociale dicte que romance et sexe vont de pair (ce qui évidemment occulte les asexuels/aromantiques), on parlera de marché romantique OU sexuel de manière interchangeable, bien que ce ne soit évidemment pas la même chose.

Du point de vue des hommes, les femmes sont des privilégiées.

Les privilèges ont ceci d’horrible que, quand on les a, on ne s’en aperçoit pas.
Ainsi, les hommes sont persuadés d’être les grands perdants de ce « marché romantique et sexuel ». Les injonctions masculines à la virilité et au succès (qui sont nécessaires pour gagner la course à la domination), font que les garçons doivent apprendre à séduire les filles. Les filles n’ayant pas cette obligation, elles peuvent se relaxer et jouer les princesses courtisées par moultes chevaliers et princes charmants. La société leur mâche tout le travail !

Du point de vue masculin, leur éternelle frustration sexuelle est une des pires souffrances possibles . Pour plusieurs raisons :
-Physiquement : la frustration, il faut avouer que c’est pas fun.
-Psychologiquement : la frustration c’est difficile, surtout dans une société qui promet le Bonheur à qui s’établit en relation monogame longue durée.
-Socialement : c’est terrible, puisqu’un succès sexuel et/ou romantique mitigé est supposé signifier que votre valeur de mâle est faible. Votre valeur sociale dépendant de votre statut de mâle (et donc, de votre capacité à séduire de nombreuses femmes), vous êtes rabaissé socialement. Vous perdez la course à la domination, ce qui est une des pires choses pouvant arriver à un homme dans cette société.

C’est la raison pour laquelle vous verrez énormément d’hommes chouiner à propos de leurs frustrations sur internet. Est-il possible d’imaginer pire souffrance ? Et bien en fait oui, c’est très, très possible, et les hommes le sauraient s’ils écoutaient un peu le vécu des femmes au lieu de pleurer sur leur sort.

Quelle est la vraie situation des femmes dans le marché romantique et sexuel ?

Toute personne un minimum renseignée sur la condition féminine saurait que, non, être une femme ne garantit pas que vous ayez un paquet de bites à votre disposition (Mes excuses pour le cishétérocentrisme, j’emprunte le langage masculin normatif). Non, toutes les femmes ne peuvent pas simplement sortir en bar, se faire draguer, et bam trouver l’amour et/ou le plaisir sexuel. Oui, certaines femmes ont ces ressources, tout comme certains hommes.

Dans le cas où elles ont effectivement la possibilité de trouver du mâle à se mettre sous la dent… Et bien d’abord il faut s’assurer qu’elles vont s’en sortir vivantes, de préférence indemnes, physiquement et mentalement, et déjà c’est pas évident. A ce propos, je vais juste citer les mots parfaits de Louis C.K [attention je ne cautionne pas le personnage, il reste un comédien ultra-sexiste] sur le sujet :


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– Une femme qui accepte de sortir avec un homme est complètement folle : c’est une très très mauvaise idée. Et la survie de l’humanité repose là dessus.
– Nous sommes la menace numéro 1 pour les femmes. Mondialement et historiquement, nous sommes leur première cause de problèmes et de mortalité, nous sommes la pire chose qui leur soit jamais arrivée.
– Je ne sais pas pourquoi les femmes sortent encore avec des hommes, étant donné qu’il n’y a aucun pire danger pour elles.
– Pour les hommes, notre danger numéro 1, c’est l’arrêt cardiaque. Voilà. C’est le coeur qui te dit « Mec, je peux plus continuer, je te le dit depuis trois infarctus, arrête de déconner »
– Mais les femmes sortent encore avec les hommes ! « Oui, je vais sortir avec toi, seule, la nuit ». Êtes-vous folles ? « Salut, où on vas ? » « Statistiquement, à ton enterrement ».
– Si vous êtes un homme, essayez d’imaginer que vous ne pouviez sortir qu’avec des créatures mi-lion mi-ours, et que vous seriez là à chaque fois à vous dire : « Ugh, j’espère que celui là est gentil ».

Deuxièmement, pour les femmes qui auraient eu la chance de tomber sur un homme pas trop violent (physiquement et/ou psychologiquement). C’est bien, c’est cool, elles vont pouvoir avoir du sexe !
Pas si vite, papillon. C’est pas si simple. Il ne faut pas oublier qu’une écrasante majorité des hommes est extrêmement sexiste. Et pourquoi, oh bon dieu, pourquoi une femme voudrait-elle coucher avec un homme sexiste ? Je rappelle que les valeurs sexistes dictent que les femmes ne sont pas supposées coucher avec les hommes en général !
Coucher avec des hommes, c’est « se salir ». C’est « se donner », c’est « céder » quelque chose. Quelque chose, on ne sait pas trop quoi, mais qu’une femme qui « se donne » perd, à commencer par sa virginité (un concept oppressif utilisé pour contrôler le corps féminin). Et si une femme a connu trop d’hommes, elle n’est plus rien. C’est une salope, sa valeur sociale est plus basse que terre. Elle est finie.

Alors pourquoi, pourquoi coucher avec un homme dans ces conditions, puisque par l’acte même de coucher, elle va perdre de sa valeur auprès de cet homme ? Jusqu’à quel point faut-il qu’une femme soit aliénée pour qu’elle accepte de perdre de la valeur avec un partenaire masculin, pendant l’acte même qui est supposé être étalage de vulnérabilité et d’intimité ? Comment est-il encore possible que des femmes acceptent de « sacrifier une partie d’elle-mêmes », tout en sachant qu’elles se feront traiter comme de la merde en conséquence ? Elles y gagnent quoi, en fait ?

Troisièmement. Imaginons que cette femme qui désire coucher ait trouvé un partenaire pas trop dangereux et pas trop sexiste (perle rare), ou peut-être qu’elle se sent courageuse et qu’elle est prête à supporter tout ça (Dans les faits, c’est surtout qu’elle pense ne pas avoir le choix…).

C’est dommage pour elle, parce que les hommes sont nuls au lit.

Oui oui… Pas tous, non (#NotAllMenInBed), mais en moyenne générale, les hommes cis hétéros sont carrément nuls au pieu. Il suffit d’écouter ce que vos amiEs racontent pour s’en rendre compte.

C’est dommage mais pourtant c’est vrai. Plusieurs raisons à cela :

-La culture du sexisme viril, et son alliée la pornographie, qui déclament en substance que les femmes « aiment ça » de la manière la plus violente et phallocentrée possible. En dehors d’un coît brutal, point de salut ! Un vrai mâle affiche sa virilité en pilonnant des vagins en mode marteau-piqueur. S’il reproduit les trucs de dominant vus dans les pornos, c’est des points bonus. Savez-vous qu’il y a des gens là-dehors qui demandent comme cadeau à leur femme pour leur anniversaire de les laisser la sodomiser ? Ais-je besoin de décrire à quel point ce mode de pensée est malsain ?

-Le sexe, c’est avant tout de l’écoute et de la communication. Souvent, du bon sexe nécessite également de réussir à se laisser aller, à partager ses émotions et son ressenti avec autrui. Manque de chance, la communication et les émotions, c’est un truc pour les gonzesses et les pédés. Un vrai mâle viril, ça pilonne, sans amour ni sentiments.

-Le sexe est une compétence comme une autre : elle s’apprend. Contrairement à ce qu’on peut lire dans les hentaïs, personne n’est magiquement ultra-doué dès les premiers essais. Or, pour réussir à améliorer une compétence, il faut se remettre en question. Se remettre en question, ça sous-entend qu’on n’est pas parfait par nature. Que l’on est pas né mâle alpha génétiquement supérieur. En conséquence de quoi, le Vrai Mâle ne se remet pas en question, car cela blesse son égo de mâle.

-Tout ce qui entoure la sexualité féminine et le plaisir féminin est tabou et/ou très mal connu. Saviez vous par exemple qu’un hymen ne se déchirait pas et qu’il était anormal de saigner la première fois ? Moi non plus.

4dbd3a27bf301-female_organism1L’orgasme féminin n’a été découvert qu’au début du XXème siècle par cette équipe de chercheurs (Source : The Onion, journal parodique)

Résumons la situation :

Ce que les hommes pensent : Les femmes sont les privilégiées du marché romantique et sexuel car elles ont des tonnes de partenaires sexuels à leur disposition, et n’ont qu’a claquer des doigts pour se faire servir.

La réalité : Certaines femmes ont possiblement les ressources nécessaires pour avoir à leur disposition des partenaires sexuels. Elles encourent un risque de violences physiques et/ou psychologiques très important. Elles ne sont pas sensées coucher, car sinon ce sont des salopes, et si elles couchent quand même elles se font mal voir par la personne même avec qui elles ont couché. Et de toute façon, l’expérience ne sera pas forcément agréable, ce sera même souvent le contraire.

