Pourquoi la feignantise n’existe pas.

Trigger Warning : Dépression

Nombre de mots : 1850
Temps de lecture : 8 minutes

Je me suis toujours considéré quelqu’un de feignant.

Ma chambre a toujours été plus ou moins en bordel. Ma conception du ménage se situe quelque part entre « Mwarf » et « Scrogneugneu ». J’ai toujours considéré que 12/20 à un examen c’était deux points en trop. J’adore les chats mais je n’adopte pas : je devrais changer une litière, remplir une gamelle, m’en occuper. Avoir des enfants un jour me parait à la fois indésirable et impossible. Mon but à long terme est de pouvoir bosser à mes horaires et sans sortir de ma chambre. Bon dieu, j’ai même une poche d’eau spéciale avec un tuyau pour boire, stratégiquement placée pour pouvoir m’hydrater sur mon PC ou dans mon lit sans bouger.

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Trois litres de flottes disponibles pour réduire les allers et retours dans la cuisine. Je suis un génie.

Ma vision sur la « feignantise », la « flemme » et ses dérivés, a changé grâce à trois expériences vécues.

La première expérience se situe un jour où je me plaignais à une amie du fait que j’avais beaucoup de travail en retard, mais que j’étais trop « feignant » pour le faire à temps. Elle m’a demandé s’il y avait des choses que je pouvais faire longtemps. « Bien évidemment« , lui ais-je répondu. « Certains jours, je peux passer plus de six heures d’affilée à jouer sur ma basse. Elle conclut : « Alors, c’est que tu n’es pas feignant ».

La deuxième expérience aide également à prendre de la perspective sur le sujet : j’ai en effet découvert il y a quelques années que j’étais dépressif. Plus précisément, que j’avais toujours été dépressif. Soudainement, des années de ma vie prenaient sens… Telle réaction étrange que j’ai eu à tel ou tel moment, que je ne comprenais pas vraiment et mes amis encore moins, trouvait soudain une explication. Depuis des années que je manquais de motivation pour effectuer les tâches les plus simples (prendre une douche, cuisiner, sortir dehors…), j’avais toujours reçu l’étiquette « Feignant ». Mais était-ce de la feignantise, ou de la dépression ?

La troisième expérience concerne la drogue. Notamment l’expérience de mon chat avec les amphétamines (qui s’est d’ailleurs globalement mal passée). Mon chat, l’éternel « feignant » démotivé, ne pouvait rien faire avancer de sa vie ni de ses projets… Il suffisait soudain qu’il prenne un rail de poudre dans le museau pour que soudainement et comme par magie tout devienne non seulement faisable, mais en plus facile. Je parle davantage de ces expériences et de ses conclusions dans cet article.

Ainsi, ce qu’on m’avait reproché des années durant, ce que je m’étais moi-même reproché tout ce temps, c’est à dire ma flemme légendaire, n’était pas un défaut, une faute dans mon caractère. C’était une mauvaise balance de produits chimiques dans mon cerveau, qui limitait énormément mon énergie.

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Feignantise et dépression

Il faut bien comprendre ce qu’est la dépression : la plupart des gens, s’ils devaient résumer la dépression en un mot, utiliseraient le mot « Tristesse ». C’est une erreur : la tristesse (même si elle est régulière voir parfois omniprésente) ne représente pas bien ce qu’est la dépression. Pour la résumer au maximum, il faut ces trois mots : « Manque d’énergie ». La dépression, c’est se lever le matin avec une quantité d’énergie très limitée à dépenser dans la journée, ni plus ni moins : quand c’est finit, y’a plus rien, et il est impossible même avec la meilleure « volonté » du monde d’en trouver davantage. En fait, cela se rapproche assez de la théorie des cuillères, qui a été inventée pour expliquer aux personnes valides ce qu’est la vie avec le lupus, mais qui fonctionne très bien avec d’autres handicaps (puisque la dépression en est un, toute personne prétendant le contraire ne sait pas de quoi elle parle.)

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Non, je n’accroche pas un sac d’eau à coté de mon PC juste pour le plaisir de l’optimisation du temps, ni par « flemme ». Je le fais parce que me lever six fois dans la journée pour m’hydrater me prend une énergie non négligeable. Non, je ne range pas ma chambre par « flemme », je ne le fais pas car c’est ça ou réussir à avancer mon boulot. J’optimise mes cuillères au maximum.

J’ai eu une phase maniaque d’environ 10 jours le mois précédent (cela peut arriver, en dépression) : ma chambre n’a jamais été aussi propre, ni si bien rangée. J’ai rattrapé 6 mois de paperasse en retard. Est-ce à dire que j’ai pendant 10 jours « arrêté d’être flemmard » ? Bien sûr que non. La feignantise n’existe pas.

Une journée dans la vie d’un faux feignant : apprendre à gérer.

Ma phase dépressive actuelle dure depuis plusieurs mois. Tous les matins, je me lève en évaluant mon énergie, et en m’attribuant des objectifs pour la journée, dans la mesure de mes moyens quotidiens.

 Je fais du sport autant que possible. En partie pour ma santé physique, mais avant tout pour ma santé mentale. Tout a l’heure s’est passé quelque chose d’inhabituel : je n’avais aucune envie d’aller à la salle de sport a coté de chez moi, mais je l’ai quand même fait. C’était important que je le fasse, puisqu’un absentéisme plus long aurait sans doute diminué mes performances chèrement gagnées. Alors que je courais sur le tapis de course comme un hamster dans sa roue, je m’interrogeais sur cet acte : faire quelque chose qu’on a pas envie de faire, mais qu’on doit faire, et réussir à le faire. C’est basiquement ce que font les braves travailleurs qui se lèvent tôt le matin mais qui voudraient rester au lit. Et c’est la source des pires mécompréhensions sur ce qu’est réellement la dépression.

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Si un dépressif appelle le travail pour expliquer qu’il ne peux pas venir ce matin à cause d’une dépression, ses collègues neurotypiques penseront qu’il est feignant. Parce qu’eux aussi auraient préférés rester au lit, mais ils se sont fait chier à venir quand même. Mais vous ne comprenez pas : vous n’aviez pas envie de venir mais vous POUVIEZ venir. Lui avait peut-être envie de venir, peut-être pas, mais il ne POUVAIT pas venir. C’était une impossibilité physique : la dopamine nécessaire aux connections nerveuses controlant l’acte de venir au boulot était absente. Vous ne traiteriez pas une voiture de feignante si elle n’avançait plus pour cause de manque de fuel : la dépression est une maladie tout aussi tangible.

