Peut-on coucher avec les militants Front National ?

Temps de lecture : 15 à 20 minutes

Le titre de cet article (parodique évidemment, personne n’a de légitimité pour vous dire avec qui coucher) fait réference à une affaire en particulier : celle d’un spot publicitaire SOS racisme brièvement apparu sur internet il y a deux ans avant de se faire retirer illico -pour de bonnes raisons. Cette courte vidéo était une injonction faite aux femmes (c’est étrange comme « injonction » et « faite aux femmes » sont des termes qui se retrouvent souvent ensemble) pour leur dire de faire gaffe aux gens avec qui elles couchent, parce que quand même, faudrait pas qu’elles se retrouvent à coucher avec un militant FN ou autre raciste du même acabit.

Si vous voulez vous faire une idée plus précise de cette histoire, voici un article de rue89 qui en parle (avec un lien vers la vidéo), ainsi qu’un article du nouvelobs un peu plus complet.

Cette histoire soulève des questions intéressantes : Qu’est-ce qui est acceptable ? Quelles opinions sont acceptables ? Quelles opinions sont inadmissibles ? Qu’est ce qui fait avancer la cause ? Et surtout, peut-on fréquenter des personnes aux opinions inadmissibles ?

Avant tout, un peu de théorie…

Le concept d’ « ami au 2ème degrès »

Il parait que toute personne sur terre est à 3 personnes de distance du dalaï-lama. C’est à dire qu’on a tous un ami qui a un ami qui a un ami qui a rencontré le dalaï-lama. Si l’on pousse au 6ème ou 7ème degrès, on englobe tous les humains sur terre.

Linked_World_Hands_000Le monde entier à 6 ou 7 poignées de main.

Il y a une application assez utile de ce concept en soirées. On a tous un degrès de tolérance plus ou moins grand aux opinions plus ou moins éloignées de la nôtre chez nos fréquentations… Et c’est pareil pour ces fréquentations, justement. Ce qui rend les « amis au 2ème degrès » potentiellement insupportables.

Pour prendre un exemple concret : si je suis d’extrême-gauche, je peux avoir un ami de gauche/centre dont je trouve les opinions « borderline » mais acceptables. Lui-même pourra avoir un autre ami dont il trouve les opinions limites, sauf que sur le spectre politique, ça veut dire que cette deuxième personne est de droite ou d’extrême-droite. Maintenant, il suffit que la personne au centre invite ses deux amis à la même soirée, et je vous laisse imaginer une discussion entre ces deux individus après 3 bières.

Conclusion : si vous organisez une soirée, sélectionnez des amis qui vont bien ensemble. Et si on vous demande si on peut ramener un ami, réfléchissez un petit moment avant de dire oui.

Corollaire : si on s’expose à un peu de racisme/sexisme/autre-isme dans notre vie, on risque d’en recevoir davantage.

Qu’est-ce qui est acceptable ?

Parlons un peu d’intersectionalité, un anglicisme assez dégueulasse de l’anglais Intersectionality. Le meilleur professeur pour comprendre l’intersectionalité sur internet, c’est Bob le triangle à rayures. Si ce n’est pas déjà fait, allez lire le petit guide illustré de Bob

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Pour les non anglophones, le message de Bob se traduit ainsi : « L’intersectionalité, c’est la croyance que les oppressions sont liées entre elles et ne peuvent pas être résolues seules ». En effet, les mêmes mécanismes sous-tendent le racisme, le sexisme, le spécisme, etc. Toutes les oppressions fonctionnent de la même façon, et découlent de la même logique. C’est pourquoi combattre le sexisme, c’est aussi combattre le racisme, et il est contre-productif de prétendre qu’une oppression est plus « grave » et mérite plus d’attention que les autres, ou d’avancer sur une oppression en reculant sur une autre. Il faut lutter contre les oppressions en général, et aucune n’est négligeable.

D’un autre coté… Toutes les luttes se valent-elles ? Toutes les opinions sont-elles inacceptables ?
Vous rappelez-vous l’article sur la Police Végane ? Lors de cette affaire j’avais exprimé le fait que vous n’aviez pas besoin d’être végane à 100%. Être végane à 98% ou à 100%, cela fait une différence négligeable au niveau de la société, et vu la difficulté de l’être à 100% en permanence, c’est en fait inutile voir néfaste au mouvement.
J’ai eu droit à la même réponse à plusieurs reprises, et je cite : « Faire une exception au véganisme, c’est comme faire une exception ailleurs, donc tu es en train de dire que battre sa femme c’est pas grave tant que c’est juste un peu ». Et les gens qui ont pris ma défense se sont fait traiter de collabos qui trainaient avec « un-mec-qui-bat-sa-femme-juste-un-peu ».