Alors, oui, les femmes aussi connaissent la souffrance de la frustration. Au niveau psychologique, c’est même bien pire pour elles. Si vous êtes une femme, vous n’êtes supposée pouvoir vous réaliser qu’a travers un homme (le célibat longue durée est bien plus stigmatisant pour une femme que pour un homme). Socialement, même si un homme avec un pouvoir de séduction faible possède une valeur sociale basse, par le simple fait de sa naissance il reste supérieur à une femme, qui elle est socialement plus proche de l’objet n’ayant pas de volonté propre, que d’une vraie personne.

Alors, Messieurs qui chouinez sur votre éternelle frustration, veuillez s’il vous plait prendre conscience de vos privilèges.

Comment confondre les causes et les conséquences, ou l’essentialisme comme mauvaise justification

Revenons sur la croyance sociale dont nous avons parlé au début de cet article :

Les femmes cherchent de la romance, tandis que les hommes cherchent du sexe, pour des raisons biologiques essentialistes

Détaillons un peu les fondements essentialistes répandus dans la culture populaire qui soutiennent cette croyance.

Cette théorie se base sur le fait que les hommes se reproduisent par une simple éjaculation, tandis que les femmes mettent 9 mois à accoucher, mois pendant lesquels elles sont vulnérables. Elles ont ensuite besoin de soutien et de protection pour nourrir et élever leur enfant.
Ainsi, pour optimiser la transmission des gènes, un homme serait « programmé » pour avoir le maximum de partenaires sexuels femmes possible, tandis qu’une femme serait « programmée » pour ne coucher qu’avec un seul homme, et établir une relation romantique afin de pouvoir faire élever sa progéniture dans les meilleures conditions.

Ce n’est ni la première, ni la dernière théorie essentialiste fumeuse largement partagée par la population. L’essentialisme, c’est cette croyance que les hommes et les femmes sont programmés d’une certaine façon à cause de la sélection naturelle, et qu’il faut en conséquence se plier aux volontés de la Nature sous peine d’un châtiment terrible.

Ainsi, beaucoup de masculinistes pensent réellement que la destruction des normes de genre par les féministes va entrainer la fin de la civilisation (oui oui).
Beaucoup d’homophobes justifient leur homophobie par le fait que « l’homosexualité n’est pas naturelle » puisque la procréation est nécessairement hétérosexuelle. De tout temps, l’essentialisme a été la méthode de prédilection pour justifier les oppressions, et ça remonte à loin, bien plus loin que juste les Rois et nobliaux du moyen-âge qui régnaient « de droit divin », comprendre « c’est comme ça, c’est la nature alors taggle ».

2310evolution-homosexualite-rpg(Source : SMBC, traduction Portail Lapin)

Au fond, la seule différence entre masculinistes et féministes tient là-dedans : chaque groupe est conscient du sexisme de la société. Les masculinistes pensent que ce sexisme est souhaitable, nécessaire et inexorable, puisque produit de la Nature, tandis que les féministes pensent qu’il est néfaste et qu’il faut s’en débarasser, puisque le résultat d’une construction sociale. Les études sociologiques et biologiques ont beau se ranger du coté des féministes, selon les conservateurs cela est probablement un complot (vous savez, le fameux complot de la « théorie du genre »).

Bref. J’aborde ce sujet, pour montrer encore une fois comment nous croyons des « vérités éternelles » qui sont en réalité de récentes constructions sociales :

[…] durant l’essentiel de l’Histoire occidentale, de la Grèce antique jusqu’au début du XIXe siècle, on supposait que c’était les femmes les obsédées de sexe et les adeptes de porno de leur époque. [La suite sur Les Fesses de la Crémière]

Cette idée que les hommes sont naturellement toujours en recherche de sexe, mais surtout pas les femmes, est tellement ancrée dans notre société que nous pensons évidemment qu’il en a toujours été ains, alors que ce fut le contraire très longtemps. Tout comme les canons de beauté ont changé (vous savez sûrement que la glorification de la minceur, par exemple, est très récente), les structures sociales aussi évoluent… Et de tout temps l’on est persuadé qu’il s’agit de la Nature, que c’est comme ça et c’est tout.

Quelle est l’explication la plus simple pour expliquer que les hommes semblent obsédés par le sexe, mais pas les femmes ? Est-ce que ce serait parce que nous avons été programmés par nos ancêtres (dont nous savons très peu) il y a des millions d’années pour agir exactement de cette manière… Ou est-ce simplement parce que nous vivons dans une société où un homme a tout à gagner à baiser beaucoup, et où une femme a tout à perdre ?

En conclusion

Pour de très nombreuses personnes, le Marché romantique et sexuel est une réalité. Comme toute construction sociale, elle devient vraie si elle est partagée par le plus grand nombre. Rapellons-nous que nous décidons tous, en tant qu’individus, de quoi est fait la société : la société c’est ce que nous voulons en faire.

Je transmet donc un message aux hommes hétérosexuels : pour l’amour de Dieu, apprenez à vous taire et à écouter. Si vous saviez écouter, des femmes vous communiqueraient davantage sur leurs vécus, et vous vous rendriez alors compte à quel point votre situation est enviable et privilégiée. C’est un bon point de départ pour faire parti de la solution plutôt que du problème.

Je transmet aussi un message aux femmes, celui-là plus simple : Bonne chance.

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Diazépam

J’ai retrouvé ce texte dans mes archives par hasard. Il a été vécu puis écrit lors de mon dernier long voyage. J’ai choisis de le publier aujourd’hui.


 

J’ouvre les yeux.

Je ne sais pas ou je suis.

Je ne suis pas dans un lit. J’aurais pu penser : je ne suis pas dans mon lit, mais ça fait un an maintenant que je n’ai plus mon lit. Ce terme n’a aucune signification pour moi.

Je suis assis. Il y a d’autres personnes. C’est obscur autour de moi mais on y voit.

Il fait un peu chaud. J’ai soif. J’essaie de comprendre. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Je suis dans un avion. Avion ? Ca doit être le transatlantique Oakland/Oslo. J’y suis donc. Mais pourquoi je réagis comme ça ? Quelque chose n’est pas normal. Je ne suis pas dans mon état normal.
Les pilules. Deux comprimés complets de diazépam. Prises en sublingual il y a quatre heures. C’est beaucoup, même pour moi. Je me revoie les faire fondre sous la langue. Quelle heure est-il ? Il reste 5 heures de voyage. Il en restait 9 tout à l’heure. J’ai dormi d’une traite pendant 4 heures. C’est un bon score. Je peux encore dormir quelques heures. Peut être trois.

J’ai toujours soif. Automatiquement, je visualise la bouteille d’eau dans ma valise, qui doit être dans le compartiment.

Je me lève pour la chercher. J’ai un contrôle imparfait de mon corps. Les distances sont faussées : état hallucinatoire de niveau 1. Encore très gérable.

Je la saisis, je me rassoie. Je laisse l’eau tiède envahir ma bouche, je la sens désaltérer ma trachée.

Ma tête est un peu lourde, mais je suis serein. Il ne pourrait en être autrement, avec tous les benzodiazépines que j’ai dans le sang en ce moment.

Ce voyage va bien se passer.

Je peux retourner dormir.

Merci, mes pilules, de veiller sur moi.


Le diazépam est commercialisé en France sous le nom de Valium©

1904221_orig

Zerh

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Les Bons Juifs Français

Cet article est en réponse au dossier du journal « Le Point » du 12/02/2015 sur la communauté juive en France. La version numérique peut se trouver à leur adresse ici.
[EDIT : Pour info et contexte, je suis moi-même juif athée. Être juif ce n’est pas qu’une religion, c’est aussi une culture et une ethnie. On peut renier une religion mais pas une ethnie ni une culture…]

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Vous connaissez Le Point, ce journal aux bonnes valeurs bien françaises, qui va nous parler de « cet Islam qui Dérange », du « Spectre Islamiste » mais aussi de « cet Islam sans-gêne ». Maintenant en tant que juifs on a eu droit à un traitement à priori plus favorable… ce qui n’empêche pas ce journal de faire preuve d’antisémitisme crasseux et de bien montrer la position condescendante des privilégiés (les blancs cathos et athées) sur nous, minorités culturelles et religieuses. Je n’aborderai pas le sujet des très nombreux amalgames israël/juifs, j’en ai déjà parlé dans cet article.

Les juifs, ces adorables républicains inoffensifs.

Oui, on les aime bien, nos juifs. Entre eux et la France, c’est une « grande histoire d’amour ». La France aime ses juifs… Sous conditions.

On commence ce dossier avec le témoignage d’une famille « Juive, mais athée ». Ils votent à gauche, parfois à droite, jamais pour le FN ni pour l’extrême-gauche. Chez eux, « pas de trace de mézouza, de chandelier à sept branches, pas de viande kasher ». Oh, ils sont un peu en colère contre, vous savez, la collaboration française de masse pendant l’Holocauste, mais la France n’est-elle pas un fabuleux pays, après tout ? Et puis, #NotAllFrançaisEn1942 ont collaboré.