Dans le paradigme de notre société violente, la feignantise existe, et la dépression est l’excuse des feignants. Dans ma realité, il n’y a pas de feignants : juste des gens qui ont besoin de sauvegarder leur énergie.

Y a-t-il des solutions ?

J’ai l’espoir de guérir de cette éternelle dépression un jour. Et en même temps je n’y crois que moyennement. Mais quelque chose me donne de l’espoir : on apprend à gérer. On apprend à se connaitre, à doser notre énergie. On apprend à optimiser notre vie pour aller mieux. Je sais par exemple qu’un entrainement sportif régulier est d’une grande aide pour ma santé mentale. De même, je sais que compter les calories c’est ultra-chiant, mais si je ne le fais pas les TCAs reviennent.

C’est le seul moyen d’être « moins feignant », c’est à dire de réussir à en faire le maximum avec les moyens dont l’on dispose : trouver les mécanismes qui nous conviennent pour nous gérer, avec l’énergie disponible. A condition, bien évidemment, que ces mécanismes ne demandent pas trop d’efforts pour êtres tenus, sinon ils ne le seront pas. D’où l’éternelle inutilité des « bonnes résolutions de la nouvelle année » : il ne suffit pas d’avoir un objectif, il faut surtout réussir à trouver les moyens d’y parvenir avec le moins d’efforts possibles. Et, selon notre quantité d’énergie disponible, certains objectifs restent hélas, totalement hors de notre portée.

En effet, même avec les meilleurs mécanismes du monde, on reste les esclaves de nos cerveaux. Dans mes pires phases dépressives, je ne peux plus assurer mon fonctionnement de base, et je verrais d’un très mauvais oeil qu’on me dise de faire du sport pour aller mieux (je suis au courant, merci, j’en suis juste incapable).

Je hais profondément les citations de ce genre :

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« Si tu peux le réver, tu peux le faire »

Non, il ne suffit pas d’avoir un objectif pour pouvoir le réaliser. C’est de la pensée validiste à outrance. Si on a ni jambes ni prothèses, on ne pourra jamais courir un marathon, même avec la meilleure « volonté » du monde. La volonté, l’inverse de la feignantise, n’existe pas plus : c’est toujours l’équilibre chimique du cerveau qui décide, au final.

J’ai tout de même de la chance de n’être pas trop mal en point mentalement : en ce moment, je m’auto-forme pour une reconversion professionnelle. Je passe toute mon énergie à bouffer des cours d’informatique sur l’ordinateur. Je me lave peu, je n’ai plus aucune vie sociale depuis un mois et demi. Je sais que sortir de chez moi, même un peu, me prendrait trop d’énergie. J’évalue le coût d’une après midi dehors à deux jours de travail de perdu. Je suis également très peu présent sur les réseaux sociaux. J’ai fait le choix d’avancer mon apprentissage coûte que coûte, et pour le moment l’équilibre arrive à fonctionner, alors j’en profite pour avancer.

De même, je n’ai rien publié depuis deux mois. Et pourtant j’adore ce blog. Si je devais choisir une seule chose dans ma vie que j’estime valable, ça serait les lignes que j’écrit ici. Ces quelques articles sont probablement le travail le plus utile et motivant que je n’ai jamais effectué. Mais je n’ai pas eu assez d’énergie pour ça.

Peux-t-on en vouloir à quelqu’un qui ne fait pas son travail ?

Au final, peut-on en vouloir à quelqu’un qui ne tient pas ses engagements, par exemple (pour prendre l’exemple le plus répandu) l’engagement de travailler contre un salaire mensuel ?

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La réponse est simple : dans 99,99% des cas, non. L’écrasante majorité des gens incapables de faire leur travail en sont, justement, incapables. On ne peut pas davantage leur en vouloir qu’on en voudrait à un aveugle de ne pas être capable de voir.

Si quelqu’un ne se pointe pas au travail, c’est qu’il a une bonne raison. Au diable les certificats médicaux : il y a TOUJOURS une bonne raison. Même si c’est parce qu’il s’est bourré la gueule la veille et qu’il a une énorme gueule de bois : peut-être qu’il s’est bourré la gueule pour une bonne raison. Peut-être qu’il souffre, qu’il est alcoolique, ou peut-être qu’il a besoin d’une vie sociale importante pour son équilibre mental.

Il existe éventuellement une exception : quand des personnes en bonne santé mentale et physique n’en ont absolument rien à foutre de leur travail. Toute personne ayant une vraie expérience de l’humain, avec de bonnes capacités d’écoute et sachant mettre de coté ses préjugés, sait que cette exception est rarissime. La plupart des gens ont une forte conscience professionnelle. Et pourtant, quand nous sommes confronté à quelqu’un qui manque le travail, nous pensons immédiatement qu’elle est « feignante ». C’est la même logique sociale violente qui entraine les politiques à réduire les aides sociales et à éviter l’attribution d’un salaire à vie soi-disant « pour éviter les abus ». Alors que les abus liés aux aides sociales sont rarissimes (Cet article estime que la fraude volontaire représente 0.13% des cas totaux, et ça comprend la fraude des entreprises.) Le manque de scrupules est l’exception, pas la règle ! 

Quand à ces personnes à faible conscience professionnelle, ne les blamez pas non plus. Blamez notre système qui les place dans cette situation pas forcément confortable.

Les humains fonctionnent en cycle de récompense permanent : nous avons été façonnés par l’évolution pour rester en mouvement constant. Si quelqu’un est immobile, rapellez vous toujours :

Elle a besoin d’aide, pas de reproches.

Pour aller plus loin :

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41 Commentaires

  1. Mycroft
    Publié le octobre 15, 2015 à 11:45 | Permalien

    Bonjour

    Vous parlez d’une « mauvaise balance de produits chimiques dans [votre] cerveau » comme si elle n’étais pas vraiment « vous ». Comme si nos personnalités n’étaient pas principalement des réactions chimiques et physiques se déroulant dans un cerveau.

    Mais dans ce cas, qu’est qu’une personnalité en dehors de ça ? En quoi sommes nous autre chose ?

    • Zerhariel
      Publié le octobre 15, 2015 à 2:04 | Permalien

      Rien, mais ceci est un autre sujet

      • Mycroft
        Publié le octobre 15, 2015 à 2:39 | Permalien

        C’est pourtant la dissociation que vous faites avec votre cerveau qui est à la base de votre argumentaire.

        Le gros de ce que vous dite, c’est : c’est pas ma faute, c’est mon cerveau qui veut ça. Mais si vous êtes votre cerveau, en quoi est ce que la situation n’est « pas votre faute ».