Peut-on comparer les violences conjugales à un mec qui a décidé d’acheter un pull en laine non-végane ? Évidemment que non. Les personnes qui font cette comparaison s’imaginent que, quand on achète un pull en laine, quelque part dans le monde un éleveur reçoit un coup de fil : « C’est bon, Georges, on a vendu un pull supplémentaire, tu peux torturer un mouton de plus ! » Ais-je vraiment besoin de dire que la réalité ne fonctionne pas comme ça ? Le système d’exploitation animale se fout pas mal que tu sois végane à 98% ou a 100%. Il est impossible de comparer l’achat d’un vêtement en laine à des violences conjugales envers une personne physique, qui elle n’aurait pas souffert de ces violences si on s’était abstenu de la frapper.

J’en profite pour vous ressortir cette image, qui je pense, présente bien à quel point les conneries sexistes de la lutte anti-racisme citées en début d’article peuvent se retrouver ailleurs (ici dans la lutte végane), ce qui illustre bien mes propos antérieurs sur l’intersectionnalité :

cretin1Rappel : si tu couches avec un omnivore, tu te fais tondre à la libération animale

Cela dit, les abolitionnistes antispécistes (en général, pas ceux de la police végane en particulier) soulèvent tout de même un point intéressant : pourquoi le spécisme est-il plus acceptable dans la société que le sexisme ou le racisme, en particulier quand on a établit que l’intersectionnalité était si importante ?

Quelles opinions sont acceptables ? Quelles opinions sont inadmissibles ?

Les oppressions sont nombreuses et variées. Chantons la ♫ chanson de l’oppression ♫, sur cet air :

« Il y a le racisme ♩ , le colorism, ♪ le sexisme, ♬ l’hétérosexisme ♬, l’antisémitisme ♩, le ♭ cisgenderism ♫ , le validisme et le capacitisme ♬ ♬, l’aphrodisme (discrimination selon la beauté physique) ♬ ♬, le ♬ colonialisme ♬ ♬ ♬, le classisme ♯♪♬, Et tant d’autres oppressions merveilleuses dans le monde ! Attrapez les, Attrapez les touuutes ! ♬ ♬ ♬ ♬ OPPRESSION ♬ ♬ ♬ ♬ ! » Hum. Bref, vous avez compris le message. Et on en oublie.

Certaines de ces oppressions sont -légèrement- taboues dans notre société. Si demain, le président de la république fait -encore une fois- étalage d’un racisme crasseux, il y aura -encore une fois- quelques journaux d’opposition pour protester un jour ou deux. En revanche, s’il raconte avoir mangé un sandwich au poulet, je doute qu’il y ait des vagues d’indignation très conséquentes.

Est-ce à dire que le spécisme est une oppression moins importante que le racisme ? Bien sûr que non. Mais c’est une oppression plus acceptable.

Aparté hors-sujet à propos des oppressions
Une bonne part des oppressions citées dans la merveilleuse chanson ci-dessus n’ont même pas de mot en français pour les dénoncer. La grande majorité est inconnue du grand public. Moi qui suis sensé être au courant, je découvre en écrivant cet article le terme « colorism » – la discrimination qui n’est pas pas selon la couleur de la personne, mais selon la teinte de peau de la personne. Un phénomène que j’ai en effet largement observé quand je vivais dans un pays à majorité de personnes noires. Beaucoup de locaux m’ont raconté comment, s’ils/elles étaient noir(e)s à peau claire, ils/elles avaient un statut social nettement supérieur aux noir(e)s à peau plus foncée (ce qui explique le franc succès des crèmes éclaircissantes L’oréal voir d’autres produits potentiellement mortels pour blanchir la peau).
Il est d’ailleurs assez grave que ces oppressions soient inconnues voir non-nommées, étant donné que l’invisibilité de l’oppression est liée à l’invisibilisation des groupes oppréssés et justifie que tout va bien dans la société, merci.

Parce que certaines oppressions sont plus acceptables, alors nous les acceptons plus facilement chez nos proches. Même si nous les jugeons « problématiques ».

Qui est « safe » ? Qui est « problématique » ?

Le terme « safe » et son contraire « problématique » sont très utilisés sur les internets militants. Ce sont des termes qui sont peu ou pas définis, leur sens découle de la façon dont ils sont utilisés.

Une personne « safe » par exemple, peut désigner une personne qui est éduquée et responsabilisée sur la question des oppressions, et donc qui ne blessera pas les membres des groupes oppréssés. Cela peut également vouloir dire que c’est une personne qui ne blessera pas autrui en général, mais pas forcément.
Une personne dite « problématique », à l’opposé, est une personne qui a des opinions et/ou des attitudes qui peuvent blesser autrui, par exemple des opinions oppressives.

