Les Troubles du Comportement Alimentaire : Plongée dans un enfer quotidien

[Trigger Warning : Grossophobie intégrée extrême]

2750 Mots
Temps de lecture : 20 minutes

Ce texte est un témoignage, un ressenti et une analyse personnelle par rapport au Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Il s’adresse en partie aux personnes pouvant s’identifier avec ces problèmes, mais surtout à ceux qui n’y ont jamais été confrontés. Je voudrais par ce témoignage aider à mieux comprendre ce que sont les TCA et comment les vivent les concernés.

Préambule

J’écris ces lignes sur un petit carnet au milieu des Rocheuses canadiennes. On a beau être en août, nous sommes également à 2 km d’altitude, et cela se sent, et se confirme au besoin par la vue des glaciers alentours. Mon matériel est peu adapté aux froids négatifs. Mon corps est en lutte constante pour réchauffer les couches de vêtement qui m’entourent. En particulier la nuit, mon pauvre sac de couchage insuffisant force mon métabolisme à accélérer drastiquement pour entretenir une thermogénèse suffisante.
Je me sens fondre. Je pose la main sur le ventre et je me dis qu’il manque quelque chose. J’ai du sortir plusieurs fois cette nuit pour aller pisser : un afflux d’urine est parfois un symptôme caractéristique d’une perte de poids.

Ça fait 32 jours que je suis parti. J’ai eu l’occasion de me peser deux fois en moins d’un mois : le compteur affiche 7 kilos de moins.

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Un humain brûle entre 2000 et 2500 kilocalories (kcal) par jour sous nos latitudes tempérées. Le même humain en conditions de froid extrême brûle entre 8000 et 9000 kcal/jour. 7500 kcal brulées sont égales à un kilo de graisse corporelle. Entre ces nuits glaciales et quelques randonnées de haute montagne, il est facile de comprendre comment j’ai perdu autant et si vite.

Seulement, voilà : là où je devrais m’inquiéter d’une perte de poids si rapide, je me sens serein et accompli. Je me vide à toute vitesse de ma substance, et le contentement parvient tout de même à prendre le pas sur l’inquiétude.

J’ai 28 ans, ça fait plus de 20 ans maintenant que je me trouve trop gros.

Comment ça a commencé

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais il y a un très large historique de troubles du comportement alimentaire (TCA) dans ma famille. Nous en avons quasiment tous été atteinds à un moment ou à un autre. Pour beaucoup, ces saloperies, ça reste. J’ai commencé les miennes d’une manière classique : avec de la boulimie.

La Boulimie

La boulimie se définit très simplement par « un rapport pathologique à la nourriture » et « des ingestions excessives d’aliments, de façon répétitive et durable » (Page wikipedia).
La boulimie, c’est aller dans son frigo, et bouffer tout et n’importe quoi jusqu’à ce que faire rentrer davantage devienne physiquement impossible.

Les psychanalystes utilisent l’image ridiculement romancée du « vide à combler par la nourriture ». C’est une façon mystique de décrire le fonctionnement d’une crise : le sujet est en situation de détresse, ceci étant dû à une anxiété trop importante et/ou à un épisode dépressif. Le sujet recherche du plaisir pour contrer cela (il a besoin d’un apport de dopamine/sérotonine/GABA). La consommation de nourriture, en particulier celles grasses et sucrées, entrainent cet apport de neurotransmetteurs du bonheur. Le sujet va donc en consommer une quantité importante en peu de temps, et ce contre sa volonté. La culpabilité sera tellement forte que le sujet va souvent tenter de compenser immédiatement par divers moyen. Le plus « classique » est de se faire vomir, mais cela peut prendre d’autres formes.

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Pour avoir vécu les deux, mon chat Souïme pense pouvoir l’affirmer : le « binge-eating » (crise de boulimie) et le « binge-consommation de drogue » c’est exactement le même mécanisme. La nourriture apporte du plaisir, et tout ce qui apporte du plaisir peut être qualifié de drogue. Autres exemples possibles : binge-jeux vidéos, binge-masturbation. Il y a un coté masochiste à ces consommations à outrance. On oublie qui on est, on est en transe, on se détruit pour ne plus ressentir la douleur d’exister.