En fait, les juifs sont vraiment de bons français : ils font même une prière pour la République de France, dans toutes les synagogues le samedi (traduction disponible page 55). Ils sont un peu communautaires, mais pas trop : pages 56 et 57 nous apprenons comment la communauté de Metz est en fait une communauté bien ouverte et bien intégrée comme il faut. Page 58, un témoignage de Samuel Sandler, le père du regretté Jonathan Sandler (un de mes anciens amis) et grand-père de ses deux enfants, tout trois tués à Toulouse en 2012, qui malgré la tragédie qui a emporté sa famille est resté « très attaché au principe de laïcité ».

Parce que les juifs sont « très attachés à la France, qui leur a donné la chance de s’élever socialement ». Comprendre : les juifs qui ont bien travaillé dans les années 60 ont eu droit à une part du gâteau.

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Parce que les juifs sont #Charlie ! Page 61, une photo de juifs qui tiennent des pancartes « Je suis Charlie » en hébreu. Ils sont comme nous !

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Parce qu’ils sont ouverts et qu’ils ont des rabbins souriants et modernes.

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Merci, Merci la France, de ne pas nous avoir tous exterminés dans le passé. Merci de n’avoir pas été trop antisémites. Nous vous sommes éternellement reconnaissants.

Oui mais non. Je vous emmerde en fait.

J’emmerde votre condescendance à deux shekels. J’emmerde votre amour sous conditions.

Quoi, je dois vénérer la Sainte République de France parce que les français n’ont pas tous participés à la collaboration et au régime de Vichy ? Parce qu’il n’y a pas eu de lois ouvertement antisémites ces dernières années ? Je dois défendre bec et ongle votre Catholaïcité à la con, me soumettre et pas protester trop fort, parce que sinon je devient un mauvais juif français ? Et alors, il m’arrivera quoi ? Vous commencerez à me traiter comme vous traitez les musulmans ?

A quel point nous autres juifs sommes-nous des habitués de l’oppression pour que nous en venions à baiser les pieds d’un état qui ne fait pas preuve de TROP d’hostilité à notre égard ?

Alors non. Je suis français, c’est écrit sur mon passeport. Je porte la kippa si j’ai envie, je m’intègre si je veux et je vis dans ma différence si ça me fait envie. Je fais des prières pour la république ou contre la république, je critique la France à volonté. J’ai droit à mes opinions contraires. Votre attitude à la « Tu aimes la France, donc tu as le privilège de rester » vous pouvez vous la foutre au cul. C’est pas votre France que vous nous prêtez, c’est notre France à tous.

« Les juifs, ils sont bien intégrés, EUX. Pas comme CERTAINS autres *clin d’oeil* *clin d’oeil* *suivez mon regard* »

Impossible de parler de cette communauté « qui aime la France », contre, vous savez, l’autre communauté, là… Celle qui parait-il pose problème… Mais si, vous voyez de laquelle je parle…
En effet, dans tout ce dossier Le Point sur les juifs, le « spectre de l’Islam », pour reprendre leurs propres termes, se dessine.

Alors oui, on ne peux pas parler des juifs en France sans parler des musulmans. Et oui, il y a eu des tensions, et parfois pire, entre les deux communautés.
Mais votre façon d’en parler est juste écoeurante.
Vos seules pages qui parlent réellement du problème de l’antisémitisme sont une interview crasse profondément islamophobe. Vous vous servez de nous pour stigmatiser davantage cette population. Étape 1 : Montrer le « bon exemple » juif. Étape 2 : Montrer que l’antisémitisme est un problème musulman.

Non, l’antisémitisme n’est pas un problème limité à la communauté musulmane française. Non, le problème n’est pas « la religion islamique qui contrairement aux autres n’a pas renoncé à sa dimension politique ». Le problème c’est pas l’Islam. Le problème est français. Le problème c’est votre façon de parler de la communauté juive comme du gentil cadet innocent de la famille, et de la communauté musulmane comme le méchant grand frère incorrigible. Le problème c’est que celui qui l’ouvre un peu trop contre le pouvoir dominant, il se fait mater illico comme l’enfant pas sage qu’il est. Le problème c’est votre pouvoir dominant de mes gonades que vous affirmez et réaffirmez en permanence.

Je sais que vous voudriez nous avoir de votre coté pour votre lutte contre « l’Islam-sans-gêne ». Voilà l’Etat français catholaïque qui vient chercher son gentil fiston juif qu’il n’a pas trop maltraité, pour qu’on puisse taper ensemble sur la gueule du méchant musulman. Combien de juifs réalisent que participer à ce jeu de dupes, c’est signer notre arrêt de mort ? Que le jour ou le dernier musulman aura été expulsé de France, on passera aux juifs ? Il n’y a aucune raison que la xénophobie s’arrête à l’islamophobie.

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Publié dans Antisémitisme, Société | Mots-clefs : , , , , , , , , , , | 22 réponses

Le Polymâle

[Disclaimer : le langage utilisé dans cet article est sexiste et hétérosexiste, puisqu’il décrit un mode de pensée sexiste]

Temps de lecture : 10 minutes
Warning : Second degré

Laissez-moi vous parler d’une catégorie de personnes, presque un concept, que j’ai rencontré moultes fois dans les milieux où j’ai navigué.

Il s’agit du Polymâle, ou Homme Polyamoureux.

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Il est extrêmement facile de trouver un individu Polymâle à observer. En effet, c’est une espèce qui arpente absolument TOUS les espaces d’échanges polyamoureux. Rencontres IRL ? Groupes facebook ? OkCupid ? Meetings ? Réunions d’informations ? Le Polymâle y sera. La raison à cela tient en sa caractéristique principale : le Polymâle veut PÉCHO.

Le système de pensée du Polymâle est assez proche de celui du mâle monogame (ou Monomâle). Il fonctionne ainsi :

-Un homme est perpétuellement en compétition avec les autres hommes pour montrer qu’il est le plus dominant.
-En effet, si un homme gagne la course à la domination, il peut bayzay, puisque lafâme est attirée par les hommes dominants. C’est une VERITAY GÉNÉTIQUE.
-Et s’il pécho, alors il gagne la course à la domination, puisqu’un vrai mec ça bayze.

La différence, c’est que le Monomâle est une espèce, comme son nom l’indique, plus ou moins monogame, et qu’en général il fait au moins semblant de ne pas être en recherche permanente de bayze. Le Polymâle par contre, s’étant héroïquement affranchi des chaînes affreuses de la monogamie, peut courir libre et nu dans les champs, se dirigeant toujours vigoureusement vers la direction où pointe son pénis.

Royal Poly« JE CROIS QUE J’AI VU DE LA MEUF PAR LÀ »

En fait, le Polymâle pense tellement avec son pénis, que lorsque j’ai commencé à parler de ce personnage dans les milieux polyamoureux, une horde de Polymâles m’a immédiatement accusé d’être en train d’essayer de rabaisser les autres mâles dans le but de pécho les meufs du groupe. Car bien sûr, étant moi aussi un homme polyamoureux, toutes mes critiques n’ont de seul but que d’assurer la bonne santé de la vie sexuelle de ma bite. C’est un FAIT SCIENTIFIQUE GÉNÉTIQUE.

ouisurf-kelly-slater-naked1« NON EN FAIT LES MEUFS SONT LÀ-BAS »

Mais le Polymâle n’a pas que l’oeil vif et le poil brillant. C’est également une espèce fort distinguée. En cela il se rapproche beaucoup de son cousin proche, le LibertinMâle. Par exemple, les deux se disent « Épicuriens », comprendre : J’AIME BAYZAY.  Cependant, il rejettera cette ressemblance, car il se considère beaucoup moins vulgaire qu’un banal libertin, et utilise d’ailleurs des expressions telles que « Douce journée » ou « Romantiquement vôtre ». Les meufs aiment ça, les mecs distingués, c’est un FAIT GÉNÉTIQUE.
[NDA : Bien sûr, le terme correct ici ne serait pas « Épicurien » mais « Hédoniste »]

Si quelqu’un possède le terme « Épicurien » sur sa fiche de site de rencontre, c’est quasiment TOUJOURS un LibertinMâle ou un Polymâle.

polyepicurien1

La fiche type du Polymâle sur un site de rencontre

Parce que oui, quoi de plus vulgaire qu’un libertin, qui ne couche que pour assouvir ses basses pulsions sexuelles ? Le Polymâle, lui, fait avant tout prévaloir ses SENTIMENTS (#Mensonge). Car pour lui, le sexe n’est VRAIMENT PAS important (#DoubleMensonge), d’ailleurs il peut tout à fait prendre un verre avec une personne de genre féminin sans aucune arrière-pensée (#TripleMensonge) ou même lui proposer de dormir dans le même lit que lui en tout bien tout honneur car il ne tentera absolument rien de sexuel (#HahaNon).