Le problème, c’est que les gens 100% safe n’existent pas. D’une part parce que la définition de « safe » va changer d’une personne à l’autre, et d’autre part parce que la société nous pourrit trop pour qu’on puisse espérer être des êtres purs et absouts de toute pensée oppressive. Est-on considéré « problématique » si on est problématique à 5% et donc safe seulement à 95% ? A quel pourcentage de problématicité doit-on décider de ne plus être ami avec quelqu’un ?

On perd nos amis quand on devient militant

Devenir militant, c’est commencer à voir le monde tel qu’il est, avec ses minorités invisibles, ses oppressions invisibles, ses injustices invisibles. Et toutes les conséquences qui vont avec. C’est comprendre que sortir une blague sexiste en soirée ou faire du slut-shaming est tout sauf anodin, puisque cela participe au système sexiste dont les conséquences sont extrêmement graves pour les personnes de genre féminin (sans oublier évidemment que l’oppression sexiste renforce les autres oppressions, donc les conséquences vont encore plus loin…).
Devenir militant, c’est ne plus voir le rayon « viande » du supermarché, mais voir des bouts de cadavre étalés dans des barquettes -qui ont en plus largement contribués à polluer la planète. C’est être incapable de voir une pub télévisée sans y voir au moins deux ou trois oppressions à chaque fois (racisme, sexisme et classisme reviennent très souvent ensemble) et en conséquence penser à toutes les conséquences au quotidien dans le monde. Curieusement, les militants arrêtent très vite de regarder la télévision.

C’est difficile, particulièrement au début, et particulièrement quand nos amis proches tiennent des discours « problématiques ». On ne peux pas s’empêcher de voir derrière toutes les horreurs que ces propos soutiennent et entretiennent. On se révolte. On est tenté de virer plein d’amis de nos cercles, on voudrait se débarrasser de toute personne « problématique ».

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Mais à quoi sert l’ostracisation des gens problématiques ?

a) Avant tout, aux victimes

C’est une évidence : quand on est membre d’un groupe oppressé, se protéger est normal et sain. Pour des raisons évidentes, il est bon pour une personne de couleur d’éviter de fréquenter des racistes bien assumés, une femme se porte sans doute mieux loin des misogynes, et personnellement j’évite d’avoir trop d’antisémites autour de moi.

Dans une certaine mesure, c’est également appréciable de ne pas être autour de personnes qui ne respectent pas nos opinions. Je ne suis évidemment pas victime d’oppression animale, mais les carnistes qui enchaînent les blagues relous sur la viande, bien sûr que ça me pompe l’air.

Cependant, cela n’est pas une explication à l’injonction à ne pas fréquenter des gens problématiques. Ce n’est pas la raison qui a poussé les membres de SOS Racisme à publier ce spot nauséabond. On part du principe qu’ostraciser les gens problématiques, c’est faire avancer la cause.

b) Faire avancer la cause ?

L’ostracisation des gens problématiques est-elle utile pour faire avancer la cause ? C’est une excellente question, et aucune réponse n’est vraiment fixée. Aucune étude à ma connaissance n’aborde ce sujet, donc on ne peux qu’extrapoler à partir de ce que l’on sait par ailleurs.

Une réponse possible serait : cela fait avancer certaines causes.

Forcer les opinions « problématiques » à se cacher peut avoir un bon effet :
Invisibiliser un discours, ça le fait reculer. Ça montre que ce n’est pas une option acceptable, que c’est une opinion honteuse. Bref, ça montre l’exemple.

Bien sûr, cela reste très limité : l’invisibilisation du discours ne fonctionne que jusqu’à ce qu’il y ait une occasion politique de faire ressortir ce même discours (Les « débats » du mariage pour tous ont fait ressortir l’homophobie, le massacre de Charlie Hebdo fait ressortir l’islamophobie… etc).

Et j’en profite pour préciser que non, ce n’est pas une atteinte à la liberté d’expression. Certes, des emmerdeurs privilégiés viendront dire qu’on a plus le droit de rien dire dans ce pays, oulala, la liberté d’expression ma bonne dame, moi je suis pas comme cette gôche bienpensante. A ce sujet, je ne peux que citer Randall Munroe :

free_speech

Annonce d’utilité publique : le droit à la Libre Expression signifie que le gouvernement ne peut pas vous arrêter pour ce que vous dites.
Cela ne signifie PAS que les autres doivent écouter vos conneries, ou vous inviter à la télé pour les dire.
Le 1er amendement ne vous protège pas des critiques ou des conséquences.
Si on vous hurle dessus, on vous boycotte, on annule votre émission ou vous vous faites bannir d’une communauté internet pour vos paroles, votre droit à la libre expression n’est pas transgréssé.
Cela signifie juste que les gens qui écoutent pensent que vous êtes un trou du cul, et ils vous montrent la direction de la porte.

