Pensée Transhumaniste : Le Ressenti

Love and PainCase 1 : « Je ne crois pas en l’amour, c’est juste un ensemble de réactions chimiques »
Case 3 : « Je ne crois pas en la douleur, c’est juste une réaction chimique »
(©SMBC – Zack Weinersmith)

Le ressenti.

Des molécules qui influencent des molécules qui influencent des molécules qui influencent une poignée de neurotransmetteurs qui déterminent l’état mental : Sérotonine, Dopamine, GABA, les noms scientifiques pour Plaisir, Volonté, et Sérénité.

Tous les éléments constitutifs de la comédie humaine… La civilisation, l’histoire, les arts et les sciences, avec comme finalité un simple signal électrique entre quelques hormones et récepteurs cérébraux. Ma propre volonté de voyager, grandir, aimer, acquérir sagesse et connaissances, des mirages illusoires pour maximiser la quantité de plaisir que je recevrais dans mon crâne. Le secret du bonheur ? Choisir les actions et les habitudes qui maximiseront cet apport hormonal sur le long terme.

Le toxicomane possède la vie la plus parfaite pendant les courts instants où le bonheur le submerge. Mais entre ces moments de paradis, il ne lui reste plus rien, et c’est là son erreur : le sacrifice du très court terme sur le moyen terme. Ses quelques maigres minutes régulières de bonheur ne justifient pas les souffrances qui le torturent quotidiennement. Il a signé un contrat hautement défavorable.

Nous, humains conscients, sommes nés du néant. La volonté s’est crée en nous sans que nous ne réclamions quoi que ce soit. Nous sommes nés sans le vouloir et esclaves de nos systèmes biologiques jusqu’à notre mort. Vivre est autant fardeau que cadeau. Nous savons tous que cette vie n’a aucun sens, et malgré cela, pour la plupart d’entre nous le suicide n’est pas une option envisageable. La seule raison de vivre n’est-elle pas qu’il existe encore moins de raisons de mourir ?

La vie a crée l’animal, et la vie lui tend la carotte et le bâton. De là la différence fondamentale entre l’animal et le végétal : le végétal vie, mais il est hors de ce système pervers de récompense. Il existe pour exister et tout lui est égal, même de mourir. La nature, dans toute sa cruauté froide et vicieuse, a inventé la souffrance pour maintenir l’animal en vie. Et quel système ingénieux ! Tellement ingénieux que l’animal humain est arrivé à transcender les limites de son corps à l’aide des outils de la science, pour peut-être un jour étendre l’influence de la vie au delà du système solaire. La nature a promis le paradis à l’animal qui atteindrait les étoiles, et nous sommes en bonne voie d’y arriver.

Sauf que cela n’arrivera sans doute jamais.

Parce que la nature n’y connait rien en science, elle ignore que nous apprendrions à court-circuiter son système. Ce paradis qu’elle nous a promis, nous développons tous les jours de nouveaux moyens d’y accéder. De tout temps, l’humain a utilisé son savoir pour créer des produits plus ou moins perfectionnés pour emporter le butin promis sans la nécessité de souffrir préalablement pour y arriver. Depuis les premières productions primitives d’éthanol, jusqu’aux derniers opiacés synthétiques mille fois plus puissants que l’héroïne,

Mais la nature est bien faite. Pour nous empêcher d’atteindre notre but, elle a programmé nos cerveaux de façon à ne pas pouvoir ressentir le plaisir de manière permanente. Le cerveau se réadapte toujours à un niveau de bonheur jugé convenable, de façon à nous obliger à rester dans l’éternel système de récompense. Les nouveaux riches se lassent de leur fortune, et les drogués sont obligés d’augmenter leurs doses. Ainsi, l’extase éternelle est impossible… Du moins pour le moment.

Toutes les grandes religions promettent un nouvel âge de bonheur universel pour tous. La science progresse tous les jours. Sans doute, bien avant d’avoir l’accès technologique aux autres étoiles, nous aurons trouvé un moyen d’échapper à cette condition cruelle. Un jour peut-être, nous serons libérés du joug de la nature, la mère de toutes les souffrances et récompenses.

Peut-être que nous ne serons plus que des cerveaux en bocaux, branchés à des machines nous maintenant dans un état de plaisir constant. Il n’existera plus rien pour nous, à part le but ultime, enfin atteint :  l’extase éternelle. Le seul paradis possible et réel.

Certains se demanderont : est-ce bien éthique ?
Mais est-ce éthique d’inventer des prothèses et des chaises roulantes pour aider l’handicapé ? Est-ce éthique de prendre soin de nos aînés, même s’ils n’apportent plus rien à notre civilisation ? Est-ce éthique de mettre une partie de nos ressources de coté pour prendre soin des plus limités d’entre nous, même s’ils ne font pas progresser l’espèce ?
Ce n’est certainement pas naturel. Mais c’est ça, l’éthique. L’éthique, au fond, n’est rien d’autre que la prise en compte du bonheur d’autrui dans le calcul de notre propre bonheur. Et quoi de plus éthique que de maximiser le bonheur de chacun ?

L’erreur est de considérer ce qui est naturel comme « bien » et ce qui n’est pas naturel comme « mal ». Quelle erreur abominable ! Nous connaissons la nature en détail et nous refusons toujours d’admettre à quel point elle est égoïste et immorale. La nature est un phénomène qui ne désire que s’étendre, peu importe les souffrances que ressentiront ses sujets. Rechercher un état de nature, c’est embrasser son syndrome de Stockholm et postuler pour le chevalet. Et nous valons mieux que ça. Pour nous, pour les autres.

Certains rêvent d’un futur où l’humain évolue dans des galaxies inconnues, propulsé par ses connaissances et son éternelle soif de savoir et d’aventures.
Moi, je rêve d’un futur avec une humanité en bocaux.

Cependant, même si cette perspective parait délicieuse, ce n’est qu’un rêve.

Mère nature est toujours ma maîtresse abusive.

Alors je vais continuer à jouer son jeu. Je vais me nourrir, me développer, m’étendre. Je vais vivre des aventures et voyager et apporter tous les jours du neuf à mon existence. Et surtout, je vais aimer, toujours plus, car c’est ça ma drogue favorite. Je vais être heureux, un maximum, en suivant les règles du jeu.

Mais dans ma tête je continuerais d’espérer.

Cet article a été publié dans Délires, Science, Spiritualité avec les mots-clefs , , , , , . Bookmarker le permalien. Laisser un commentaire ou faire un trackback : URL de trackback.

Un commentaire

  1. Riri
    Publié le février 1, 2014 à 7:39 | Permalien

    « Moi, je rêve d’un futur avec une humanité en bocaux. »

    :O J’aurais jamais cru lire ça un jour, tellement je me disais que ça semblerait glauque dit comme ça. Ca serait très pratique (plus besoin de supporter le corps), mais il faudrait aussi avoir un moyen de « toucher du doigt » des choses (réalité virtuelle, quoi), pour pouvoir expérimenter. Mine de rien, les mains, c’est utile (puisque le savoir se situe aussi dans l’exercice).

    Mais à part ça, c’est un rêve qu’on partage 🙂

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*
*