En écrivant ces lignes, j’ai un mépris profond pour le concept grossophobe qui dit qu’il « suffit de volonté » pour mincir. C’est tout aussi valable que de dire que la volonté suffit à arrêter la seringue d’héroïne. Les réalités sont plus complexes. L’addiction à la nourriture a également cet avantage pervers qu’il est nécessaire de manger pour vivre. Le produit maudit doit être ingéré 3 à 4 fois par jour, mais attention : de l’exacte bonne façon. Le moindre déséquilibre, et on peut repartir pour des années d’addiction et de souffrance.
Mon chat a complètement laissé tomber la consommation de drogues dopaminergiques, il sait que les risques de rechute sont trop grosses et les éventuelles conséquences trop graves par rapport au plaisir procuré. De même, s’il avait le choix, il abandonnerait sans hésiter le concept de manger. Par pitié ne lui répondez pas d’un air choqué que, personnellement, vous ne pourriez jamais arrêter la nourriture parce que vous aimez trop manger. C’est exactement pour cette même raison que lui souhaite arrêter.

L’arrivée de l’anorexie

Ne comprend pas la grossophobie qui ne l’a pas vécu.
Toute mon enfance et le début de mon adolescence, j’ai eu la sensation d’avoir les jambes coupées [cette comparaison peut être validiste et je m’en excuse, il s’agit d’un ressenti d’enfant]. J’aimais lire. j’aimais les histoires d’aventures. Mais chaque fois que je désirais m’identifier aux jeunes héros qui sauvent le monde, impossible : comment pourrais-je jamais partir à l’aventure dans ma pauvre condition physique ? Comment pourrais-je jamais être beau et classe et rayonnant comme mon héro favori, alors que je suis une honte ambulante ?

soa-illust02Les trois héros de ma jeunesse : remarquez l’absence de gras.

Mes yeux se mouillent en écrivant ces très intimes lignes. Peu de choses au monde sont aussi horribles que d’empêcher un gamin de rêver. Mon seul espoir, c’était de perdre du poids… Mais je n’en perdais pas, et c’était ma honte. Jusqu’à ce que j’accumule suffisamment de honte pour tomber dans l’anorexie.

On a tendance à penser que tous nos problèmes partiront quand on sera minces (et donc, automatiquement, beaux). On pardonne tout aux gens beaux, tout est recontextualisé. La société est profondément aphrodiste. Imaginez un petit gros se ridiculiser en public (par exemple imaginez le en train d’essayer de jongler sans y arriver) : c’est comique et pathétique, on ressent un vague mépris pour cette personne. Maintenant imaginez la même scène avec un homme beau, grand, mince et sec, aux yeux clairs. Est-ce que la scène ne change pas complètement de sens ? Est-ce que ça ne devient pas, dans un sens, mignon et adorable ?
On pardonne beaucoup plus facilement les failles d’une belle personne, pas celles d’une laide. Les gens beaux se font moins condamner que les gens laids, et dans le cas d’une condamnation, celle-ci sont plus légères. On leur parle plus gentiment. Elles sont promues plus souvent et leurs salaires sont plus élevés [Source]. Et dans notre société, beauté rime systématiquement avec minceur.

Je ne peux m’empêcher ici de penser à l’influence profondément positive d’un dessin animé comme Steven’s Universe, qui donne des exemples de héros différents de la culture mainstream, qui montre que la beauté ce n’est pas toujours la même chose. Que la graisse est un élément neutre du corps, parmi d’autres. J’aurais tellement aimé que cette série existe au moment où j’en aurais eu besoin…

IMG-0001Merci Steven’s Universe

Bref, on comprend que pour mincir, on peut en arriver à des extrémités telles que l’anorexie.

L’anorexie

J’ai eu plusieurs phases d’anorexie dans ma vie. La plus longue était sans doute au collège, où je ne mangeait quasiment rien. Je faisais un seul vrai repas par semaine (par obligation : c’était le repas de famille, ça se serait vu). J’allais aux toilettes moins d’une fois par semaine tellement je consommais peu. Mais je fondais:  on me félicitait chaque semaine pour le poids impressionnant que j’avais perdu.