[N.B. Avant que les trolls ne commencent à troller : non, je ne prend pas la défense des meurtriers de Charlie Hebdo. Même si j’ai toujours gueulé contre les opinions nauséabondes de ce journal, le meurtre pour des opinions est toujours horrible et inacceptable]

Il semble assez évident en revanche que cela ne peut pas fonctionner pour toutes les causes. Je pense notamment au véganisme, qui est un mouvement encore très marginal. Énormément de véganes se coupent de leurs amis, ce qui est très compréhensible (c’est très chiant d’être végane au milieu de carnistes) et se réunissent ensuite uniquement entre véganes. Ils ont l’habitude de s’ajouter entre eux sur Facebook, de s’inscrire aux mêmes groupes, de ne se parler plus qu’entre eux, et de partager des centaines de videos/articles informatifs sur comment c’est trop bien et trop important d’être végane, ou comment les animaux dans les abattoirs se font trop torturer et que c’est gore et horrible (photos et vidéos à l’appui). Ces publications ne seront donc vues que par d’autres de leurs contacts, c’est à dire des véganes déjà convaincus…
Et on peut retrouver ce phénomène dans d’autres mouvements aussi.

Au final c’est très sympa et réconfortant de se retrouver uniquement entre polyvéganes égalitaristes parfaits, mais si on  existe et qu’on milite uniquement dans ces milieux, ça fait rien avancer.

[N.B : Attention une fois encore ceci n’est aucunement une critique des victimes des groupes opprimés. Pour certain/es, se retrouver entre personnes qui partagent les mêmes oppressions qu’eux/elles, ou au moins qui sont de confiance, ça peut être une question de survie mentale]

Qu’est ce qui fait avancer la cause ?

Et là avant d’aller plus loin, je vous invite à lire cet article -primordial- des Questions Composent : Militer, c’est chiant. C’est bon, c’est fait ? Bien.

Beaucoup de ce qu’on voit sur internet de la part de militants n’est pas du militantisme. Harceler un végane qui a acheté un vêtement en laine, ça fait pas trop trop avancer la cause, au contraire. Aller dans la rue et tenir un stand où on affiche des photos d’animaux morts et où on agresse les passants, je doute que ça fasse avancer beaucoup de choses. Comme l’elfe, je ne prétend pas distribuer des bons ou des mauvais points de militantisme, surtout que personnellement je ne suis pas descendu militer physiquement dans la rue depuis des mois. Mais il convient tout de même de savoir si l’on milite en faisant avancer la cause, ou si l’on se fait juste un kiff perso en insultant autrui pour se sentir mieux. Ce qui est du droit de certains, mais qu’on ne pose pas l’étiquette « militantisme » là-dessus.

Depuis que j’ai commencé à m’engager dans des causes diverses, sans trop le faire exprès j’ai fait évoluer pas mal de gens sur les sujets qui me tiennent à cœur, qui ont eux-même fait évoluer d’autres gens, et la chaîne a continué. A chaque fois qu’une personne est venue me dire que je l’avais influencée, les mêmes propos reviennent. Ce qui a convaincu autrui à chaque fois, c’était une position ouverte, avec une démonstration par l’exemple : si cette personne est poly/végane/égalitariste/etc, et qu’elle dégage de la positivité et de l’ouverture, alors je peux l’être aussi, et je serais bien accueilli.

A l’inverse, ça m’est aussi souvent arrivé de m’énerver devant des commentaires oppressifs – ça n’a jamais changé quoi que ce soit. De même, la conception du véganisme comme réservé à une élite est extrêmement néfaste au mouvement (la conception, encore une fois, de la « Police Végane »).

Alors je me répète : je ne veux surtout pas faire de tone policing (rien à voir, même). La colère est légitime et je m’y laisse prendre encore souvent aussi. Je ne veux pas non plus distribuer de bons ou mauvais points de militantisme, j’en serais incapable même si je le voulais. Je veux juste partager ce que j’ai appris de mon expérience personnelle de militant.

On ne peux pas éviter complètement les gens « problématiques » parce que c’est parfois en discutant avec des personnes aux opinions différentes que nous faisons avancer les choses. Le mélange fait avancer les choses.

Dans le mélange des idées, nous partons gagnants.

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Les exemples de personnes issues de milieux de droite ou d’extrême-droite qui ont par la suite développé une plus grande tolérance et ouverture d’esprit sont légions. Le contraire existe aussi, dans une certaine mesure, heureusement beaucoup plus réduite.