Il arrive parfois que le Polymâle rentre en conflit avec d’autres polymâles, même si ces derniers ne lui ont rien demandé. Car il est primordial pour sa parade sexuelle de poser régulièrement ses très imposantes testicules sur la table, afin de montrer à quel point elles sont massives et combien il est un mâle dominant reproducteur fort et fertile.

[Et là, je me retiens de poster les messages privés d’insultes qu’un Polymâle m’a envoyés parce que j’ai osé le contredire sur un détail technique dans le groupe Polyamour de Facebook, donc à la place je vais vous mettre une photo de casseroles]

imagesOh les belles casseroles

Le Polymâle insistera lourdement sur le fait qu’il est Poly. Pourquoi ? Parce que si tu es Poly aussi (et de genre féminin) alors il n’y a PAS de raison de ne PAS bayzay. C’est donc important de répéter régulièrement son statut de Poly et d’insister sur le fait qu’on est entre Polys (on va pouvoir BAYZAY). Quand le Polymâle croise une proie (pardon, une femme poly) sur Okcupid il termine par exemple ses messages par « Polyment vôtre » [NDA : Oui, ceci est tiré de vrais messages reçus par des vraies femmes Poly de la part de vrais Polymâles].

Vous pouvez également reconnaitre le Polymâle par les débats qu’il lance sur les espaces polyamoureux, du style : « Une femme qui a deux partenaires mais n’en cherche pas un troisième est-elle vraiment polyamoureuse ? » Ceci dans le but de faire honte aux femmes qui, horreur, ne seraient pas en recherche de Bayze avec lui. Le statut de polyamoureuse se mérite : il faut coucher avec moi pour l’avoir.

On le reconnait également à ses choix « orientés » de luttes politiques.

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Sur la question des sentiments, le Polymâle rejoint en ce sens encore un autre type d’hommes : le Mâle Straight Edge.
Le mouvement Straight Edge est un mouvement punk [né sur un malentendu] qui à la base prône une alimentation saine (souvent végane), de l’exercice physique, la non-consommation de psychotropes, et un dernier point qui fait débat : « Pas de sexe sans relation durable ».

En fait, ce dernier point est très rigolo, parce qu’au début c’était effectivement ça. Mais au fur et à mesure que les Mâles Straight Edges se sont rendus compte que quand même, c’était dommage de pas pouvoir BAYZAY quand ils voulaient, ce point est devenu « Pas de sexe sans sentiments ». Puis ensuite, c’est devenu « Non mais en fait okay tu baises quand tu veux mais il faut pas se servir du sexe comme d’un outil » (quoi que ça veuille dire).
Ainsi, le Mâle Straight Edge s’est engagé à une « vision supérieure du sexe », mais en fait non parce que quand même bayzay c’est bien (mais encore une fois, #NotAllStraightEdgeMen)

[NDA : Tout comme la critique du Polymâle n’est pas une critique du polyamour, cette critique du Mâle Straight Edge ne doit pas être prise comme une critique du milieu Straight Edge. Évidemment en tant que consommateur régulier et assumé de drogues, je ne partage pas -du tout- les convictions politiques de ce mouvement, mais chacun fait ce qu’il veut avec son corps]

En fait on se rend compte, en croisant ces profils masculins, d’un phénomène assez intéressant : l’injonction sociale des hommes à BAYZAY beaucoup et souvent est extrêmement difficile à déconstruire. Il est donc beaucoup plus facile de faire semblant que de le faire vraiment (même si ça trompe personne au final).

Parce que oui, on a cette injonction aussi étrange que sexiste, nous, le genre masculin : la société nous demande de BAYZAY beaucoup et souvent, mais de manière « accidentelle ». Être un queutard, c’est mal vu, mais il faut BAYZAY quand même, d’où ces paradoxes de comportements que l’on peut observer.

fiche3Remarquez la touche d’humour subtile et décalée à la fin.

Ceci conclut notre exposé sur le Polymâle. J’espère que cet article humoristique vous aura un peu amusé-e-s. Toute ressemblance avec des personnes que vous auriez croisées sur internet ou dans la vraie vie est évidemment purement accidentelle.

Et pour ceux qui se posent la question : « l’auteur de cet article est-il un Polymâle ? » Je vous invite à relire cet article pour avoir une réponse (Spoiler : #oui).

Pour aller plus loin :

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Publié dans Amour Libre, Polyamour, Société | Mots-clefs : , , , , , , , , , , , , | 9 réponses

Peut-on coucher avec les militants Front National ?

Temps de lecture : 15 à 20 minutes

Le titre de cet article (parodique évidemment, personne n’a de légitimité pour vous dire avec qui coucher) fait réference à une affaire en particulier : celle d’un spot publicitaire SOS racisme brièvement apparu sur internet il y a deux ans avant de se faire retirer illico -pour de bonnes raisons. Cette courte vidéo était une injonction faite aux femmes (c’est étrange comme « injonction » et « faite aux femmes » sont des termes qui se retrouvent souvent ensemble) pour leur dire de faire gaffe aux gens avec qui elles couchent, parce que quand même, faudrait pas qu’elles se retrouvent à coucher avec un militant FN ou autre raciste du même acabit.

Si vous voulez vous faire une idée plus précise de cette histoire, voici un article de rue89 qui en parle (avec un lien vers la vidéo), ainsi qu’un article du nouvelobs un peu plus complet.

Cette histoire soulève des questions intéressantes : Qu’est-ce qui est acceptable ? Quelles opinions sont acceptables ? Quelles opinions sont inadmissibles ? Qu’est ce qui fait avancer la cause ? Et surtout, peut-on fréquenter des personnes aux opinions inadmissibles ?

Avant tout, un peu de théorie…

Le concept d’ « ami au 2ème degrès »

Il parait que toute personne sur terre est à 3 personnes de distance du dalaï-lama. C’est à dire qu’on a tous un ami qui a un ami qui a un ami qui a rencontré le dalaï-lama. Si l’on pousse au 6ème ou 7ème degrès, on englobe tous les humains sur terre.

Linked_World_Hands_000Le monde entier à 6 ou 7 poignées de main.

Il y a une application assez utile de ce concept en soirées. On a tous un degrès de tolérance plus ou moins grand aux opinions plus ou moins éloignées de la nôtre chez nos fréquentations… Et c’est pareil pour ces fréquentations, justement. Ce qui rend les « amis au 2ème degrès » potentiellement insupportables.

Pour prendre un exemple concret : si je suis d’extrême-gauche, je peux avoir un ami de gauche/centre dont je trouve les opinions « borderline » mais acceptables. Lui-même pourra avoir un autre ami dont il trouve les opinions limites, sauf que sur le spectre politique, ça veut dire que cette deuxième personne est de droite ou d’extrême-droite. Maintenant, il suffit que la personne au centre invite ses deux amis à la même soirée, et je vous laisse imaginer une discussion entre ces deux individus après 3 bières.

Conclusion : si vous organisez une soirée, sélectionnez des amis qui vont bien ensemble. Et si on vous demande si on peut ramener un ami, réfléchissez un petit moment avant de dire oui.

Corollaire : si on s’expose à un peu de racisme/sexisme/autre-isme dans notre vie, on risque d’en recevoir davantage.

Qu’est-ce qui est acceptable ?

Parlons un peu d’intersectionalité, un anglicisme assez dégueulasse de l’anglais Intersectionality. Le meilleur professeur pour comprendre l’intersectionalité sur internet, c’est Bob le triangle à rayures. Si ce n’est pas déjà fait, allez lire le petit guide illustré de Bob

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Pour les non anglophones, le message de Bob se traduit ainsi : « L’intersectionalité, c’est la croyance que les oppressions sont liées entre elles et ne peuvent pas être résolues seules ». En effet, les mêmes mécanismes sous-tendent le racisme, le sexisme, le spécisme, etc. Toutes les oppressions fonctionnent de la même façon, et découlent de la même logique. C’est pourquoi combattre le sexisme, c’est aussi combattre le racisme, et il est contre-productif de prétendre qu’une oppression est plus « grave » et mérite plus d’attention que les autres, ou d’avancer sur une oppression en reculant sur une autre. Il faut lutter contre les oppressions en général, et aucune n’est négligeable.

D’un autre coté… Toutes les luttes se valent-elles ? Toutes les opinions sont-elles inacceptables ?
Vous rappelez-vous l’article sur la Police Végane ? Lors de cette affaire j’avais exprimé le fait que vous n’aviez pas besoin d’être végane à 100%. Être végane à 98% ou à 100%, cela fait une différence négligeable au niveau de la société, et vu la difficulté de l’être à 100% en permanence, c’est en fait inutile voir néfaste au mouvement.
J’ai eu droit à la même réponse à plusieurs reprises, et je cite : « Faire une exception au véganisme, c’est comme faire une exception ailleurs, donc tu es en train de dire que battre sa femme c’est pas grave tant que c’est juste un peu ». Et les gens qui ont pris ma défense se sont fait traiter de collabos qui trainaient avec « un-mec-qui-bat-sa-femme-juste-un-peu ».