        • Publié le octobre 15, 2015 à 2:49 | Permalien

          Pourquoi faut-il que ce soit la FAUTE de quelqu’un?

          • Mycroft
            Publié le octobre 15, 2015 à 3:08 | Permalien

            Parce que la responsabilité individuelle est une abstraction (purement virtuelle, je vous l’accorde) qui sert de base à toutes notre société ? (Et de fait, elle sert aussi de base à un nombre conséquent de société dans l’histoire de l’humanité)

            Si on considère qu’il est juste de récompenser les individus les plus utiles à la société (ce qui est très loin d’être le cas actuellement, mais autre débat) et de sanctionner les individus les moins utiles, alors il est important de savoir ce qui relève de l’individu lui même et ce qui relève de l’extérieur de l’individu.

            Hors, sauf si j’ai mal compris, vous dites vous même que les individus ont besoin de cette motivation par récompense et sanction. La responsabilité est donc une notion qui me semble efficace pour motiver les individus afin qu’il soient utiles à la sociétés.

          • Zerhariel
            Publié le octobre 15, 2015 à 3:31 | Permalien

            Les bases de notre société sont violentes et oppressives. Le but de ce blog est justement d’envisager d’autres bases.

          • Zerhariel
            Publié le octobre 15, 2015 à 3:29 | Permalien

            Ceci

          • Mycroft
            Publié le octobre 15, 2015 à 3:39 | Permalien

            Mais vous dites vous même que « les humains fonctionnent en cycle de récompense permanent ». Je ne pense pas me tromper en disant que c’est aussi vrai pour la sanction (la douleur par exemple).

            Du coup, le principe de sanction récompense face à l’utilité, il n’est pas nécessaire pour motiver les humains à être utiles ? Ce principe en lui même vous parait oppressif ?

            Je ne nie pas que notre société est oppressive, mais est ce que toutes ses bases le sont ? Celle là en particulier me parait sans alternative.

          • Zerhariel
            Publié le octobre 15, 2015 à 3:46 | Permalien

            Quand je parle du cycle de récompense, il s’agit d’un mécanisme interne né de l’évolution, dont nous disposons tous (même si c’est un peu en panne chez certains). Le principe de sanctions récompenses ne devrait jamais être appliquée par la société à l’humain (ou alors éventuellement juste la récompense, et encore).
            C’est comme dire que mon cerveau et mon corps me permettent de marcher 30 minutes par jour. Okay, mais la société n’a pas à forcer tout le monde à marcher 30 minutes. surtout que certaines personnes handicapées ne peuvent pas marcher autant.

          • Mycroft
            Publié le octobre 15, 2015 à 3:57 | Permalien

            Mais que proposez vous comme mécanismes pour faire en sorte que les humains cherchent à être utile à la société.

            La loyauté pousse dans ce sens, mais je n’ai pas fondamentalement l’impression que tous les humains soient susceptible d’être loyal à la société (ou à quoi que ce soit d’autre qu’eux même pour certains). De plus, à ma connaissance, on ne nait pas loyal, ce mécanisme se développe, et en ce qui me concerne, c’est par le mécanisme récompense/sanction que j’ai appris cette valeur.

          • Zerhariel
            Publié le octobre 15, 2015 à 4:12 | Permalien

            L’humain est un être social. Je ne suis pas sûr en effet qu’il cherche de base à être bon pour la société, mais en tout cas il cherche à être de meilleur statut social. Aujourd’hui, ça passe par divers trucs mais surtout par l’argent, d’ou le fait qu’on va faire toutes les pires saloperies pour en avoir. Alors que si on crée un paradigme anarchiste avec les bonnes valeurs au centre, les gens vont vouloir y participer de la bonne façon.
            Y’a des groupes facebook ou on gagne du statut en gueulant sur autrui : ambiance générale toute pourrie. Y’en a d’autres ou on fait le concours de la meilleure bouffe végane : excellente ambiance. Suffit de canaliser de la bonne façon.

          • Mycroft
            Publié le octobre 15, 2015 à 4:49 | Permalien

            Mais une amélioration de statut social, c’est une récompense en soit. Et, sauf à rendre une telle amélioration inaccessible (ce qui est un peu la base des système de caste héréditaire et qui est une abomination à mon sens), des gens seront toujours prêts à tous pour monter en statuts social. L’argent n’est pas la seule chose pour laquel les gens sont prêts à tout. La recherche de la célébrité, par exemple, pousse aussi les gens à faire n’importe quoi.

            Et je ne vois pas en quoi l’anarchie va changer quoi que ce soit à ça. Le milieux productif le plus anarchique que je connaisse, c’est celui de la recherche (dans le sens ou la hiérarchie y a beaucoup moins de poids qu’ailleurs), et même lui n’est pas exempt de « dents longues ». Et de gens qui font des trucs contestables pour se faire mousser.

            Quand à la notion de « bonne valeur », je suis désolé, mais ça fait un peu « yaka ».

            Remplacer les bases de notre société par d’autres, pourquoi pas. Se dire qu’on les casse en partant du principe qu’on trouvera bien quelque chose de mieux, c’est dangereux. On peut faire tellement pire que notre société.

          • Zerhariel
            Publié le octobre 15, 2015 à 5:12 | Permalien

            « ce qui est un peu la base des système de caste héréditaire et qui est une abomination à mon sens »
            –> Ou alors on passe en société égalitaire

            Je suis d’accord pour dire que l’anarchie n’a pas de confirmation historique, mais ce n’est pas parce que c’est nouveau que ça ne peux pas marcher, au contraire.

          • Mycroft
            Publié le octobre 15, 2015 à 5:50 | Permalien

            Une société égalitaire, encore faudrait il que ça existe.

            Déjà, c’est dur à définir, mais surtout, comme vous le dites, les gens veulent maximiser leur statuts social. On remarque d’ailleurs qu’un certains nombre de groupe alternatif et « anarchistes » sont en fait assez vite très hiérarchisé. C’est par exemple ce dont vous parlez quand vous évoquez la « police vegan ».

            Il y a toujours des choses qui font envies et qui ne sont pas accessibles à tous. Si ce n’est pas l’argent, ça sera la célébrité ou le sexe. Et on ne peut pas être égaux en matière de célébrité (par définition).

            Twitter est aussi assez « anarchique » à la base, et pourtant il y a des hiérarchie qui se mettent en place.