On peut lire dans la revue scientifique Psychological Science une étude qui a fait grand bruit, qui dit en substance que « Des aptitudes cérébrales plus faibles prédisent des préjugés plus importants, à travers la transmission d’une idéologie [simplifiée] de droite et de faibles contacts inter-groupes »

Évidemment, ce sont des informations à prendre avec des pincettes, et non, cela ne signifie pas, comme beaucoup d’articles l’ont dit par la suite, que les racistes sont moins « intelligents » (quoi que ça veuille dire). Que ce soit vrai ou pas, l’article ne répond pas à cette question. Par contre, on établit un lien entre facultés cognitives, ouverture aux nouvelles idées, et résistance aux préjugés et aux opinions simplistes.

Les opinions de droite et d’extrême-droite sont simplistes, c’est un fait. Depuis le temps que l’on montre les chiffres de l’immigration et combien elle rapporte de l’argent à la France. Depuis le temps que les études montrent que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif contre le crime. Depuis le temps qu’on prouve que l’homoparentalité est tout aussi valable que l’hétéroparentalité.

Mais les logiques simplistes l’emportent souvent. On s’arrête à penser que 1 immigré en France de plus = 1 travail de moins pour un honnête français « de souche ». On s’arrête à penser que, oh, la mort ça fait peur, donc la peine de mort c’est bien. On pense vaguement que jusque là on avait surtout des familles à noyau hétérosexuel et que donc changer ça c’est la fin de la civilisation.

[N.B. : j’ai écris les lignes ci-dessus en me demandant si prendre la peine de mort comme exemple, c’était bien adéquat, vu que c’est un combat acquis. Une heure après j’apprenais l’attentat de Charlie Hebdo et comment Marine Le Pen l’utilisait pour demander le retour de la peine de mort. On pense que les combats sont acquis, on peut parfois avoir des surprises]

Parce que nous sommes les plus éduqués, qu’il est possible d’éduquer mais impossible de déséduquer, dans le grand mélange des idées, nous partons gagnants. Bien que les positions adverses soient souvent hermétiques (tout comme les notres), on a vu de nombreux cas de changements plus ou moins avancés chez des personnes plus ou moins problématiques, au contact des idées nouvelles que nous sommes sensés représenter. La société s’éduque de plus en plus, et c’est pourquoi, si l’on prend assez de recul, on voit comment l’évolution globale du monde est largement positive (sauf le climat, pour ça on a merdé grave).

Ce qui ne fait PAS avancer la cause : Juger les gens sur leurs fréquentations.

J’écris cet article en pensant en particulier au Twitter militant, mais certaines de ces situations se retrouvent également souvent « dans la vraie vie » au sein des communautés de militants.
Twitter, c’est une cour de récré niveau collège. C’est souvent la course à la popularité et à l’égo, avec qui enfoncera le plus vite les autres pour être le meilleur. Les gens se fliquent, à l’affut de la moindre pièce d’information qui pourrait « supprimer » la personne des milieux militants (t’as eu un propos problématique ? Bam shitstorm dans ta gueule, il te reste plus qu’a supprimer ton compte et à te barrer des internets). De même que sur internet, n’importe qui d’un peu lu ou d’un peu connu va forcément avoir des haterz (même les gens les plus adorables et les plus gentils), de même sur Twitter tu te prendras forcément une tempête de merde dans la gueule à un moment donné, même si à coté de ça tu es une personnes extrêmement gentille, ouverte, et prête à te remettre en question.

Mais un autre aspect est choquant : le flicage permanent des fréquentations. Tu parles avec des gens problématiques ? Tu suis les publications de gens problématiques ? Paf, tu es marqué problématique. Tu passes de l’autre coté, dans la grande guerre entre le Bien et le Mal (le « Safe » et le « Problématique »), tu révèle ton vrai visage : tu es parmi l’ennemi, et donc tes fréquentations aussi sont l’ennemi, et donc leurs fréquentations aussi… Répeter ad nauseam. Évidemment, c’est complètement bidon, parce que les gens 100% safe n’existent pas, comme on en a parlé plus haut.

Jedi_vs__Sith_by_myTduckLe combat du Twitto Safe Vs. le Problématique (allégorie)

Au final, sur Twitter il ne reste que des « élites du militantisme » qui sont réparties en groupes bien fermés qui se regardent -et se surveillent- en chien de faïence. C’est une situation extrêmement excluante pour quiconque voudrait rejoindre le milieu militant.