Peut-on comparer les violences conjugales à un mec qui a décidé d’acheter un pull en laine non-végane ? Évidemment que non. Les personnes qui font cette comparaison s’imaginent que, quand on achète un pull en laine, quelque part dans le monde un éleveur reçoit un coup de fil : « C’est bon, Georges, on a vendu un pull supplémentaire, tu peux torturer un mouton de plus ! » Ais-je vraiment besoin de dire que la réalité ne fonctionne pas comme ça ? Le système d’exploitation animale se fout pas mal que tu sois végane à 98% ou a 100%. Il est impossible de comparer l’achat d’un vêtement en laine à des violences conjugales envers une personne physique, qui elle n’aurait pas souffert de ces violences si on s’était abstenu de la frapper.

J’en profite pour vous ressortir cette image, qui je pense, présente bien à quel point les conneries sexistes de la lutte anti-racisme citées en début d’article peuvent se retrouver ailleurs (ici dans la lutte végane), ce qui illustre bien mes propos antérieurs sur l’intersectionnalité :

cretin1Rappel : si tu couches avec un omnivore, tu te fais tondre à la libération animale

Cela dit, les abolitionnistes antispécistes (en général, pas ceux de la police végane en particulier) soulèvent tout de même un point intéressant : pourquoi le spécisme est-il plus acceptable dans la société que le sexisme ou le racisme, en particulier quand on a établit que l’intersectionnalité était si importante ?

Quelles opinions sont acceptables ? Quelles opinions sont inadmissibles ?

Les oppressions sont nombreuses et variées. Chantons la ♫ chanson de l’oppression ♫, sur cet air :

« Il y a le racisme ♩ , le colorism, ♪ le sexisme, ♬ l’hétérosexisme ♬, l’antisémitisme ♩, le ♭ cisgenderism ♫ , le validisme et le capacitisme ♬ ♬, l’aphrodisme (discrimination selon la beauté physique) ♬ ♬, le ♬ colonialisme ♬ ♬ ♬, le classisme ♯♪♬, Et tant d’autres oppressions merveilleuses dans le monde ! Attrapez les, Attrapez les touuutes ! ♬ ♬ ♬ ♬ OPPRESSION ♬ ♬ ♬ ♬ ! » Hum. Bref, vous avez compris le message. Et on en oublie.

Certaines de ces oppressions sont -légèrement- taboues dans notre société. Si demain, le président de la république fait -encore une fois- étalage d’un racisme crasseux, il y aura -encore une fois- quelques journaux d’opposition pour protester un jour ou deux. En revanche, s’il raconte avoir mangé un sandwich au poulet, je doute qu’il y ait des vagues d’indignation très conséquentes.

Est-ce à dire que le spécisme est une oppression moins importante que le racisme ? Bien sûr que non. Mais c’est une oppression plus acceptable.

Aparté hors-sujet à propos des oppressions
Une bonne part des oppressions citées dans la merveilleuse chanson ci-dessus n’ont même pas de mot en français pour les dénoncer. La grande majorité est inconnue du grand public. Moi qui suis sensé être au courant, je découvre en écrivant cet article le terme « colorism » – la discrimination qui n’est pas pas selon la couleur de la personne, mais selon la teinte de peau de la personne. Un phénomène que j’ai en effet largement observé quand je vivais dans un pays à majorité de personnes noires. Beaucoup de locaux m’ont raconté comment, s’ils/elles étaient noir(e)s à peau claire, ils/elles avaient un statut social nettement supérieur aux noir(e)s à peau plus foncée (ce qui explique le franc succès des crèmes éclaircissantes L’oréal voir d’autres produits potentiellement mortels pour blanchir la peau).
Il est d’ailleurs assez grave que ces oppressions soient inconnues voir non-nommées, étant donné que l’invisibilité de l’oppression est liée à l’invisibilisation des groupes oppréssés et justifie que tout va bien dans la société, merci.

Parce que certaines oppressions sont plus acceptables, alors nous les acceptons plus facilement chez nos proches. Même si nous les jugeons « problématiques ».

Qui est « safe » ? Qui est « problématique » ?

Le terme « safe » et son contraire « problématique » sont très utilisés sur les internets militants. Ce sont des termes qui sont peu ou pas définis, leur sens découle de la façon dont ils sont utilisés.

Une personne « safe » par exemple, peut désigner une personne qui est éduquée et responsabilisée sur la question des oppressions, et donc qui ne blessera pas les membres des groupes oppréssés. Cela peut également vouloir dire que c’est une personne qui ne blessera pas autrui en général, mais pas forcément.
Une personne dite « problématique », à l’opposé, est une personne qui a des opinions et/ou des attitudes qui peuvent blesser autrui, par exemple des opinions oppressives.

Le problème, c’est que les gens 100% safe n’existent pas. D’une part parce que la définition de « safe » va changer d’une personne à l’autre, et d’autre part parce que la société nous pourrit trop pour qu’on puisse espérer être des êtres purs et absouts de toute pensée oppressive. Est-on considéré « problématique » si on est problématique à 5% et donc safe seulement à 95% ? A quel pourcentage de problématicité doit-on décider de ne plus être ami avec quelqu’un ?

On perd nos amis quand on devient militant

Devenir militant, c’est commencer à voir le monde tel qu’il est, avec ses minorités invisibles, ses oppressions invisibles, ses injustices invisibles. Et toutes les conséquences qui vont avec. C’est comprendre que sortir une blague sexiste en soirée ou faire du slut-shaming est tout sauf anodin, puisque cela participe au système sexiste dont les conséquences sont extrêmement graves pour les personnes de genre féminin (sans oublier évidemment que l’oppression sexiste renforce les autres oppressions, donc les conséquences vont encore plus loin…).
Devenir militant, c’est ne plus voir le rayon « viande » du supermarché, mais voir des bouts de cadavre étalés dans des barquettes -qui ont en plus largement contribués à polluer la planète. C’est être incapable de voir une pub télévisée sans y voir au moins deux ou trois oppressions à chaque fois (racisme, sexisme et classisme reviennent très souvent ensemble) et en conséquence penser à toutes les conséquences au quotidien dans le monde. Curieusement, les militants arrêtent très vite de regarder la télévision.

C’est difficile, particulièrement au début, et particulièrement quand nos amis proches tiennent des discours « problématiques ». On ne peux pas s’empêcher de voir derrière toutes les horreurs que ces propos soutiennent et entretiennent. On se révolte. On est tenté de virer plein d’amis de nos cercles, on voudrait se débarrasser de toute personne « problématique ».

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Mais à quoi sert l’ostracisation des gens problématiques ?

a) Avant tout, aux victimes

C’est une évidence : quand on est membre d’un groupe oppressé, se protéger est normal et sain. Pour des raisons évidentes, il est bon pour une personne de couleur d’éviter de fréquenter des racistes bien assumés, une femme se porte sans doute mieux loin des misogynes, et personnellement j’évite d’avoir trop d’antisémites autour de moi.

Dans une certaine mesure, c’est également appréciable de ne pas être autour de personnes qui ne respectent pas nos opinions. Je ne suis évidemment pas victime d’oppression animale, mais les carnistes qui enchaînent les blagues relous sur la viande, bien sûr que ça me pompe l’air.

Cependant, cela n’est pas une explication à l’injonction à ne pas fréquenter des gens problématiques. Ce n’est pas la raison qui a poussé les membres de SOS Racisme à publier ce spot nauséabond. On part du principe qu’ostraciser les gens problématiques, c’est faire avancer la cause.

b) Faire avancer la cause ?

L’ostracisation des gens problématiques est-elle utile pour faire avancer la cause ? C’est une excellente question, et aucune réponse n’est vraiment fixée. Aucune étude à ma connaissance n’aborde ce sujet, donc on ne peux qu’extrapoler à partir de ce que l’on sait par ailleurs.

Une réponse possible serait : cela fait avancer certaines causes.

Forcer les opinions « problématiques » à se cacher peut avoir un bon effet :
Invisibiliser un discours, ça le fait reculer. Ça montre que ce n’est pas une option acceptable, que c’est une opinion honteuse. Bref, ça montre l’exemple.

Bien sûr, cela reste très limité : l’invisibilisation du discours ne fonctionne que jusqu’à ce qu’il y ait une occasion politique de faire ressortir ce même discours (Les « débats » du mariage pour tous ont fait ressortir l’homophobie, le massacre de Charlie Hebdo fait ressortir l’islamophobie… etc).