S’il vous plait, ne félicitez jamais quelqu’un pour avoir perdu du poids. À différents stades de ma vie, j’aurais pu répondre les phrases suivantes :

  • Merci ! J’ai pas encore 14 ans et je suis anorexique 😀
  • Merci ! J’imagine que l’addictions aux amphétamines a aussi de bons cotés 😀 😀 😀 miaou
  • Merci ! Je suis en dépression sévère. Je me sens mort à l’intérieur 😀 hihi
  • Merci ! Un de mes meilleurs amis s’est suicidé récemment. Ça aide 😀 lol
  • Merci ! Les antidépresseurs me coupent toute faim 😀 😀 et toute libido

La meilleure réponse possible serait « Merci, je me suis gelé les gonades dans les glaciers canadiens » mais vous n’avez pas envie d’entendre ça, ni de risquer d’obtenir une réponse du type « Merci, j’ai eu une diarrhée tellement explosive que j’ai failli mourir, trololol ».

Bref, à force de passer des journées horribles, d’être fatigué en permanence, et de tenter de me faire vomir (ce que je n’ai jamais réussi à faire sur une base régulière, dieu merci) j’avais perdu du poids. J’étais maintenant officiellement maigre. Victoire !

Ou pas, en fait, parce que je me trouvais toujours trop gros.
Heureusement, l’étape suivante fut moins malsaine.

Du privilège masculin au sein des TCAs

Comme toute personne un peu renseignée et un minimum honnête le sait, les hommes sont des privilégiés. C’est vrai également pour les TCA : seulement 10 à 15% des victimes de boulimie et/ou anorexie sont des hommes [Source]. L’anorexie concerne en moyenne 8 femmes pour 1 homme [Source]. La prévalence de la maigreur concerne 11% des femmes contre seulement 1% des hommes (11 fois moins !) [Source] .

J’en profite au passage pour apporter une précision importante : NON, se moquer des hommes complexés et/ou anorexiques, ce n’est PAS correct.
Il m’est arrivé de voir certains Militants Féministes™ se moquer d’hommes complexés par leur physique. Ce n’est pas parce qu’on se moque des hommes qu’on fait automatiquement de l’humour anti dominants, capisce ?
Ceci étant dit. Même au fond de l’anorexie, j’ai été avantagé par un privilège masculin. En effet, on répète aux femmes d’être minces pour être belles, tandis qu’on répète aux hommes d’être secs et musclés. Là où on demande de la fragilité aux femmes, on demande de la « force » aux hommes, et ce dernier point a été un avantage pour moi.

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Comparaison : Recherche google pour « Beautiful woman » Vs. « Beautiful man »

En effet, j’ai été entrainé par là à commencer la musculation, ce qui a eu une influence globalement positive sur ma santé, plutôt que juste m’affamer jusqu’à des niveaux potentiellement dangereux voir létaux. J’ai fait beaucoup, beaucoup de sport. Rien qu’à y penser, mon mental de dépressif fatigué a le vertige. Faire du sport après 17 ans d’une éducation ultra-casanière et un mental dépressif, c’est difficile. Cela m’a cependant beaucoup aidé, de me concentrer un peu sur autre chose que sur absolument devoir manger moins.
Avec les années j’ai appris à gérer, et je me suis graduellement débarassé de mes crises boulimiques et anorexiques (elles reviennent quelques fois, mais repartent assez vite).

Je ne suis pas tiré d’affaire pour autant : il me reste l’hyperphagie.

L’hyperphagie

L’hyperphagie tient une place particulière dans le monde des TCA. Elle ne se déclenche pas forcément en crises violentes comme la boulimie. C’est un trouble extrêmement vicieux, qui s’installe (du moins chez moi) petit à petit. Elle se définit simplement par « consommer trop de nourriture ».
On peut vivre longtemps en début d’hyperphagie sans le remarquer. Certaines personnes ont des sensations de faim ou de satiété bien régulées, d’autres (et c’est mon cas) peuvent avoir une faim quasi omniprésente. Si l’on décide de manger pour combler ces « petites » faims, elles peuvent commencer à se creuser et à prendre de l’importance, comme un drogué qui serait obligé d’augmenter les doses pour avoir son fix.

Food Supplements vs Healthy DietLa nourriture en tant que drogue

La faim finit par nous obliger à manger des quantités absurdes d’aliments, ce qui entraine sur le court terme : inconfort digestif permanent, nausées, culpabilité, et peut très vite engranger boulimie et/ou anorexie. Sur le long terme, il y a souvent une importante prise de poids, car l’hyperphagie est un trouble quasi-constant. Elle peut durer des jours, mais en général plutôt des mois ou des années. Si je reste trop longtemps chez moi (ce qu’un dépressif introverti aura tendance à faire), je suis quasi certain qu’elle va revenir.