Pour donner un exemple que je trouve assez dingue : une personne est venue réagir à l’une de mes publications sur twitter. Nous avons échangé très cordialement pendant 3-4 tweets, puis cette personne m’a gentiment dit qu’elle allait arrêter de me parler maintenant car j’étais sympa et elle voulait pas que je m’en prenne plein la gueule à cause d’elle si on continuait la discussion. Pourquoi je m’en prendrais plein la gueule, lui ais-je demandé ? Parce que c’était une personne très problématique (membre de LMPT et cie) et que j’allais me faire mal voir par mon camp.
J’ai été choqué de réaliser qu’elle avait raison. Pourtant, objectivement, quel mal y a t-il à discuter avec une personne sur internet avec des opinions différentes ? Surtout sur un sujet qui n’a rien à voir ?

Est-ce qu’on combat des gens, ou est-ce qu’on combat des opinions ?

En conclusion

Encore une fois je ne prétend pas savoir ce qu’il faut faire ou pas faire, je ne fais qu’apporter mon opinion basée sur ce que j’ai observé.  Je ne prétend pas non plus dire aux gens comment il faut -ou pas- militer. Je voulais juste en venir à cette conclusion :

Oui, si jamais vous en avez envie, et surtout si jamais vous en avez le courage et la patience, vous avez le droit de fréquenter des gens problématiques. Vous pouvez même coucher avec si ça vous chante. Et personne, absolument personne n’a le droit de venir vous emmerder avec ça.

_______________________________

[Post-scriptum : je me suis exprimé par le passé CONTRE la présence de l’extrême droite lors des manifestations de la Protection Animale, pour de multiples raisons y compris dans une logique d’intersectionnalité. La conclusion de cet article ne change aucunement cette position : une manifestation étant un rassemblement pour défendre des opinions, il est logique de s’opposer à la présence d’opinions nauséabondes. Encore une fois, il s’agit de savoir si on lutte contre des personnes ou contre des opinions.]

[Edit 1 : on me fait remarquer que c’est « un grand privilège » que de pouvoir accepter des personnes à opinions problématiques dans son entourage. Même si je ne l’ai pas mentionné de cette manière, c’est en effet 100% vrai et sous-entendu dans le texte]

[Edit 2 : on me fait remarquer rapport à cet article qu’il faudrait (si je comprend bien) utiliser un autre terme qu’intersectionalité ? Si quelqu’un a une suggestion concrète je modifierais l’article en conséquence]

Pour aller plus loin :

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11 Commentaires

  1. Publié le janvier 11, 2015 à 12:50 | Permalien

    Merci pour cet article !

    Je ne sais pas si je suis 100% d’accord ; déjà je ne suis pas sur twitter donc j’aurais du mal à me faire une opinion sur les shitstorms dont tu parles. Par contre quand tu dis que s’énerver contre quelqu’un.e en ligne ça ne sert à rien, je ne suis pas tout à fait d’accord; ça dépend sans doute de quel énervement on parle, mais tant qu’il y a des explications sur pourquoi certains propos tenus sont problématiques, je pense que ça peut toujours servir à des lecteurices invisibles. Effectivement on a tou.te.s plus ou moins tendance à se braquer quand on nous parle d’un ton énervé, mais par contre j’ai déjà appris plein de trucs et fait mûrir ma réflexion en lisant des échanges virulents. D’ailleurs j’ai aussi reçu pas mal de MP lors de moments où j’étais moi-même dans un échange assez violent, pour me remercier de leur avoir fait comprendre des trucs. Du coup voilà, c’est important aussi les lecteurices silencieux.ses ^^ Ah et quand même, j’ai parlé il n’y a pas longtemps avec un mec qui m’a dit avoir compris plein de trucs sur le féminisme en se faisant gueuler dessus par des féministes, donc tout le monde ne marche pas de la même façon non plus.

    Sinon, je suis un peu partagée parce que comme toi, pour moi c’est très important de juger les actes (les paroles étant comprises dedans) et non les personnes. Et en même temps, parfois ça m’arrive de ressentir un peu plus la distance avec des personnes avec qui je parle bien quand je découvre que des propos qui me paraissent insupportables ne les choque pas plus que cela. Disons que ça peut aussi être un révélateur de la distance politique que tu as avec la personne que de voir ça. Ce n’est pas qu’une question de « bouuuuuh tu parles avec des gens de LMPT c’est satan », ça peut aussi apparaître comme un truc que tu as sous les yeux au milieu d’autres trucs pour mesurer que tu n’es pas d’accord avec l’autre sur ce qui est choquant ou non. (Bon après ça dépend aussi vachement de quoi on parle : de voir quelqu’un.e de loin papoter avec un LMPT ? pas de problème pour moi ; de voir un.e proche liker plein de posts qui te paraissent très problématiques d’une personnalité de droite ? ça me paraît normal que ça compte dans « l’appréciation politique » que tu fais de ce.tte proche…non ?)