Et j’en profite pour préciser que non, ce n’est pas une atteinte à la liberté d’expression. Certes, des emmerdeurs privilégiés viendront dire qu’on a plus le droit de rien dire dans ce pays, oulala, la liberté d’expression ma bonne dame, moi je suis pas comme cette gôche bienpensante. A ce sujet, je ne peux que citer Randall Munroe :

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Annonce d’utilité publique : le droit à la Libre Expression signifie que le gouvernement ne peut pas vous arrêter pour ce que vous dites.
Cela ne signifie PAS que les autres doivent écouter vos conneries, ou vous inviter à la télé pour les dire.
Le 1er amendement ne vous protège pas des critiques ou des conséquences.
Si on vous hurle dessus, on vous boycotte, on annule votre émission ou vous vous faites bannir d’une communauté internet pour vos paroles, votre droit à la libre expression n’est pas transgréssé.
Cela signifie juste que les gens qui écoutent pensent que vous êtes un trou du cul, et ils vous montrent la direction de la porte.

[N.B. Avant que les trolls ne commencent à troller : non, je ne prend pas la défense des meurtriers de Charlie Hebdo. Même si j’ai toujours gueulé contre les opinions nauséabondes de ce journal, le meurtre pour des opinions est toujours horrible et inacceptable]

Il semble assez évident en revanche que cela ne peut pas fonctionner pour toutes les causes. Je pense notamment au véganisme, qui est un mouvement encore très marginal. Énormément de véganes se coupent de leurs amis, ce qui est très compréhensible (c’est très chiant d’être végane au milieu de carnistes) et se réunissent ensuite uniquement entre véganes. Ils ont l’habitude de s’ajouter entre eux sur Facebook, de s’inscrire aux mêmes groupes, de ne se parler plus qu’entre eux, et de partager des centaines de videos/articles informatifs sur comment c’est trop bien et trop important d’être végane, ou comment les animaux dans les abattoirs se font trop torturer et que c’est gore et horrible (photos et vidéos à l’appui). Ces publications ne seront donc vues que par d’autres de leurs contacts, c’est à dire des véganes déjà convaincus…
Et on peut retrouver ce phénomène dans d’autres mouvements aussi.

Au final c’est très sympa et réconfortant de se retrouver uniquement entre polyvéganes égalitaristes parfaits, mais si on  existe et qu’on milite uniquement dans ces milieux, ça fait rien avancer.

[N.B : Attention une fois encore ceci n’est aucunement une critique des victimes des groupes opprimés. Pour certain/es, se retrouver entre personnes qui partagent les mêmes oppressions qu’eux/elles, ou au moins qui sont de confiance, ça peut être une question de survie mentale]

Qu’est ce qui fait avancer la cause ?

Et là avant d’aller plus loin, je vous invite à lire cet article -primordial- des Questions Composent : Militer, c’est chiant. C’est bon, c’est fait ? Bien.

Beaucoup de ce qu’on voit sur internet de la part de militants n’est pas du militantisme. Harceler un végane qui a acheté un vêtement en laine, ça fait pas trop trop avancer la cause, au contraire. Aller dans la rue et tenir un stand où on affiche des photos d’animaux morts et où on agresse les passants, je doute que ça fasse avancer beaucoup de choses. Comme l’elfe, je ne prétend pas distribuer des bons ou des mauvais points de militantisme, surtout que personnellement je ne suis pas descendu militer physiquement dans la rue depuis des mois. Mais il convient tout de même de savoir si l’on milite en faisant avancer la cause, ou si l’on se fait juste un kiff perso en insultant autrui pour se sentir mieux. Ce qui est du droit de certains, mais qu’on ne pose pas l’étiquette « militantisme » là-dessus.

Depuis que j’ai commencé à m’engager dans des causes diverses, sans trop le faire exprès j’ai fait évoluer pas mal de gens sur les sujets qui me tiennent à cœur, qui ont eux-même fait évoluer d’autres gens, et la chaîne a continué. A chaque fois qu’une personne est venue me dire que je l’avais influencée, les mêmes propos reviennent. Ce qui a convaincu autrui à chaque fois, c’était une position ouverte, avec une démonstration par l’exemple : si cette personne est poly/végane/égalitariste/etc, et qu’elle dégage de la positivité et de l’ouverture, alors je peux l’être aussi, et je serais bien accueilli.

A l’inverse, ça m’est aussi souvent arrivé de m’énerver devant des commentaires oppressifs – ça n’a jamais changé quoi que ce soit. De même, la conception du véganisme comme réservé à une élite est extrêmement néfaste au mouvement (la conception, encore une fois, de la « Police Végane »).

Alors je me répète : je ne veux surtout pas faire de tone policing (rien à voir, même). La colère est légitime et je m’y laisse prendre encore souvent aussi. Je ne veux pas non plus distribuer de bons ou mauvais points de militantisme, j’en serais incapable même si je le voulais. Je veux juste partager ce que j’ai appris de mon expérience personnelle de militant.

On ne peux pas éviter complètement les gens « problématiques » parce que c’est parfois en discutant avec des personnes aux opinions différentes que nous faisons avancer les choses. Le mélange fait avancer les choses.

Dans le mélange des idées, nous partons gagnants.

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Les exemples de personnes issues de milieux de droite ou d’extrême-droite qui ont par la suite développé une plus grande tolérance et ouverture d’esprit sont légions. Le contraire existe aussi, dans une certaine mesure, heureusement beaucoup plus réduite.

On peut lire dans la revue scientifique Psychological Science une étude qui a fait grand bruit, qui dit en substance que « Des aptitudes cérébrales plus faibles prédisent des préjugés plus importants, à travers la transmission d’une idéologie [simplifiée] de droite et de faibles contacts inter-groupes »

Évidemment, ce sont des informations à prendre avec des pincettes, et non, cela ne signifie pas, comme beaucoup d’articles l’ont dit par la suite, que les racistes sont moins « intelligents » (quoi que ça veuille dire). Que ce soit vrai ou pas, l’article ne répond pas à cette question. Par contre, on établit un lien entre facultés cognitives, ouverture aux nouvelles idées, et résistance aux préjugés et aux opinions simplistes.

Les opinions de droite et d’extrême-droite sont simplistes, c’est un fait. Depuis le temps que l’on montre les chiffres de l’immigration et combien elle rapporte de l’argent à la France. Depuis le temps que les études montrent que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif contre le crime. Depuis le temps qu’on prouve que l’homoparentalité est tout aussi valable que l’hétéroparentalité.

Mais les logiques simplistes l’emportent souvent. On s’arrête à penser que 1 immigré en France de plus = 1 travail de moins pour un honnête français « de souche ». On s’arrête à penser que, oh, la mort ça fait peur, donc la peine de mort c’est bien. On pense vaguement que jusque là on avait surtout des familles à noyau hétérosexuel et que donc changer ça c’est la fin de la civilisation.

[N.B. : j’ai écris les lignes ci-dessus en me demandant si prendre la peine de mort comme exemple, c’était bien adéquat, vu que c’est un combat acquis. Une heure après j’apprenais l’attentat de Charlie Hebdo et comment Marine Le Pen l’utilisait pour demander le retour de la peine de mort. On pense que les combats sont acquis, on peut parfois avoir des surprises]

Parce que nous sommes les plus éduqués, qu’il est possible d’éduquer mais impossible de déséduquer, dans le grand mélange des idées, nous partons gagnants. Bien que les positions adverses soient souvent hermétiques (tout comme les notres), on a vu de nombreux cas de changements plus ou moins avancés chez des personnes plus ou moins problématiques, au contact des idées nouvelles que nous sommes sensés représenter. La société s’éduque de plus en plus, et c’est pourquoi, si l’on prend assez de recul, on voit comment l’évolution globale du monde est largement positive (sauf le climat, pour ça on a merdé grave).

Ce qui ne fait PAS avancer la cause : Juger les gens sur leurs fréquentations.

J’écris cet article en pensant en particulier au Twitter militant, mais certaines de ces situations se retrouvent également souvent « dans la vraie vie » au sein des communautés de militants.
Twitter, c’est une cour de récré niveau collège. C’est souvent la course à la popularité et à l’égo, avec qui enfoncera le plus vite les autres pour être le meilleur. Les gens se fliquent, à l’affut de la moindre pièce d’information qui pourrait « supprimer » la personne des milieux militants (t’as eu un propos problématique ? Bam shitstorm dans ta gueule, il te reste plus qu’a supprimer ton compte et à te barrer des internets). De même que sur internet, n’importe qui d’un peu lu ou d’un peu connu va forcément avoir des haterz (même les gens les plus adorables et les plus gentils), de même sur Twitter tu te prendras forcément une tempête de merde dans la gueule à un moment donné, même si à coté de ça tu es une personnes extrêmement gentille, ouverte, et prête à te remettre en question.

Mais un autre aspect est choquant : le flicage permanent des fréquentations. Tu parles avec des gens problématiques ? Tu suis les publications de gens problématiques ? Paf, tu es marqué problématique. Tu passes de l’autre coté, dans la grande guerre entre le Bien et le Mal (le « Safe » et le « Problématique »), tu révèle ton vrai visage : tu es parmi l’ennemi, et donc tes fréquentations aussi sont l’ennemi, et donc leurs fréquentations aussi… Répeter ad nauseam. Évidemment, c’est complètement bidon, parce que les gens 100% safe n’existent pas, comme on en a parlé plus haut.