En plus des problèmes psychologiques et physiques associés avec le fait de beaucoup trop manger implique, on n’oublie pas non plus que toute cette bouffe perce dans notre budget mensuel.

On apprend à gérer

Vingt ans avec des TCA. 20 ans que la simple vue de nourriture, quelque chose de supposément plaisant et sain, est source d’anxiétés, de complexes, de culpabilités, et j’en passe.
On apprend à gérer, cependant. Certains développent des techniques. J’ai en permanence des nourritures à basse calorie chez moi, pour au cas où une crise de boulimie se déclenche, m’empiffrer sans trop de remords. L’achat de nourritures à haute densité calorique (Pâte à tartiner type Nutella, beurre de cacahuète, pâte de spéculoos…) m’est rigoureusement interdit. La dernière fois qu’on m’a offert un pot de Nutella végane, je n’ai littéralement mangé que ça pendant trois jours.
Contre l’hyperphagie, la seule solution qui ais jamais marché pour moi est de compter les calories d’absolument tout ce que j’ingurgite, mais cela a parfois tendance à dériver en anorexie. Il m’est impossible de faire confiance à ma faim pour savoir quand m’arrêter de manger, alors même si c’est extrêmement chiant de devoir calculer en permanence, je le fait.

29calories_500Ce à quoi ressemble ma tête en fin de journée

De plus, mon énergie quotidienne très limitée par la dépression m’empêche de cuisiner des repas élaborés. Je me nourris principalement de riz. Quand j’ai eu l’énergie d’aller en acheter, j’ai parfois quelques fruits et légumes, ceux qui peuvent être consommés sans trop de préparation. Pour limiter les dégâts, je prends des protéines en poudre et des compléments alimentaires.

Si je mange trop, ne serait-ce qu’une ou deux fois, cela déclenche des émotions négatives qui peuvent me faire rebasculer en boulimie/anorexie/hyperphagie. Comme la dépression qui est une lutte permanente pour vivre, ces TCA entrainent la nécessité de se battre à chaque instant pour ne pas retomber dans une spirale infernale. On y retombe immanquablement, tôt ou tard, plus ou moins profondément, plus ou moins longtemps,. Et alors il faut remonter, réescalader vers la surface, longtemps et douloureusement, à la force de nos deux bras, en tirant ce corps qu’on déteste au moins en partie.
Je ne parlerais pas ici des dommages causés par nos proches, notre entourage, notre environnement social, dans cette lutte déjà ardue : grossophobie, body-shaming, jugements permanents sur notre corps, sur ce qu’on bouffe, ce qu’on fait ou ne faisons pas. Cela mériterait un autre article, et celui-là est déjà trop long.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, comme depuis 20 ans, il m’est impossible de profiter d’un aliment quel qu’il soit, sans avoir une petite voix qui ne me mette les warnings. Il m’est impossible de dissocier la satiété et la culpabilité : si je n’ai plus faim, je suis coupable d’avoir trop mangé. Il m’est impossible de me regarder devant un miroir sans me trouver trop gros. Même pendant une période sévère d’anorexie ou j’avais pourtant un corps musclé et des « tablettes de chocolat » (quel mot ironique) apparentes, je me trouvais toujours trop gros.

On me dit de m’en foutre, de ne plus m’en soucier. Si je le pouvais, je le ferais. J’essaie tous les jours. Je me regarde des dizaines de fois par jour dans le miroir : c’est plus fort que moi. Mes complexes se transforment en une sorte de narcissisme amour/haine. La « selfie » me parle, c’est un moyen pour moi comme pour d’autres de se rassurer, de se réapproprier son image.

Ce qui est ironique, c’est qu’à force d’heures passées en salle de gym, de privations et d’optimisation de mon physique, je correspond dans une certaine mesure assez bien aux normes de beauté. Les gens s’étonnent (ou pire : refusent de me croire) quand ils apprennent que je complexe énormément. Tout comme j’ai longtemps été étonné d’apprendre que mes amies mannequins complexaient elles aussi très fort. Et pourtant c’est là la raison secrète : c’est souvent parce que nous essayons autant que faire se peut de correspondre aux normes de beauté.