            Ce n’est pas parce que c’est nouveau que ça ne peut pas marcher, c’est vrai. Mais l’anarchie n’est pas une idée si nouvelle que ça, et il semble que l’anarchie est en opposition avec la volonté « naturelle » (j’ai horreur de ce mot mais j’ai du mal à en trouver un mailleurs) des humains à s’élever dans l’ordre social.

            d’un point de vue purement personnel, un système purement égalitaire, même en supposant qu’on arrive à le définir et à l’appliquer, qui mettra donc sur le même plan un génie d’élite comme Einstein avec un imbécile comme A. Lagardère, je trouve ça injuste.

            Dans les système a essayer et jamais appliqué, il y a aussi la méritocratie (la vraie). C’est à dire accepter qu’il y aura une hiérarchie. Et donc, autant que les règles qui la régissent soient explicites et basées sur l’utilité sociale et pas sur des traditions tordues et l’appartenance à une caste.

  2. Émy
    Publié le octobre 15, 2015 à 1:45 | Permalien

    « (puisque la dépression en est un, toute personne prétendant le contraire ne sait pas de quoi elle parle.) »

    Bah oui parle donc pour la totalité des dépressif-ve-s de la terre ! Même et surtout s’iels ne se reconnaissent pas dans cette affirmation péremptoire ! Fais-toi plaisir !

    -_-

    • Zerhariel
      Publié le octobre 15, 2015 à 2:08 | Permalien

      Mes excuses pour t’avoir bléssé.e. Il existe autant de dépressions différentes que de dépressif/ves. Que tu vives ou non ta dépression comme un handicap est une chose, en ce qui me concerne c’est exactement mon cas, surtout si on se réfère à la définition suivante :

      //La loi n°2005-102 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a, dans son article 114 défini la notion de handicap :
      « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »//

      De plus, pour moi et d’autres personnes, se rapeller que dépression = handicap, c’est juste vital. Mais la société n’est pas toujours d’accord, et essaie de nous dire que « c’est que dans la tête » etc. Cela dit tu te définis comme tu veux.

    • Publié le octobre 15, 2015 à 2:51 | Permalien

      Je vois pas comment on peut être dépressif et ne pas être handicapé par sa dépression. Franchement, j’arrive pas à comprendre comment ça peut être possible. Et je sais qu’il y a de nombreuses formes de dépression, mais une forme de dépression qui ne serait jamais handicapante, ce serait une non-dépression. Sinon je ne vois pas.

      • Émy
        Publié le octobre 15, 2015 à 10:54 | Permalien

        Sincèrement, je m’en fous que tu comprennes ou pas. Sérieux mais c’est quoi cette arrogance ? -_-

        La façon dont je vis et définis ma dépression me concerne, me regarde, m’appartient et merci de ne pas jouer aux personnes qui savent mieux que tout le monde et de façon universelle comment doit être une personne dépressive, comment elle doit penser, se définir et tout le reste.

        • Hell Reader
          Publié le octobre 16, 2015 à 2:23 | Permalien

          La dépression étant une maladie, elle a des symptômes universels ou sinon elle ne pourrait pas être diagnostiquée. Elle peut être plus ou moins avancée ou même n’être qu’une « simple » déprime : pour faire une image,certaines personnes touchées par une certaine maladie ne pourront se déplacer qu’en fauteuil roulant alors que d’autres traîneront juste la patte.

          Et justement, un dépressif sait comment les autres dépressifs se sentent et pensent, au moins jusqu’à un certain point, justement parce que nous souffrons tous de cette chimie cérébrale défaillante qui provoque certains schémas de pensée.

          Et enfin, je pense que Zerh parlait surtout des neurotypiques qui nous répètent : « si tu faisais des efforts, tu irais mieux très vite » sans vouloir comprendre que ce n’est pas notre faute.

          Ce n’est justement pas à toi de définir si ta dépression est ou non un handicap, c’est aux médecins, administrations et congrès divers, mais si tu réussis à ne pas le vivre en tant que tel, bravo à toi et j’espère que ça ne t’arrivera pas.
          Et je vais reprendre mon image du fauteuil roulant : certaines personnes sont bloquées au fond d’une chaise et pourtant ne se sentent pas handicapées pour un sou.
          En bref, je ne pense pas que l’aggressivité était nécessaire, il suffisait de corriger.

          • Publié le octobre 16, 2015 à 3:51 | Permalien

            Hell Reader ta définition de la dépression me semble très dépolitisante et ethnocentrée. On peut juste pas comparer la dépression à un handicap ou une maladie physique, parce que y a des causes sociales. Si t’es opprimé-e et/ou pauvre t’as plus de chances d’être dépressif-ve, et c’est pas juste une question d’accès aux soins comme ça peut l’être pour d’autres maladies. En plus il y a des cultures où le concept de dépression n’existe même pas, pourtant leurs cerveaux sont faits comme les nôtres hein. Et l’OMS veut leur refiler des AD parce que « regardez iels ont tous les symptômes objectifs de la dépression » sans essayer de comprendre les facteurs socio-culturels et juste ça sert à rien.

        • Publié le octobre 16, 2015 à 12:55 | Permalien

          Je ne savais pas que ne pas comprendre quelque chose et l’exprimer est d’une arrogance aussi monumentale, (encore quelque chose que je ne comprends pas, tiens). Rien ne t’oblige à expliquer en quoi tu estimes être dépressifve sans être handicapé.e par la maladie. Mais j’avoue que ça éclairerait ma lanterne. Peut-être que si tu m’expliquais, ça me ferait changer d’avis, ou voir les choses sous un autre angle. Parce que, à l’heure actuelle, j’estime que c’est totalement impossible.

          Désolée d’avoir tenté de discuter avec toi, mais je pense que ça ne sert à rien d’agresser les gens si on n’est pas prêt à un minimum de dialogue derrière.

          • Émy
            Publié le octobre 16, 2015 à 2:36 | Permalien

            -_-

            @L’Elfe : « une forme de dépression qui ne serait jamais handicapante, ce serait une non-dépression »

            Sous-entendu : « t’es pas vraiment vraiment dépressive en fait, nan ? »
            C’est « un peu » violent. Juste un peu !

            Et moi, ce que je ne comprends pas, c’est cette injonction à m’expliquer et à te répondre comme tu le souhaites, selon les formes qui TE conviennent, sous prétexte que je suis intervenue une fois.

            @Hell Reader, tu veux bien m’expliquer si un dépressif sait comment les autres dépressifs se sentent et pensent, pourquoi mon ressenti de la dépression serait moins valable que celui de Zerh ou de quelqu’un d’autre ? Je suis curieuse de savoir qui fait autorité en la matière.

