Lettre à mon ex-psychiatre (qui a failli me tuer)

NB : Les noms des lieux et personnes ont étés changés par soucis d’anonymat.

634842761831934732


Centre psychiatrique Le Fictif

15 rue de la fausse adresse,
95 000 JOINTVILLE-LE-PONT

Zerh Leuchadeu

258 Boulevard du temps qui passe
97 525 Ville-Faux

Ville-Faux, le 26 février 2017

Chère Madame Lapsi,

Vous vous rappelez peut-être de moi. J’ai été votre patient au centre psychiatrique Le Fictif dans la période de octobre 2015 à avril 2016.

Je vous écris aujourd’hui pour vous dresser un bilan de ma situation et vous offrir des retours sur notre relation patient / médecin.

Avant tout je souhaite vous remercier pour m’avoir reçu en tant que patient, dans un moment de grande nécessité pour moi, et avec le peu de moyens dont dispose votre centre public de soins. Je sais que vous avez fait de votre mieux pour moi et si je remet en question certaines de vos démarches cela n’est pas un reproche mais se veut une critique constructive.

En premier point je voudrais vous expliquer ce qu’il s’est passé depuis notre dernière entrevue.

Comme vous vous en rappelez peut-être, je suis venu vous voir en octobre 2015 suite à un cas sévère de dépression. Vous m’aviez diagnostiqué une bipolarité et placé sous lithium. Ce traitement m’entrainant de nombreux effets secondaires très sévères dont crises de paniques (malgrés l’ajout de benzodiazépines, nommément alprazolam), nous sommes passés à l’abilify. Suite aux mêmes réactions, et notamment à mes trois visites aux urgences dans la même semaine, nous avons arrêtés celui-ci également.
A l’arrêt du traitement, en avril 2016, je me suis senti infiniment mieux. Tellement mieux que j’ai réussi à entamer à ce moment là le début de ma guérison, en solitaire.

L’arrêt du neuroleptique a été un soulagement immédiat, mais l’arrêt brutal des benzodiazépines a été plus délicat. J’ai été obligé de l’étaler sur un mois, étant donné que vous m’aviez laissé 4 mois sous alprazolam, et que j’avais développé une dépendance.

Très peu de temps après ce sevrage (trois semaines ?), et ne suivant plus aucun traitement, je ne présentait plus aucun symptôme dépressif.

Aujourd’hui, presque un an après et n’ayant toujours pas rechuté, je pense être définitivement sorti d’affaire, même si je suis évidemment toujours très prudent et surveille diligemment mon état mental pour m’assurer qu’il reste stable.

J’attribue ma guérison à deux points :

1/ L’arrêt des médicaments et de leurs terribles effets secondaires qui a pu faire effet de tremplin pour le début d’une guérison.
2/ La stimulation provoquée par mon projet de faire et réussir le très difficile concours d’entrée de la prestigieuse école Polypicnique de Paris.

J’en viens donc au deuxième point de ma lettre.
Je me rappelle avoir contesté votre diagnostic bipolaire, car je n’en étais vraiment pas sûr, même s’il faisait un peu sens à l’époque. Vous insistiez pourtant en ce sens, me demandant par exemple d’assister à des cours d’éducation sur la bipolarité.
N’ayant cependant toujours pas rechuté malgré l’absence de traitement depuis presque un an, et ne présentant aucun symptôme maniaque ou hypomanique, je pense pouvoir conclure assez sûrement que je ne suis pas bipolaire.

Je n’ai pas de reproches à vous faire quand à un diagnostic bancal : sans doute présentais-je quelques indices en ce sens.

Le seul reproche de ma lettre, et celui pour lequel je serais curieux d’avoir des explications, est le suivant :

Si vous étiez suffisamment certaine de mon diagnostic pour me mettre sous lithium, un médicament pouvant provoquer une défaillance mortelle des organes, alors pourquoi avez-vous refusé de me signer un diagnostic officiel lorsque je vous l’ais demandé pour remplir un potentiel dossier d’Aide aux Adultes Handicapés ?

Étiez vous suffisamment certaine de votre diagnostic pour me donner un traitement de cheval potentiellement mortel Mais pas suffisamment pour me signer un papier officiel ?

Le souvenir de cette contradiction me laisse un douloureux goût dans la bouche, et je ne serais pas contre en recevoir des explications.

Un deuxième point important : je vous avais mis au courant à propos de ma consommation régulière de la drogue appelée LSD. Vous aviez jugée que j’avais une addiction au LSD (un terme que certains addictologues jugent antinomique). Je n’en ais consommé pourtant qu’une seule fois depuis avril dernier.

Mon point est le suivant : savez-vous que le LSD peut être mélangé á quasiment n’importe quel produit et qu’il n’est JAMAIS mortel ?

Le seul produit qui fait exception à cette règle (à ma connaissance) se trouve être…. Le Lithium.

Vous avez donné du Lithium à un patient ‘’ayant une addiction au LSD’’ sans même le prévenir que le mélange le tuerais.

Par chance je suis fidèle aux Bonnes Pratiques de Réduction des Risques, et je vérifie toujours les interactions médicamenteuses avant de prendre de la drogue, Même dans le cas de produits jugés “sûrs” comme le LSD. Sans cela je ne serait plus de ce monde aujourd’hui, cette combinaison étant une des plus graves possibles.

Troisième point : comme dit plus haut, j’attribue beaucoup de ma guérison au fait d’avoir entamé les démarches pour le très difficile concours pour rentrer dans cette école.
Il se trouve que je suis aujourd’hui étudiant dans cette école depuis novembre dernier, ayant (très) brillamment réussi ce concours (17ème dans une promotion de plus de 800 candidats).

Vous vous rappelez peut-être m’avoir très, très fortement conseillé de ne surtout pas tenter ce concours.

Aujourd’hui grâce á ma décision d’aller contre votre avis, mon avenir et ma carrière sont enfin assurés. Mon statut social et ma situation financière vont bien mieux, et pour la première fois de ma vie je suis heureux dans mon travail. Ceci pour dire que je pense avoir fait le bon choix en ne vous écoutant pas.

Je n’écrit pas cette lettre dans le but de vous faire honte ou vous faire du mal. Encore une fois, je vous suis vraiment reconnaissant d’avoir tenté de m’aider lorsque j’étais au plus bas.

Je vous écris parce que vous aviez tort plusieurs fois et que la somme de ces erreurs auraient pu empêcher ma guérison, voir me tuer. Et vous sembliez si sûre à chaque fois.

Je vous écrit car je souhaite que vous perdiez ce comportement du médecin qui est de ne douter de rien, sans même avoir pris le temps de vérifier. Vos patients comme moi placent tous leurs espoirs en vous. Vous pouvez vous permettre d’être faillible, car l’erreur est humaine, mais jamais de ne pas douter de vous-même.

Je vous souhaite très sincèrement une longue et heureuse vie, maintenant que j’ai enfin commencé la mienne. Si vous décidez de répondre à ce courrier, je lirais votre réponse avec plaisir.

Cordialement et en vous remerciant encore,

Zerh Leuchadeu

 

Pour aller plus loin :

Cet article vous a plu ?
Merci de le partager sur Twitter ou Facebook !

Cet article a été publié dans Uncategorized. Bookmarker le permalien. Laisser un commentaire ou faire un trackback : URL de trackback.

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*
*