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Avertissement : ce que vous voyez dans ce miroir peut être corrompu
par des idées socialement construites sur ce qu’est la beauté.

Je conclurais sur un simple conseil : quand vous faites face à une personne qui souffre de TCA, abstenez-vous de commentaires sur tout sujet en lien. Vous ne savez pas les conséquences désastreuses que cela peut avoir. J’ai redéclenché 1 mois d’anorexie chez une amie en lui disant qu’elle était « mince, pas maigre » – je m’en suis mordu les doigts longtemps.
Ne commentez pas, et surtout, surtout ne jugez pas : beaucoup vivent une bataille permanente que vous ignorez.

J’espère que la lecture de cet article vous aura aidé à mieux comprendre comment fonctionne le vécu d’une personne avec TCAs. En attendant, rappelez-vous toujours cette évidence :

La beauté n’est pas un chiffre.

Pour aller plus loin :

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12 Commentaires

  1. Marlou
    Publié le septembre 2, 2015 à 3:10 | Permalien

    A ce qui lisent ce témoignage magnifique, j’ai aussi un vécu similaire à son auteur. Mon conseil sera le suivant : ne culpabilisez pas de faire des commentaires aux gens, peu importe leur maladie : un commentaire = du dialogue engagé et donc témoigne d’un intérêt pour la personne à qui vous parlez = du soin, de l’affection, de la tendresse, voire de l’amour 🙂 L’amour engendre, selon moi, la voie de la guérison. Soyez positifs, la culpabilité de manger ou de pas manger est une aberration. Si vous en êtes victimes, consultez un spécialiste qui vous aideras peut être à ne plus ressentir ce sentiment néfaste à votre épanouissement. Bon courage à vous.

  2. Publié le septembre 2, 2015 à 7:36 | Permalien

    Merci pour cet article. Il me parle beaucoup. Bon courage pour la suite 🙂

  3. Eléonore
    Publié le septembre 2, 2015 à 10:18 | Permalien

    Merci pour cet article.