            En fait, ce que tu dis n’a aucun sens. Les dépressif-ve-s ne sont pas un bloc monolithique dans lequel tout le monde pense pareil, ressent les mêmes choses avec la même intensité et au même moment dans une espèce de connexion mystique.
            Si l’on pousse ce raisonnement, les neurotypiques penseraient aussi tout-te-s pareil.

            Et je ne comprends pas pourquoi je ne serais pas « en droit » de définir ma dépression autrement que comme un handicap sans l’approbation et la validation de quelque autorité. Je ne serais pas non plus dépressive du coup ?

            Je ne vois vraiment pas le sens dans ce que tu dis Hell Reader.

          • Publié le octobre 16, 2015 à 2:45 | Permalien

            Ben oui j’suis desolee, mais c’est un grand classique des non-depressifs de dire des trucs genre « non mais moi aussi des fois j’suis triste hein, moi aussi j’suis depressif et j’en fais pas une maladie hein ».
            Et encore une fois, je ne vois pas comment on peut etre depressif sans que soit JAMAIS handicapant.
            Donc oui je considere que soit tu ne souffres pas reellement de depression, soit tu es dans le déni par rapport au handicap que ca genere. je ne vois aucune autre possibilité. Je te PROPOSAIS de m’expliquer afin qu’eventuellement je puisse entrevoir quelque chose de coherent dans ce que tu déclarais. Je ne t’OBLIGE pas a le faire. Simplement, ben du coup comme tu veux uniquement gueuler et que tu refuses de dialoguer et d’expliquer ton point de vue, du coup je reste sur mon point dz vue a moi. C’est logique. Apres si ça te plait pas ben tant pis. Pour moi la depression c’est forcement handicapant et je peux revoir mon point de vue (fondé en partie sur l’experience, en partie sur des connaissances theoriques etc, bref pas sur du vent) si qq’n en discute avec moi. Mais pas juste parce que qq’n arrive en gueulant « non c’est faux ». Apres encore une fois, puisque visiblement tu te sens agressée par ma demande de precision: personne.ne.te.force.a.quoi.que.ce.soit

    • Lau'
      Publié le octobre 16, 2015 à 2:03 | Permalien

      Que toi, pour toi, dans ta vie à toi, pour des raisons qui te sont propres à toi, tu n’aies pas envie de définir ta dépression (si tu es dépressive ?) comme un handicap, c’est un choix personnel parfaitement respectable hein.

      Maintenant, quand on parle de meilleure reconnaissance des maladies invisibles (dont la dépression), de dé-stigmatisation de « ces flemmards qui n’ont qu’à se sortir les pouces du cul et aller bosser », tout ca… OUI, il est nécessaire que la dépression SOIT reconnue comme une maladie qui a des conséquences handicapantes.

      C’est une démarche politique, pas juste une affaire de positionnement personnel.

      Après, personne ne t’interdit – si tu es en dépression, encore une fois – de ne PAS vouloir le faire valoir. Personne ne va te forcer à sortir avec un grand panneau « dépression » pour informer les gens de ta situation hein.

      Maintenant, comme l’Elfe, je ne vois pas comment on peut vivre la dépression sans la vivre, au moins à certains moments, comme étant handicapante, sincèrement dit.

      Ou alors c’est le mot « handicap » que tu connotes négativement et que tu n’as pas envie d’associer à quelque chose qui te concerne ?

      ‘fin… Ouais non, je comprends pas, sincèrement pas.

      Après, que tu n’aies pas envie de faire valoir, pour toi, pour diverses raisons, ce statut de « handicap » au sujet de la dépression, c’est ton choix, ton droit, ta vie, t’en fais absolument ce que tu veux.

      Mais par contre, ça serait pas mal de se rappeler que dans une société qui fait de la productivité un must, dépolitiser le débat en ayant ce genre de réaction et en faire juste une question de valeurs personnelles et de ton ressenti à toi, c’est UN PEU donner du grain à moudre à tous les merdeux qui aiment bcp avoir des billes pour cracher sur les « parasites pas productifs »…

  3. Lune
    Publié le octobre 15, 2015 à 2:52 | Permalien

    Salut,

    Le titre de l’article m’a bien plu, je me sens concernée par la feignantise. Et pour y avoir réfléchi un peu, je pense que tu as raison, la feignantise n’existe pas (ou plutôt, elle est le synptôme d’autre chose). Mais dans mon cas, pas de dépression. Le moteur de ma feignantise est l’angoisse.

    Par exemple, quand je procrastine au boulot, c’est soit que je n’ai pas envie de faire une tâche chiante/angoissante pour laquelle j’ai un délai large (par exemple, téléphoner, faire un truc répétitif), soit que je sais que si je termine la tâche que je suis en train de faire, je vais me retrouver sans rien (ce qui est angoissant), et du coup j’étale.

    Voilà, je ne vais pas parler de moi plus longtemps, c’était juste pour préciser que si je suis persuadée comme toi que ne pas arriver à faire quelque chose est un symptôme, je ne pense pas qu’il s’agisse forcément de dépression. De toute façon, quelle que soit la raison, y réfléchir et avoir de la bienveillance envers la personne qui n’y arrive pas, c’est essentiel et j’aime le message que tu essayes de passer.

    • Zerhariel
      Publié le octobre 15, 2015 à 3:30 | Permalien

      =)

    • SuperFénéante(oupas)
      Publié le mai 9, 2016 à 8:57 | Permalien

      @Zerhariel : « Ces quelques articles sont probablement le travail le plus utile et motivant que je n’ai jamais effectué. »

      Super si c’est motivant, et je te confirme que c’est hyper utile ! Merci, continue ! (Enfin, dans la mesure de tes possibilités bien sûr 🙂 )

      @Lune : « quand je procrastine au boulot, c’est […] que je sais que si je termine la tâche que je suis en train de faire, je vais me retrouver sans rien »

      Ah bah moi j’angoisse aussi, mais quand je procrastine, c’est parce que je sais qu’il y a 15 autres tâches qui m’attendent derrière ! Alors bon, si je finis la première, les autres vont toutes me tomber dessus d’un coup !
      Par contre, tant que j’ai pas fini la première….bah pourquoi commencer les 15 autres, j’ai même pas encore fini la première ! Si si c’est logique je t’assure…enfin dans ma tête ça l’est, je crois que c’est une stratégie d’évitement de l’angoisse. Un truc du genre.