Jedi_vs__Sith_by_myTduckLe combat du Twitto Safe Vs. le Problématique (allégorie)

Au final, sur Twitter il ne reste que des « élites du militantisme » qui sont réparties en groupes bien fermés qui se regardent -et se surveillent- en chien de faïence. C’est une situation extrêmement excluante pour quiconque voudrait rejoindre le milieu militant.

Pour donner un exemple que je trouve assez dingue : une personne est venue réagir à l’une de mes publications sur twitter. Nous avons échangé très cordialement pendant 3-4 tweets, puis cette personne m’a gentiment dit qu’elle allait arrêter de me parler maintenant car j’étais sympa et elle voulait pas que je m’en prenne plein la gueule à cause d’elle si on continuait la discussion. Pourquoi je m’en prendrais plein la gueule, lui ais-je demandé ? Parce que c’était une personne très problématique (membre de LMPT et cie) et que j’allais me faire mal voir par mon camp.
J’ai été choqué de réaliser qu’elle avait raison. Pourtant, objectivement, quel mal y a t-il à discuter avec une personne sur internet avec des opinions différentes ? Surtout sur un sujet qui n’a rien à voir ?

Est-ce qu’on combat des gens, ou est-ce qu’on combat des opinions ?

En conclusion

Encore une fois je ne prétend pas savoir ce qu’il faut faire ou pas faire, je ne fais qu’apporter mon opinion basée sur ce que j’ai observé.  Je ne prétend pas non plus dire aux gens comment il faut -ou pas- militer. Je voulais juste en venir à cette conclusion :

Oui, si jamais vous en avez envie, et surtout si jamais vous en avez le courage et la patience, vous avez le droit de fréquenter des gens problématiques. Vous pouvez même coucher avec si ça vous chante. Et personne, absolument personne n’a le droit de venir vous emmerder avec ça.

_______________________________

[Post-scriptum : je me suis exprimé par le passé CONTRE la présence de l’extrême droite lors des manifestations de la Protection Animale, pour de multiples raisons y compris dans une logique d’intersectionnalité. La conclusion de cet article ne change aucunement cette position : une manifestation étant un rassemblement pour défendre des opinions, il est logique de s’opposer à la présence d’opinions nauséabondes. Encore une fois, il s’agit de savoir si on lutte contre des personnes ou contre des opinions.]

[Edit 1 : on me fait remarquer que c’est « un grand privilège » que de pouvoir accepter des personnes à opinions problématiques dans son entourage. Même si je ne l’ai pas mentionné de cette manière, c’est en effet 100% vrai et sous-entendu dans le texte]

[Edit 2 : on me fait remarquer rapport à cet article qu’il faudrait (si je comprend bien) utiliser un autre terme qu’intersectionalité ? Si quelqu’un a une suggestion concrète je modifierais l’article en conséquence]

Pour aller plus loin :

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Publié dans Féminisme, Politique, Société | Mots-clefs : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 8 réponses

2015

On m’envoie ce texte pour publication – Je trouve que tout y est dit en ce 1er janvier 2015 et je ne pourrais pas écrire mieux pour la nouvelle année. Je vous laisse en profiter. Zerh

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2015c

En 1791, l’Assemblée Nationale se posa la question d’accorder aux noirs nés libres les mêmes droits qu’aux blancs, et quelques uns (les illuminés) réclamaient même la suppression de l’esclavage.

Un groupe de députés, mené par Barnave, défendit les positions des planteurs des Antilles : accorder des droits aux noirs ? C’était précipiter l’anarchie ! Abolir l’esclavage ? C’était ruiner la France !

Et ces députés emportèrent la majorité des suffrages de l’Assemblée.

Et c’est ainsi que l’Assemblée Nationale, au nom des intérêts économiques de la France (au nom du réalisme politique), s’assit sur sa Déclaration des Droits de l’Homme, oublia les esclaves, oublia les noirs, et laissa les planteurs continuer leur lucrative entreprise.

Qu’un député proche de Barnave, Charles de Lameth, ait été marié à la fille d’un planteur est sûrement une simple coïncidence.

***

En 2014, on a pu rencontrer d’innombrables illustrations de ce même principe : au nom des intérêts supérieurs de la France (lutte contre le terrorisme, reprise économique), le réalisme justifie l’inaction ou la prise de mesures qui menacent la fraternité, l’égalité, la liberté, mais qui — de manière sûrement tout aussi fortuite que le mariage de Charles de Lameth — favorisent l’enrichissement des riches.

En 2015, nulle doute que cela continuera. En 2015, nous allons nous rapprocher encore un peu plus de 4°C de réchauffement climatique avec tout ce que cela comporte. Les entreprises et les banques vont toujours chercher à s’enrichir au maximum, à échapper aux lois, à la contribution au bien commun, et elles trouveront toujours dans les gouvernements des hommes qui, oublieux qu’ils servent le peuple ou — pire — persuadés d’agir pour son bien, seront toujours prêts à servir l’argent.

Et je ne parle pas des guerres, des épidémies, des bactéries qui résistent aux antibiotiques (80% des antibiotiques qui se baladent dans la nature proviennent de l’industrie de la viande, pour rappel), des menaces sur la vie privée, de l’état des centrales nucléaires ni des météorites et autres plaies de l’Egypte.

***

Bon.

Ceci étant dit, il faut toujours se rappeler que l’Histoire n’est que l’enchaînement des années et que les années ne sont que la longue accumulation de toutes les actions des hommes.

Nous sommes les hommes.

Nous pouvons faire de 2015 ce que nous voulons.

Nous pouvons aller manifester pour le Climat, nous pouvons jouer aux jeux vidéos, nous pouvons aller voter, nous pouvons ne pas aller voter, nous pouvons rester chez nous-parce-qu’il-fait-froid, nous pouvons regarder par la fenêtre le soleil se coucher en buvant un chocolat chaud, nous pouvons regarder en avril Games of Thrones même si on aime bien critiquer pour faire genre, nous pouvons nous droguer, nous pouvons rester sobre, nous pouvons monter les escaliers plutôt que prendre l’ascenseur, nous pouvons arrêter de fumer, nous pouvons nous remettre à fumer, nous pouvons arrêter la viande ou nous bâfrer de sanglier.

Nous pouvons arrêter de voter pour des réalistes.

Nous pouvons apprendre encore et sans cesse et découvrir de nouvelles idées, de nouveaux territoires.

Nous pouvons rejoindre des partis et nous présenter aux élections.

Nous pouvons aller fonder des communautés alternatives au sein des villes ou des campagnes.

Nous pouvons faire du théâtre, de la danse du chant du dessin de la poésie.

Nous pouvons quitter notre banque qui fraude le fisc et blanchit l’argent de la drogue pour aller voir ailleurs.

Nous pouvons décider de faire des trucs et puis non finalement nous les ferons demain.

Nous pouvons regarder la fumée du café s’envoler hors de son océan noir pendant des minutes entières.

Nous pouvons nous réchauffer les mains autour de cette petite tasse de café, là, sur cette petite table de ce petit bar.

Nous pouvons nous réchauffer en voyant la personne en face de nous faire pareil.

Nous pouvons écouter de la musique, n’importe laquelle.

Nous pouvons écrire à nos députés ou donner à des ONGs dans lesquels nous croyons vraiment.

Nous pouvons penser à nos amis, à ceux qui nous accompagnent toujours, à ceux qu’on a perdu de vue, à ceux qu’on aimerait revoir, à ceux qu’on n’aimerait pas revoir mais dont on se souvient, tout de même, avec de la tendresse et de la reconnaissance.

Nous pouvons penser à comment nous avons été nuls en 2014 et comment ça peut nous servir de leçon.

Nous pouvons penser à comment nous avons été grave cools en 2014 et comment ça peut nous servir de leçon.

Nous pouvons regarder les oiseaux, les écureuils et caresser les chats, parce que ça nous apaise, ça efface le bruits des voitures.

Nous pouvons plein de choses en somme. 2015 ne sera peut-être pas l’année la plus merveilleuse qui soit, mais ça sera notre année.

Alors à tous je dis : Bonne année !

Que vous soyez monogames, polyamoureux, végétaliens ou carnivores, soyez honnêtes et soyez fous : rêvez, créez, roulez droit, marchez long, tenaces et solides, vous le pouvez, klar comme la roche.

L’Hiver vient dit désormais l’adage. L’Hiver de l’inaction, de la déprime, de l’échec est toujours là, vague de froid qui nous gèle. Mais même si l’hiver vous atteint, même vous déprimez (et je vous le dis : vous allez déprimer), souvenez-vous toujours que vous portez en vous une puissance irréductible, une chaleur qui bat. Ne laissez pas le froid vous geler. Allez chercher la chaleur des autres, offrez -leur la vôtre et nourrissez-là aux branches des idées, des envies et des révoltes.