  4. Elise
    Publié le septembre 3, 2015 à 1:00 | Permalien

    Ton article me parle beaucoup, et je pense que l’on a déjà dû aborder le sujet tous les deux, probablement chez Pierre, possiblement devant un plat de crumble géant dans lequel on craint de replonger une cuillère, et puis encore une, et puis encore une dernière… et merde j’ai fini le plat.
    J’ai connu l’anorexie mentale, et suis descendue jusqu’à 41 kilos vers mes 18-19 ans, sans jamais me faire vomir, « juste » en réduisant ma consommation de nourriture à l’excès. J »ai connu les crises de boulimie, à engloutir tout ce que je pouvais trouver, 12 yaourts des radis des raviolis froids du brocoli du chocolat des gâteaux, jusqu’à me dire « T’as voulu bouffer, bah bouffe, jusqu’à le regretter, bien fait pour toi », la faim permanente, ou l’impression de faim, les pensées allant trop souvent vers la nourriture : qu’est-ce que je vais faire à manger, qu’est-ce que je vais acheter à manger, penser à manger 45 minutes après le repas, m’en vouloir de passer ma vie à bouffer, confondre ce qui est nécessaire, ce qui est du plaisir, ne plus trop savoir ce qui est normal comme quantités, donc essayer de me créer une logique et des règles toute seule pour avoir l’impression de contrôler les choses. Ouais, elle est importante la notion de contrôle. Quand on a des complexes, que l’on n’ose pas toujours faire tout ce que l’on voudrait, que l’on se sent un peu socialement en dessous par moments, arriver à imposer sa volonté à ses menus devient un peu disproportionné. Si l’on mange trop l’on se sent nul, faible, même pas capable de se contrôler, pas fier de soi. On a du mal à se faire plaisir parce que la notion de culpabilité s’en mêle toujours : en mangeant un gâteau et prenant un thé avec une pote à l’improviste si c’est un jour où je me trouve un peu moche, tout en trouvant le gâteau bon, je vais à moitié en être écœurée en pensant que je vais grossir, avoir de la cellulite, me traiter de gros tas, prévoyant déjà de ne pas manger de dessert le soir pour compenser, de faire ENCORE PLUS de sport le lendemain pour rattraper… Être en déficit constant, « devoir » des calories à sa vie, à soi-même, courir pour rattraper une sorte de but que l’on s’est établi tout seul.
    Je ne peux pas m’imaginer grosse et heureuse. Je ne peux pas accepter l’idée d’une version de moi grosse et heureuse en tant que telle. Pourtant je n’appliquerais jamais ces idées à autrui, j’ai des amis gros, je ne les méprise pas alors que je me méprise pour le moindre capiton, je n’applique pas du tout les mêmes critères, je le sais, mais ça bloque.
    Est-ce que la minceur me rend heureuse, pourtant, les jours où je me trouve pas mal ? Non, pas tellement, en tant qu’ancienne dépressive avec toujours des humeurs fluctuantes évidemment que cela ne suffit pas, ça me fait plaisir 5 minutes mais cela ne m’empêchera pas d’être triste, ou mal pour d’autres raisons, etc.
    Ces derniers temps je teste un combo « cocasse » : les crises de bouffe et l’insomnie. L’hyperphagie somnambulique. Je me réveille n’importe quand la nuit, donc mon corps a besoin d’énergie, puis je suis un peu à la masse donc je n’arrive pas à identifier si j’ai faim, sommeil, et puis c’est un peu comme si c’était l’heure du petit déjeuner, et étant éveillée à des heures où je devrais dormir mon dernier repas est déjà loin derrière. Du coup j’applique d’autres raisonnements que dans la journée, et un moi désinhibé me fait dire « Ouah allez, on s’en fout, mange tu en as envie, vas-y mange des Délichoc, et puis un yaourt, et puis un carré de chocolat ». Mon moi de la nuit saborde mon moi en semi-contrôle de la journée. Du coup au matin je me dis « Bon alors ce midi pas de dessert, et tout à l’heure surtout pas de goûter, pour essayer de rattraper les dégâts ». L’histoire sans fin quoi. En plus parfois je ne me rappelle même pas que j’ai mangé, je découvre des papiers de gâteaux sur ma table de nuit le matin et je me dis « Oops I did it again » et je m’en veux. Et je ne peux absolument pas lutter puisque je mange clairement en dormant ! Je me suis déjà servi un bol de céréales, que j’ai emporté avec moi dans mon lit, je l’ai posé sur moi et commencé, puis je me suis rendormie et quand je me suis réveillée j’ai découvert des céréales partout sur moi avec mon bol et ma cuillère par terre…
    Est-ce que que mon moi de la nuit se vengerait de mon moi de la journée étouffant ? Je ne sais pas. Mais en tout cas ça m’énerve. Tout comme ça m’énerve de penser à la nourriture pendant les repas, entre les repas, en faisant les courses, d’être tiraillée entre me faire plaisir et ne surtout pas me faire plaisir parce que je n’en profiterai pas sans culpabilité… Sans parler des faims d’ennui, de frustration, de compensation…
    Quand je te lis je me dis que je ne suis pas la seule à me prendre autant le chou sur ce genre de sujets, je me demande des fois comment ça se passe dans la tête des autres… Désolée pour ce long pavé, pour une fois que je laisse un commentaire sur un blog en plus ! Je ne sais pas si tu es toujours à Paris mais si oui à l’occasion on pourra en parler si tu veux.

  5. Elise
    Publié le septembre 3, 2015 à 1:04 | Permalien

    (PS : Et parler de ce genre de choses à un médecin, surtout avec ma façon d’enrober naturellement les choses de façon comique pour en fait les minimiser, n’est pas pris au sérieux. Si je dis à un médecin que je mange en dormant et que cela m’ennuie, on va me demander « Combien vous pesez ? », me dire que j’ai un IMC normal, et m’encourager à me faire des tartines les yeux fermés (c’est tout à fait le cas de le dire) si je le souhaite, et le problème ne pourra pas être traité car pas considéré comme problématique justement. Tant que tu as des TCA qui ne sont pas extrêmes, qui ne te rendent ni maigre ni obèse, beaucoup de personnes se sentiront autorisées à commenter ou dédramatiser sans savoir de quoi elles parlent. Comme, bah, tiens, pour la dépression tant que tu n’es pas en train de fondre en larmes tout le temps ou que tu n’es pas trop renfermé sur toi-même, que tu prends sur toi, que tu donnes le change…)

    • Publié le septembre 7, 2015 à 8:08 | Permalien

      En as-tu déjà parlé à un médecin, ou parles-tu seulement de la réaction à laquelle tu t’attends si tu le faisais ?