  4. Syd
    Publié le octobre 15, 2015 à 9:05 | Permalien

    Juste un petit mot pour te remercier (en général je passe, je lis, mais je ne commente pas, car sinon je lis les commentaires, parfois je m’énerve et ensuite mon humeur change et patatras pour la suite). J’ai mis des années à comprendre ce mécanisme, à comprendre un peu comment canaliser l’énergie et ainsi de suite. Je n’ai donc rien appris de super neuf dans cet article mais ça m’a touché à vif et je te remercie d’avoir écrit ce post car ça m’a permis déjà de me sentir moins seul dans une journée où je dois faire de gros efforts côté avancée, et ça sera probablement utile à quelqu’un qui n’a pas encore avancé autant pour comprendre tout cela et galère encore à essayer de piger pourquoi parfois ça ne fonctionne pas du tout. Du soutien pour tout et merci d’écrire, en plus de t’être précieux ça l’est aussi pour d’autres.

  5. SaChat
    Publié le octobre 15, 2015 à 11:26 | Permalien

    Je viens de cesser temporairement mes études parce que, comme toi, j’ai un affect dépressif présent depuis longtemps (si ce n’est toujours), des TCA et que je ne pouvais juste plus continuer sans quasi mettre ma vie en danger (je ne mangeai du tout plus tellement ça me rendais malade). Pourtant, j’ai mis du temps à admettre que je devais arrêter quelques temps et penser à moi, exactement pour les raisons pour que tu cites en fin d’article. La peur de passer pour une « feignassequifoutrien », de décevoir mes proches, devenir un gros boulet. Merci pour cet article (et ton blog très intéressant), je le trouve tellement vrai. Bonne continuation et bon courage à toi

    • Zerhariel
      Publié le octobre 16, 2015 à 4:54 | Permalien

      Félicitations pour avoir choisi de survivre plutôt que persister à se faire du mal 🙂

  6. Lau'
    Publié le octobre 16, 2015 à 2:11 | Permalien

    J’ai connu la dépression aussi.

    Mais même hors dépression, pour une autre raison (THADA), j’ai passé ma vie (et je la passe encore) à ne pas arriver à être productive dans certains domaines, à ne pas arriver à gérer le ménage (parce que quand je rentre d’une journée de boulot, j’ai dépensé tellement d’énergie pendant 8h de taf à me canaliser, à me battre contre la non-organisation naturelle de mes pensées et de mes actions pour arriver à faire quand même mon boulot, que je suis complètement rincée, et que l’idée d’avoir à faire du ménage en prime me donne juste envie de me rouler en boule et de pleurer, parce que l’énergie, je ne l’ai plus, je l’ai dépensée intégralement au boulot…, à ne pas arriver à tenir des délais, à ne pas arriver à… mille trucs.

    Le diagnostic de THADA, tout frais, il est arrivé comme un soulagement : « Non, je ne suis pas une merde, je ne suis pas nulle, je ne suis pas une grosse feignasse, j’ai vraiment un truc dans mon cerveau qui fonctionne différemment et qui me crame mon énergie bien plus que le fonctionnement « standard » « .

    Reconnaitre ces maladies invisibles, et arrêter de traiter comme des grosses bouses les gens qui en sont atteints, à un moment donné, c’est juste vital.

    Et si je puis me permettre… Je pense que le jour où ça sera acquis dans la société (y a encore du taf pour en arriver là…), le taux de suicide sera drastiquement plus bas.

    Parce que les gens ne se boufferont pas la souffrance liée à la stigmatisation EN PLUS des difficultés propres à leurs troubles psy / troubles neurologiques / maladies invisibles.
    Et je suis assez sincèrement persuadée que ça changera notablement la donne…

  7. Publié le octobre 16, 2015 à 12:10 | Permalien

    Y a un truc qui me gêne dans cet article. J’ai l’impression que tu définis la dépression uniquement par ses effets physiques objectifs (ne pas pouvoir se lever…) et tu ne parles pas du tout de ce que tu ressens. Quand tu écris « C’est une erreur : la tristesse (même si elle est régulière voir parfois omniprésente) ne représente pas bien ce qu’est la dépression. Pour la résumer au maximum, il faut ces trois mots : « Manque d’énergie ». » déjà je me demande ce qui te permet d’être aussi péremptoire, et je trouve que c’est super limitant de ce qu’est la dépression. S’il s’agissait « juste » d’un manque d’énergie ça veut dire que je pourrais rester dans mon lit à regarder des séries et j’en serais content-e (j’aime mon lit, j’aime les séries). Sauf que quand je fais ça en vrai je me sens comme une merde. Pour moi le problème est quand même surtout là. Même s’il y avait une acceptation sociale de la dépression et que je pouvais me permettre de ne pas aller bosser j’aurais quand même envie de pleurer et de me trancher les veines, parce qu’à mon avis le mot qui décrit mieux la dépression c’est : désespoir. Et c’est parce que je suis désespéré-e que je me dis que ça vaut pas la peine de faire des trucs. Désespoir et haine de soi. Et le manque d’énergie ce n’est que la cerise sur le gâteau.

    • Zerhariel
      Publié le octobre 16, 2015 à 6:32 | Permalien

      En effet la dépression est différente d’une personne à l’autre. Je n’ai pas parlé des problèmes que tu mentionnes parce qu’ils ne me concernent pas (je dissocie avant que les pensées négatives arrivent, j’évite de réfléchir, du coup je n’ai que de la souffrance brute voir plus rien du tout/le vide). Enfin bref juste pour dire que je me suis basé sur mon expérience personnelle mais qu’en effet on vit pas forcément les choses pareils. J’ai pas pensé utile de devoir préciser qu’en dépression on souffrait effectivement beaucoup.

      • Publié le octobre 16, 2015 à 7:51 | Permalien

        Ok je comprends mieux du coup mais ce qui me pose souci c’est que tu utilises des termes généralisants du style « la dépression c’est… » du coup je trouve pas forcément évident de saisir que tu parles uniquement pour toi/de ton cas.

        • Lau'
          Publié le octobre 23, 2015 à 4:32 | Permalien

          Je pense que les ressentis peuvent vachement varier d’une personne à l’autre, mais par contre, le manque d’énergie, c’est une constante qui se retrouve dans tous les cas, pour toutes les personnes en dépression.

          C’est comme ca que je comprends la phrase qui t’a fait réagir, personnellement.