    Enfin, j’ai remarqué (dans d’autres articles aussi d’ailleurs) que tu utilises le terme « intersectionnalité » pour parler de « à la croisée de plusieurs luttes anti-oppression », « mener plusieurs luttes en même temps ». Mais ce terme a été conceptualisé par les femmes noires et j’ai lu plusieurs fois que c’est un terme dont elles sont dépossédées, et que c’est problématique.
    (Après ce n’est pas super clair pour moi, ce qui est de la dépolitisation blanche, si ça veut dire qu’il faut en général éviter d’appliquer les concepts nés dans certaines luttes à d’autres luttes sans prendre beaucoup de précautions, sans inventer un autre mot. Peut-être que oui en fait.)
    Voici un article sur le sujet : https://negreinverti.wordpress.com/2014/03/16/lintersectionnalite-en-question-1-la-depolitisation-blanche/

  2. Publié le janvier 11, 2015 à 3:28 | Permalien

    Par rapport à la question des privilèges, c’est en effet un privilège de pouvoir fréquenter des personnes ayant des opinions/attitudes oppressives, ce qui veut dire qu’on ne peut pas forcer les gens à faire la même chose, mais c’est peut-être intéressant aussi justement, qu’il y ait des alliés qui ne subissent pas certaines oppressions, donc qui sont privilégiés, et qui peuvent se permettre de fréquenter des gens que d’autres jugent infréquentables, et éventuellement de discuter avec eux, ce qui peut permettre de faire évoluer leurs comportements/attitudes… Enfin en tous cas, c’est une question que je me pose depuis un bout de temps.

  3. Publié le janvier 12, 2015 à 2:13 | Permalien

    Il y a sur ce sujet un beau film de Michel Leclerc qui s’appelle Le Nom des gens, avec Sara Forestier en fille super qui couche avec les fachos pour les convertir…

    Sur l’un des problèmes que tu évoques, cette tendance des milieux militants à se taper les uns sur les autres avant tout, j’ai l’impression que c’est lié au fait que les attitudes que l’on condamne, on les repère forcément avant tout chez ceux qui nous sont les plus proches… Sans toujours se rendre compte qu’en faisant ça (taper sur nos proches), on ne règle pas le plus gros du problème, qui est d’ordre culturel et englobe l’ensemble de la société et surtout on se suicide. Une sorte de myopie militante, à repérer pour porter la vue plus loin.

    Quant à l’argument du « mec qui bat pas souvent sa femme », euh j’aurais tendance à dire que c’est quand même mieux que la battre tous les jours, hein, surtout si le mec en question est en train d’essayer d’arrêter, travaille sur ses problèmes de violence et est d’accord que ce n’est pas souhaitable. Les limites des comparaisons à la con 😀

  4. Cyrielle
    Publié le janvier 30, 2015 à 6:59 | Permalien

    « Certes, des emmerdeurs privilégiés viendront dire qu’on a plus le droit de rien dire dans ce pays, oulala, la liberté d’expression ma bonne dame, moi je suis pas comme cette gôche bienpensante »

    Je trouve cette ṕhrase tres oppressive envers les gens qui defendent la liberte d’expression. Tu noircit leurs idees et tu tournes ces gens en ridicule et ce n’est non seulement pas merite, mais en plus tu te trompes sur leurs intentions.
    Tu vois, ces gens que tu imites sous ce style arriere et que tu traites d’emmerdeurs, bin parfois ils ont aussi des supers arguments et ont une reelle demarche de reflexion avant d’affirmer qu’ils sont pour la liberte d’expression de maniere plus poussee que la tienne.
    Tu detiens pas le monopole de la bonne pensee qui fait que personne est opprime, loin de ça. C’est pretentieux et surtout DANGEREUX car c’est un mauvais exemple de manquer de respect envers ces personnes.

    Selon toi, Lepen a le droit de deraper regulierement, ou bien il faut l’interdire? Tu vois moi je ne suis pas une emmerdeuse pourtant je suis d’accord pour que le pen continue d’exister comme il en a envie. Je le deteste, je deteste tout ce qu’il dit fait et pense, mais je deteste l’idee d’une pensee imposee, d’ou qu’elle vienne. Les gens cons ou angoisses ou les 2 (peu importe ce qui les amene a voter lepen) bin ils ont le droit d’exister et je ne voudrais jamais leur interdire de parler. Je trouve ça fasciste, et c’est cette limite qu’il faut toujours se mettre a soi meme: je jamais interdire un con de parler, car on est toujours (TOUJOURS) le con de quelqu’un. Si on fait tous ça, il reste plus personne qui a le droit de s’exprimer. Alors on donne ce droit a tous, c’est galere mais c’est un moindre mal. Il est selon moi vachement plus efficace d’eduquer et d’eveiller les gens que de les baillonner. Comme avec des enfants quoi….

    Sinon, j’aime beaucoup ton blog.