      • Elise
        Publié le septembre 10, 2015 à 3:26 | Permalien

        J’en ai déjà parlé une fois ou deux, à des médecins qui considèrent que peser quelques kilos de trop est un signe de bonne santé, et que quand l’appétit va tout va… Du coup je généralise un peu, mais il n’est pas évident de trouver quelqu’un qui considèrera que j’ai un vrai « problème ».

        • Publié le septembre 11, 2015 à 9:57 | Permalien

          OK. Un médecin qui n’écoute pas ton inquiétude quant à ton poids, si ton poids n’est pas malsain, c’est normal. Ton poids n’est pas le problème.

          Un médecin qui n’écoute pas quand tu lui parles du fait que la nourriture est devenue une obsession et envahit ton espace mental… Vaut mieux en changer.

        • Publié le septembre 11, 2015 à 10:16 | Permalien

          Après, c’est sûr que plein de gens n’ont pas de tact, y compris dans ceux qui devraient pourtant être formés à l’écoute, et que les préjugés envers les TCA ont la vie dure. Je me souviens d’une personne que j’avais eue au téléphone via un numéro d’appel orienté problèmes de santé des jeunes, qui avait commencé à m’expliquer ma vie, je m’étais sentie jugée et pas écoutée du tout, ça avait fait plus de mal que de bien. Mais je pense qu’à l’époque je considérais encore que c’était mon poids le problème, alors qu’effectivement mon poids était parfaitement normal.

          Après, il y a quelques années, à une époque où les TCA sont devenus tellement envahissants que je commençais à planifier mon suicide, c’est le remplaçant de mon généraliste qui m’a longuement écoutée lui parler d’une voix minuscule du cauchemar de mes obsessions, n’a pas jugé, a pris mon problème avec sérieux, et m’a ensuite donné des adresses de psy.

          J’aurais tendance à dire que ce type m’a sauvé la vie ; mais c’est plutôt moi qui me la suis sauvée, en osant enfin, au bout de dix ans de TCA, faire la démarche d’en parler.

          Je sais que ça semble souvent une montagne d’arriver à parler de ce qui se passe en toi. Je me souviens de ma terreur ce jour-là, de ma honte, et de ma voix presque inaudible. Mais crois-moi : tu as le droit d’être entendue, et tu peux trouver quelqu’un qui t’écoutera.

  6. Lauranne
    Publié le septembre 3, 2015 à 2:00 | Permalien

    Merci pour cet article !
    Je ne savais pas que l’hyperphagie était un TCA, merci de me l’apprendre. Je le subis depuis quelques mois suite à la fin brutale et non voulue de l’allaitement de mon fils (je continue à avoir faim et manger pour deux sauf que je n’ai plus que moi à nourrir), ça fait du bien de pouvoir mettre un mot dessus.

    En tout cas si tu cherches des ressources sur la « grossopositivité », je te conseille de te renseigner sur le mouvement « Health at every size », ou encore le blog (en anglais malheureusement, je n’ai pas connaissance de mouvements équivalents en France).
    Sinon pour aider à réapprendre à manger en faisant confiance à sa satiété (et non en calculant tout), je te conseille la méthode de JP Zermati « Maigrir sans régime ». Malheureusement elle n’est pas très positive en ce sens qu’elle est pas mal orientée perte de poids (donc faut mieux attendre d’être bien imprégné de body positivity avant de te lancer ou te faire accompagner par un nutritionniste/psychologue qui pratique cette méthode), mais sinon elle m’a bien aidé pour réapprendre la satiété et à changer de relations avec la faim.

  7. Mallow
    Publié le septembre 23, 2015 à 4:37 | Permalien

    Juste Merci

  8. Delphine
    Publié le novembre 19, 2015 à 2:30 | Permalien

    Essayez « baclofene » et « addiction » ou « boulimie » dans Google.
    Vous pouvez aussi lire le livre d’olivier ameisen « le dernier verre »
    Vous comprendrez encore mieux je pense.

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