    • Emilie
      Publié le novembre 5, 2015 à 11:57 | Permalien

      Exno : « S’il s’agissait « juste » d’un manque d’énergie ça veut dire que je pourrais rester dans mon lit à regarder des séries et j’en serais content-e (j’aime mon lit, j’aime les séries). Sauf que quand je fais ça en vrai je me sens comme une merde. Pour moi le problème est quand même surtout là. »

      En fait l’essence de la dépression (on parle de dépression essentielle) est bel et bien une « perte de tonus vital » qui se caractérise par le fait qu’elle n’est pas compensée. C’est une perte d’énergie générale, globale, physique et mentale : une perte d’énergie de l’unité psychosomatique de l’individu). Tu perds ton énergie mais aussi ton intérêt et ton désir pour les choses et les autres. Donc tu n’as pas « envie » de regarder une série, tu vas plutôt le faire par défaut parce que tu n’arrives pas (tu ne peux pas) te lever, et du coup tu ne vas pas en tirer beaucoup de satisfaction ! :/ Voir aucune… C’est différent de regarder une série parce que vraiment, le dernier épisode de XXX t’as trop envie de le voir et t’en frétilles d’avance, et parce que tu n’arrives pas à trouver une raison de te lever ou l’énergie pour le faire, et donc par défaut tu vas essayer de voir une série histoire de pas continuer à fixer le plafond en te maudissant…

      Chez certaines personnes, la perte de tonus vital (qui est vraiment l’essence même de la dépression) sera pour ainsi dire isolée et sans autre symptôme. Généralement c’est alors le corps lui-même qui va se dérégler et commencer à produire des symptômes (ce qui va de la migraine et de l’eczéma jusqu’au cancer). Un exemple de roman qui traite de ce sujet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mars_%28essai_autobiographique%29

      Évidemment, chez d’autres individus, la perte de tonus n’est pas isolée. Ils peuvent à peu près dire d’où elle provient, ce qui l’a générée : deuil, perte de l’emploi, déception amoureuse, rupture avec un ami, déménagement non désiré ou décevant, évènement traumatique (agression) etc. Dans ce cas on parle de dépression réactionnelle. Mais même si le sentiment de désespoir, d’impuissance, de perte etc. ronge l’individu (chacun ressentant les choses à sa manière évidemment) le fait est qu’il y perte du tonus vital également (car c’est l’essence de la dépression). Néanmoins on considère que pouvoir donner du sens à sa dépression en trouvant une cause est de meilleure augure pour une personne.

      La dépression existentielle est un peu différente dans la mesure où la baisse de tonus vital n’est pas première ; ce qui vient en premier à l’individu c’est un sentiment de désespoir et d’impuissance profond quant au monde, car l’individu est submergé par une certitude que tout est vain et absurde. C’est secondairement que cette certitude va déclencher une baisse du tonus vital. Puisque tout est vain, comment trouver du sens à faire quoi que ce soit ? On voit que la c’est la première étape du circuit de la récompense qui est court-circuitée.

      La dépression génère évidemment des affects et des sentiments plus ou moins noirs selon la capacité des personnes à les ressentir et à les reconnaître et à les exprimer.
      Mais peut-on dire que la dépression EST le désespoir ? Non, car le désespoir est un affect humain qui fait partie de l’éventail des sentiments que tout être humain peut ressentir, bien que le désespoir ne soit pas agréable. Ce n’est pas parce que quelque chose est désagréable qu’elle est pathologique en elle-même. Le désespoir n’est pas une maladie. Il est normal d’être désespéré dans certaines situations qui SONT désespérantes : ressentir du désespoir est alors totalement normal voire salutaire, car cela traduit ton humanité et ta capacité psychique à penser la situation désespérante que tu traverses.

      Nous sommes aujourd’hui dans une société qui a tendance à médicaliser à tout va. On parle d’éliminer les émotions, sentiments et même les pensées « négatives » comme s’ils étaient faux, toxiques, et obsolètes.
      Or, je crois qu’on peut dire que la tristesse, la colère, la peur, la douleur, sont des émotions tout à fait normales et utiles. Si je perds quelqu’un que j’aime (deuil), je suis triste et je ressens un vide et je suis absorbée par ma douleur ce qui fait que je perds de mon énergie pour la grande majorité des domaines de ma vie. Cette énergie, je la concentre sur le travail que le deuil exige de ma psyché pour réussir à supporter et intégrer la perte de la personne que j’aime. Maintenant si je vais voir mon médecin et qu’il met juste sous AD, et si mon employeur considère que je n’ai pas à avoir d’arrêt de travail simplement parce que je suis en deuil, que va-t-il se passer ? Je ne vais pas pouvoir ressentir le manque, la tristesse, je ne vais pas pouvoir penser ce qui m’arrive, ni prendre le temps de me reconstruire et de me reposer de cet intense travail mental que me demande la traversée d’un deuil. Inhibée par des AD, je vais gentiment continuer d’aller au travail, sans envie, comme un robot. Non seulement je n’aurai pas fait mon deuil mais en me coupant de ce que je traverse intérieurement (et qui n’est pourtant pas agréable !) je risque de me perdre moi-même… Et je crois sincèrement que tout dépression peut être conçue comme une forme de deuil dans la mesure où ce qu’on a perdu c’est justement une partie de soi, une part de ce que l’on est, et cette part nous manque.

      Il y a des gens qui sont leur propres alliés, et qui même en dépression parviennent à rester doux et indulgents avec eux-mêmes, sans disons « trop » se flageller et en réussissant à se dire « bon, je suis en dépression, je vais prendre le temps qu’il faut pour me permettre de me sentir mieux et de retrouver de l’énergie. » Il y a des gens qui sont moins gentils avec eux-mêmes : c’est mon cas… Quand je suis en dépression, alors que je n’ai plus aucune énergie et que globalement tout est compliqué, difficile, épuisant, au lieu de me dire « je vais être gentille avec moi-même comme je le serai si c’était un ami à moi qui était dans cet état », je me dis « je suis vraiment une grosse merde, je me hais, putain mais faut que je me bouge, ma vie est nulle, je suis nulle, rien n’en vaut la peine, je mérite de crever, de toute façon la vie est une arnaque, etc. » Est-ce que je pense cela parce que je suis en dépression ? Non. Je pense cela parce qu’au lieu d’écouter ce que je ressens (= je n’ai plus d’énergie, je suis fatiguée, je me sens seule et je ne crois plus du tout en moi, et ce depuis des semaines) qui m’indique ce dont j’ai besoin (= de repos, de temps, de réconfort et d’aide), ce qui est vraiment extrêmement précieux comme infos ! ^^ moi, j’ai tant et si bien intériorisé le discours de la société que je me traite moi-même comme le plus gros caca du monde. Ce n’est pas très gentil et ce faisant, je ne m’aide pas. Mais ma haine de moi n’est pas causée par ma dépression. Elle vient de ce qu’au lieu de m’écouter, je ne suis que violence envers moi-même. Au lieu d’accepter qu’effectivement, je n’ai plus d’énergie, je me donne moi-même des coups de pieds aux fesses. Et à part que je me fais mal… ça ne m’aide pas, ça m’enfonce.