    • Zerhariel
      Publié le janvier 31, 2015 à 5:05 | Permalien

      On ne peut pas être « oppressif envers les gens qui défendent la liberté d’expression ». C’est un non-sens. Il n’y a aucun système en France qui oppresse les « défendeurs de la liberté d’expression ». Je te conseille de lire quelques articles sur ce qu’est une oppression.
      Plutôt que de dire que ces gens ont de super arguments, tu pourrais peut être les donner et on en discute.

      Déjà, a ce que je sache, on peut critiquer allègrement le gouvernement français sans risquer l’emprisonnement. Donc, les bons cotés de la liberté d’expression sont assurés. Regardons maintenant les mauvais cotés.

      Pour rappel, en France, la liberté d’expression est (sensée) être limitée pour la protection des personnes oppréssées (cad les minorités), ce qui est une excellente chose (si seulement c’était vraiment appliqué…). Les paroles de haine, racistes et homophobes, sont sensées être illégales.
      Les gens qui défendent la sacro-sainte liberté d’expression en France font en général parti des groupes dominants, et dans leur contexte, la liberté d’expression se réduit souvent à cracher sur les minorités oppréssées. Alors que normalement la liberté d’expression devrait être un outil pour lutter contre l’oppression des institutions (le gouvernement étant l’exemple type d’institution en question), aujourd’hui quand on parle de liberté d’expression ça veut souvent dire « laissez moi critiquer les arabes/juifs/etc ».

      Tu peux aller sur n’importe quel site réac d’extrême-droite et tu verras comment ce sont principalement ces réacs qui se plaignent qu’on peut plus rien dire dans ce pays, même pas critiquer les LGBTs…

      Aujourd’hui, défendre la liberté d’expression en France, c’est jouer le jeu de l’oppresseur.

      Merci beaucoup pour ton compliment.

      • Sim
        Publié le août 1, 2015 à 9:24 | Permalien

        La liberté d’expression c’est quand même bien, je pense que le jour où elle sera retirée, ça désavantagera clairement les plus opprimé.e.s et comme tu l’as écris, un combat acquis ne l’est jamais totalement…
        Le mot est clairement dévoyé comme le montrait bien le strip de Munroe. Les personnes ayant des discours oppressant qui se revendiquent de la liberté d’expressions aspirent plus à ce qu’on ne les critique pas (très peu ont des discours capables de résister à une critique un minimum développée) qu’à la sécurité vis à vis de pouvoirs qui pourraient [effectivement] les faire taire.
        Certes, la défendre sans remettre en question les stratégies qui la vident de son sens, c’est jouer le jeu des oppresseurs, mais il faudrait plutôt démonter ces discours que de balancer la liberté d’expression aux ordures (ce que d’ailleurs tu ne fais pas dans le reste du blog, alors je comprend mal que tu écrives ça dans ton commentaire).

        Sinon, on dirait que Bob a perdu son site d’hébergement. Mais je l’ai retrouvé sur ce site :https://stavvers.wordpress.com/2013/04/24/this-is-the-bestest-briefing-on-intersectionality-ever-with-added-description/

        Et merci pour ce blog, plein de sujets et de réflexions intéressants.

  5. Cham
    Publié le mars 23, 2015 à 4:06 | Permalien

    Un moment, tu écris que le colorisme est « la discrimination qui n’est pas pas selon la couleur de la personne, mais selon la teinte de peau de la personne. ». Sous-entendant que le racisme serait basé sur la couleur de la peau (?). Hors, la race relève de bien d’autres choses que la couleur de la peau, justement. Les catégorie raciale sont plus complexe et le terme colorisme à justement été inventé par Alice Walker pour parler des logiques touchant spécifiquement à la couleur – ou la teinte, oui. La page est pas mal informative pour les anglophones.

  6. Nurja
    Publié le mai 23, 2015 à 12:44 | Permalien

    Le clip soit-disant anti racisme propage l’idée que si tu es un homme noir, tu ne pourrais pas t’intéresser à la politique, pas joli-joli…

  7. Xiep
    Publié le juin 14, 2018 à 7:52 | Permalien

    Les opinions de droite et d’extrême-droite sont simplistes, c’est un fait. Depuis le temps que l’on montre les chiffres de l’immigration et combien elle rapporte de l’argent à la France. Depuis le temps que les études montrent que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif contre le crime. Depuis le temps qu’on prouve que l’homoparentalité est tout aussi valable que l’hétéroparentalité.
    Ben Non, on a rien montré, juste exposé des études bidons, contrées par d’autres études…

  8. Xiep
    Publié le juillet 29, 2018 à 4:59 | Permalien

    Pour l’immigration, les travaux de Milloz et de Gourevitch par exemple.

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