Ne laissez pas la déprime gagner. Relevez-vous, toujours. Ne soyez pas réaliste, soyez vifs.

Soyez beaux.

Soyez ardents.  

Et souvenez-vous : en dépît des Barnave et des Lameth et des planteurs, l’esclavage a fini par être aboli.

Elio d’Arlr

Pour aller plus loin :

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Publié dans Blog, Politique, Société | 2 réponses

Courrier des lecteurs : Le planning polyamoureux

Comment fais-tu pour trouver le temps d’être polyamoureux ?

Comment on trouve le temps d’être polyamoureux… Bonne question, parce que le temps c’est un peu LA limitation matérielle du polyamour. Quelques pistes cependant :

Avant tout il faut préciser un point : toutes les relations ne prennent pas forcément beaucoup de place. On peut avoir des amoureuxses qu’on voit régulièrement, d’autres qu’on ne voit pas régulièrement. On peut avoir envie d’en voir certain(e)s tous les jours, on peut avoir envie d’en voir certain(e)s tous les mois. On peut avoir des relations fusionnelles et tout le temps envie d’être avec quelqu’un, mais on peut aussi avoir une relation très riche avec une autre personne tout en ne désirant pas (ou en ne pouvant pas) la voir régulièrement.

Il peut y avoir beaucoup de raisons qui font qu’on a pas beaucoup de temps à consacrer à ses partenaires. Une première difficulté se pose pour les introvertis… Certaines personnes ne peuvent pas passer trop de temps avec une autre personne car cela les fatigue psychologiquement très vite. D’autres raisons peuvent être : des hobbys importants, un travail très prenant, ou le besoin de passer beaucoup de temps seul, ou le fait d’aimer partir à l’aventure très loin très longtemps… Si l’on est cette personne c’est un peu difficile de trouver le temps car on peut au final passer peu de temps avec chaque personne. Si on est très limité dans le temps on apprend à vivre avec le manque de nos partenaires, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Même si c’est parfois un peu difficile, cela rend le temps passé avec chacun(e) encore plus jouissif.

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D’autre part, il faut bien se rendre compte que la chose qui prend le plus de temps dans la vie, c’est hélas le travail. Personnellement j’ai fait le choix d’un boulot à temps partiel. Je gagne vraiment pas beaucoup d’argent mais suffisamment pour me payer une belle chambre avec un lit deux places, des préservatifs et du houmous. Je n’ai pas besoin de plus, parce que passer du temps avec les amoureuxses c’est gratuit. On peut faire le choix d’une vie d’amour et d’eau fraîche.

Cela peut sembler une contrainte, de devoir gérer son temps ainsi, mais en fait pas du tout, c’est tout le contraire. Ces choix de vie se font naturellement, sans pression extérieure : il s’agit juste de suivre ses propres envies. Personne n’est sensé pouvoir t’obliger à passer plus de temps avec eux. Au final, tu suis juste tes envies, tu fais ce que tu veux quand tu veux avec qui tu veux. Si tu décides d’abandonner un hobby ou de travailler moins pour passer plus de temps avec tes amoureuxses, c’est que c’est ton choix et que tu es plus heureuxse comme ça. Si tu décide le contraire, on doit respecter ton choix aussi.

Bien sûr, parfois les autres personnes ont besoin de nous, et il faut savoir être là pour elles si tel est notre désir, et parfois ça prend beaucoup de temps, surtout en novembre quand la déprime semble être le lot commun. Mais au final, consoler les gens qu’on aime c’est un travail très agréable et c’est assez facile de trouver du temps pour ça.  Et puis si on a vraiment, vraiment pas le temps, c’est pas grave, ielles peuvent comprendre. On fait tous de notre mieux.

kimchi-cuddles-1Case 1 : « Je suis si fatiguée, je n’ai pas dormi de la nuit »
Case 2 : « Oulah, je ne veux pas entendre parler de ta vie sexuelle bizarre de poly… »
Case 3 : « Hein ? Qui as le temps pour du SEXE ? »
Case 4 : « J’ai passé la nuit à consoler tout le monde »

En conclusion : fait ce que tu veux quand tu veux avec qui tu veux, chaque jour, et ne te soucis de rien. Les choses sont plus agréables comme ça.

Pour aller plus loin :

Une question ? Vous pouvez la poser sur Ask ou à zerh@pimentduchaos.fr

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Courrier des lecteurs : Polyamour hiérarchisé

Hello Zerh.  […] Je me rends compte qu’avec mon compagnon, nous sommes en train d’expérimenter le polyamour hiérarchisé. T’en penses quoi?
 hierarchical
Le polyamour hierarchisé, c’est pas ma tasse de thé parce que justement y’a une hiérarchie dedans, donc sur le principe ça ne me conviendrait pas personnellement, bien que ça puisse évidemment convenir à d’autres personnes. Il y a certains avantages au polyamour hiérarchisé : on a une formule à base monogame avec des bouts de polyamour dedans, et donc certains avantages des deux mondes. Mais en contrepartie, ça rajoute des dangers qu’il n’y a ni dans la monogamie ni dans des formes moins hiérarchisées de polyamour (comme l’anarchie relationnelle). Je vais tenter de détailler ça. [NB : cette question ayant été posé par une femme hétérosexuelle, je vais genrer ma réponse en ce sens]
Un bref rappel : on définit le polyamour hiérarchisée comme un mode relationel où il existe une relation « primaire » et une ou plusieurs relations « secondaires ». La primaire, comme son nom l’indique, occupe une place plus importante que les secondaires.

Pour que le polyamour hiérarchisé fonctionne, il faut se poser les bonnes questions, sur la distinction qu’on fera entre primaire et secondaire. Quelles seront les limitations de la relation secondaire par rapport à la relation primaire ? Comment vas-t-on les différencier ? Que se passe-t-il si pendant une semaine j’ai davantage envie de voir mon secondaire que mon primaire ? Etc, etc.
Ce dernier point est d’ailleurs d’autant plus important à éclaircir que les premiers temps avec un « secondaire » sont souvent teintés de la délicieuse NRE (New Relationship Energy : la passion des premiers mois avec une nouvelle personne) qui peuvent entraîner à délaisser plus ou moins la relation primaire.
En bref, si on veut faire du polyamour hiérarchique, la hiérarchie doit être claire pour tout le monde (et en particulier avec le secondaire. Communication, Communication, etc).

J’en viens au point le plus problématique. Le danger principal n’est pas ici pour le couple, mais il est pour le secondaire. Comme son « titre » l’indique, il passe en deuxième, et cela peut poser des problèmes. D’ailleurs il n’est pas impossible que tu sois »sa primaire » à lui. Il est important qu’il sache exactement à quoi s’en tenir. Parce qu’avec ton compagnon vous aurez des privilèges de couple que vos secondaires éventuels n’auront pas.

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Voici une image qui explique bien le problème : jusqu’à quel point le secondaire est-il secondaire dans ton coeur ? Aura-t-il droit de rencontrer ta famille ? De partir en vacances avec toi ? Cette relation sera-t-elle assumée en public ou gardée secrète ? Que se passe-t-il si ton primaire décide tout d’un coup qu’il est jaloux et te demande de rompre ? La situation est au final très dangereuse pour cette personne. Ca demande beaucoup de courage (ou de naïveté) pour être un secondaire. Aujourd’hui, je refuserais totalement de reprendre le rôle du secondaire (ça s’est JAMAIS bien finit pour moi).

Aux Etats-unis, où le polyamour commence a se démocratiser (et donc à se normaliser), c’est le modèle « Mon mari/épouse + mon boyfriend/ma copine » qui prédomine. J’ai déjà entendu des gens dire que « si le mari se sent menacé alors il faut quitter le copain, s’il vous aime il comprendra ». Possible qu’il comprenne, mais s’il vous aime il aura justement le coeur brisé. Je ne suis pas d’accord avec cette légèreté avec laquelle certains individus disposent du secondaire dès qu’il « prend trop de place ».

Il faut faire particulièrement attention à cela surtout quand on est en « phase de test » du polyamour hierarchisé. Parce que si le test échoue ça sera probablement au final le secondaire qui finira bléssé.
En conclusion, je dirais qu’il est primordial de s’assurer que tout le monde connaisse sa place, et d’être clair sur ce qu’il risque d’arriver. De cette façon, le moins possible de souffrance sera générée en cas d’échec. Et évidemment, faire attention à ne jamais déshumaniser le secondaire, mais se rapeller que ses sentiments sont toujours à prendre en compte dans l’équation. Ça parait évident, mais je t’assure que sur le moment on peut vite avoir tendance à l’oublier.

Une question ? Vous pouvez la poser sur Ask ou à zerh@pimentduchaos.fr

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