      Bref, excuse-moi pour cet énorme pavé mais je tenais à te répondre.

      Merci de ton article Zerhariel, je viens de découvrir ton blog et c’est une bonne matinée que je passe grâce à ça 🙂 Je ne sais pas si tu connais « La fatigue d’être soi » d’Alain Ehrenberg mais c’est un livre qui m’a beaucoup aidé à y voir plus clair quant aux rapports de la société avec la dépression. 🙂

  8. Publié le octobre 17, 2015 à 6:55 | Permalien

    J’ai aussi longtemps cru que j’étais faignante, jusqu’au jour où j’ai réalisé que j’étais juste fatiguée et plus fatigable que la moyenne. C’est courant chez les aspies (la blogueuse aspie « super pépette » a fait une excellente vidéo sur la théorie des cuillères).
    J’ai aussi connu la dépression, pendant très longtemps, mais même une fois sortie de la dépression, il restait ça, la fatigue.
    Et puis je me suis intéressée à la physiologie et j’ai découvert que la dépression, comme le burn-out, comme la fatigue chronique, ce n’est pas juste « dans la tête », pas juste une question de déséquilibre de neurotransmetteurs, c’est aussi une question de cortisol et de glandes surrénales dans les choux (on parle de « fatigue surrnéalienne », avec par exemple panne de cortisol le matin = panne de « démarrage »!). En + d’être un problème surrénalien, c’est aussi une question de dysbiose avec une flore intestinale qui sécrète des molécules inflammatoires qui nous rongent de l’intérieur (inflammation chronique à bas bruit = sécrétion continue de cortisol anti-inflammatoire + surcharge de boulot pour le système immunitaire + dégradation de la paroi intestinale avec malabsorption des micro-nutriments (dont ceux indispensables à la synthèses des neurotransmetteurs) + etc, etc… = fatigue).
    Dans le corps, comme dans la nature, tout est lié. On ne peut pas dire « ma dépression, c’est mes neurotransmetteurs ». C’est aussi tout le reste!!!
    Bon courage!

  9. tonio
    Publié le novembre 6, 2015 à 11:04 | Permalien

    Ton blog est intetessant mais souvent tu est dans le modes de pensée « bisounours » la vie est dur pour les humain comme pour les animaux . Moi perso jai le vih donc si jecouter mon cerveau je resterai chez moi a dormir mais pour ma famille je me me bouge car il faut les gater et se prouver a soi meme q’on est un homme fiable sur qui on peu compter . Facile detre « Fainien » en accusant son cerveau ! Difficile d’etre un bosseur meme s’y on se fait violence ! C’est la quon reconnait les bon et les faibles !
    Sait tu quen afrique par exemple la boulimie\ anorexie est quasiment inexistante ?
    Pourquoi ? Pasquil y a pas le choix !! Faut faire vivre sa famille ta une mentalité de bourgeois occidental et tu ne t’en rend pad compte dommage !! Tu zape constament le role de pere de famille c’est limite malhonete …

    • Zerhariel
      Publié le novembre 8, 2015 à 6:43 | Permalien

      Merci pour le compliment, mais ce truc sur l’afrique c’est n’importe quoi deja tu tires cette info d’ou ?
      Nos visions de la vie sont tres differentes, et meme incompatibles, cela dit certaines verités sont scientifiques, et parmi celles là le fait qu’un dépressif a une quantité d’energie limitée est aussi vraie que de dire qu’il est difficile pour une personne sans jambes ni proteses de marcher.

  10. KrustyFlo
    Publié le octobre 26, 2016 à 7:09 | Permalien

    Merci pour cette article dont certains commentaires sont encore révélateurs de la norme psychophobe existante dans notre pays.

    C’est assez drôle (enfin, je crois que j’en ris jaune) de voir à quel point le pattern « parents médecins dans le déni des affections psychiatriques touchant leur propre famille » est répandu, j’ai eu la même chose, et ma sœur aussi, ce qui n’a pas vraiment facilité ma propre réalisation que non, je n’étais pas un feignant, une sous-merde ou autre joyeux qualificatifs, mais juste une personne malade.
    Il aura quand même fallu attendre mes 34 ans, 3 dépressions et un burnout au boulot avec des symptômes bien relou pour que j’écoute enfin ce que mon corps avait à me dire et que j’aille consulter un centre expert en bipolarité dans ma ville. Si tout va bien le diagnostic complet sera posé d’ici la fin de l’année.

    La théorie des cuillères résume parfaitement le truc que je suis devenu expert à faire à travers les années, devenir un expert en connaissance de mes moyens et en gestion optimale de ceux-ci. Pendant les phases hors trouble, ça m’a rendu d’immenses services, pendant les phases de trouble, ça me permet de survivre sans me laisser mourir de faim.

    En réponse à quelques commentaires sur la diversité de l’expression de la dépression, en effet, l’absence d’énergie vitale physique et psychique est le dénominateur commun utilisé pour diagnostiquer. Me concernant, le désespoir a été présent ou pas, pendant ma 1ère dépression il était extrême, lors de celle actuelle, il est absent.
    Entre les deux 14 années d’écart et un désapprentissage du jugement automatique de soi quand on ne satisfait pas aux exigences de la norme, ce qui est loin d’évident quand on est bombardé par la norme classant les branleurs même pas hommes d’un coté et les durs à qui tout réussit de l’autre, et que c’est sa propre éducation parentale qui a foutu ça dans sa représentation du réel.

    Bref je m’étale sur ma vie et c’est sans doute pas le point du commentaire, donc juste merci pour tes mots dans cet article et ceux sur ton parcours pour avoir des soins avec ton amie, c’est révélateur de beaucoup de choses qui clochent aujourd’hui, puis on se sent moins seul simplement.

    Au plaisir de te lire sur ce sujet ou d’autres, ici ou ailleurs (j’ai atteri sur ton blog par un fil de polyamour.info, au final j’ai écumé les articles de ton autre blog vu que je suis végétarien, puis finalement je vois tes articles sur la façon dont les troubles mentaux sont considérés dans notre culture, p**** t’es mon double maléfique ?)

    Flo

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