Un rêve polyamoureux

J’ai un rêve.

Je veux fonder un groupe d’amoureux, comme certains veulent fonder un couple.

Je commencerais par aimer une personne, ou deux, et on formerait un couple, ou une triade, et on ferait ensemble ce que feraient tous les couples. On irait au restaurant, on sortirait boire des verres, on irait au cinéma, on ferait l’amour et on passerait des heures dans le lit à discuter de tout et de rien… on se dirait des « je t’aime » ou des « je vous aime », qui sortiraient droit du cœur. Et on serait heureux.

Puis, au fur et à mesure des rencontres, nous trouverions des partenaires attirés par ce modèle d’amour libre. De belles personnes  (j’entends « belles d’esprit » bien sûr). Des personnes en quête d’un amour pur et vrai, un amour qui ne demande aucun sacrifice, qui n’exige absolument rien de la part d’autrui. Un amour où tu ne fais que donner, pour le plaisir de donner, et où tu reçois ce que l’autre t’offre de la même façon. Un amour qui ne coûte rien et apporte tout.

Combien de personnes rejoindraient ce cercle social amoureux ? Je ne sais pas… Nous serions 4, 5, 6 ? Peut-être plus, selon la chance et le temps dont chacun dispose ? Aucune règle pour nous rejoindre, sinon : adhérez à nos valeurs, car c’est cela qui maintiens notre cohésion. Laisse la jalousie dehors, ou au moins accepte de ne pas l’écouter. Accepte l’autre comme ton égal, peu importe sa race, son sexe, son passé. Soit capable d’aimer pour apporter à l’autre, et non pas pour lui prendre. Aucune discrimination dans notre groupe. Blancs, Noirs, Asiatiques, Métis, Gays, Lesbiennes, Bisexuels, Pansexuels, Asexuels, Hétéros, Cis ou Transgenres. Tous acceptés, tous égaux. Peu importe l’orientation sexuelle des uns ou des autres, car après tout, le sexe est facultatif à l’amour.

Aucune obligation, aucune règle, l’anarchie relationnelle totale. Des préférences se forgeront probablement, mais quelle importance, vu que la jalousie aura été remplacée par la compersion. Dans ce réseau relationnel, nous nous aimerions tous, certains à la folie, certains beaucoup, certains juste un peu, mais jamais pas du tout.

Le respect d’autrui comme seule exigence. Tous libres, attachés par les liens de l’amour, mais libres de partir et revenir selon notre bon vouloir. Les séparations éventuelles, temporaires ou permanentes, seraient bien sûr difficiles, mais le réconfort se trouverait facilité par l’amour commun que nous nous fournirions.

Le sexe, quand à lui, débarrassé des notions de domination masculine, serait enfin un échange forgé uniquement de désir, de passion, et d’émotion. Bien évidemment, le consentement et l’envie toujours au centre. Aucun « devoir conjugal », aucun viol conjugal, fléau supprimé par la liberté sexuelle.
Les combinaisons seraient multiples, nombreuses, innovatrices, et l’ennui impossible. Toujours dans la sécurité bien sûr, que ce soit des tests sanguins ou de la protection par préservatif. Parce qu’on protège ceux qu’on aime.

En bref, je ne veux pas évoluer dans ma vie et vieillir au sein d’un couple. Cela ne m’a jamais totalement satisfait et cela ne me satisfera probablement jamais. Je veux une famille d’amoureux. Une personne peut apporter un bonheur immense, et faire découvrir tant de choses à son partenaire, le faire évoluer, lui offrir tellement. Mais plusieurs amoureux ? Une famille unie d’amoureux, soudés dans l’amour, l’honnêteté, la confiance, la liberté, la tendresse ? Toutes ces émotions pures et belles, jamais limitées, démultipliées à l’infini ? Voilà ce à quoi j’aspire.

Quid des enfants ? Bien que je n’y songe pas pour le moment, et que je doute en vouloir un jour, cette configuration serait la plus idéale pour les élever. Aux chiottes, les « 1 papa + 1 maman », quoi de mieux pour élever les enfants que plusieurs papas et plusieurs mamans ? Davantage de ressources pour subvenir à leurs besoins, plus de temps pour s’occuper d’eux, plus de gens autour d’eux pour les éveiller et les éduquer, et surtout, encore plus d’amour à leur apporter.

Tout cela est plus qu’un rêve, pour moi c’est une ambition. Et je crois que je m’en rapproche un peu plus chaque jour.

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3 Commentaires

  1. Absenthe
    Publié le décembre 3, 2013 à 1:04 | Permalien

    C’est mignon !

    Ca a l’air ironique, mais ce n’est pas le cas du tout. Même si une partie de moi, désabusée, trouverait ça un peu utopique.
    Pourtant, ce n’est pas très loin de mes rêves à moi. J’ai juste plutôt tendance à conceptualiser ça sous la forme du réseau, de la toile, que du groupe.

    Si seulement on pouvait briser cette absurde frontière, soit disant étanche, entre amour et amitié…
    (je n’ai su me réconcilier avec la notion d’ « amour » qu’en la voyant comme une forme d’amitié)
    Juste, des relations fortes, dont se modulent différemment les degrés d’affection, de désir, de confiance, d’abandon…
    Ce n’est pas vraiment un rêve plus modeste en fait.

    En attendant, je suis « en couple ». Depuis une dizaine d’année même. Et si je tiens toujours autant à mon compagnon, si mon affection et mon estime pour lui n’ont pas faibli, je pense aussi que le couple, c’est quand même peu étriqué, pour moi en tout cas (et pour lui aussi). Les quelques excursions hors de la monogamie qu’on a eu chacun m’ont tout autant échaudée (oh, c’est compliqué quand même, ça fait parfois très très mal, et ça semble tellement impossible pour les autres…), que donné envie (je pense vraiment que ça me plaît, me convient, si seulement…).
    J’aimerais bien garder ma relation actuelle, mais « casser mon couple » (ça me fait rire de dire ça, d’autant que j’ai eu quelques fois des « vous êtes mon modèle de couple » alors que je déteste cette notion).
    Bref, on verra bien. C’était pour dire que même si en « couple », je comprends et partage ta non envie du truc.
    (et un gros doigt d’honneur aux « tu dis ça parce que tu n’as pas trouvé la bonne »)

    Sinon, même si je ne veux pas d’enfant, je suis d’accord avec toi. De ce que je vois parmi mes proches, deux, c’est vraiment peu pour élever un enfant. Tant de fatigue, de stress et de pression. C’est dommage.

    Bref, je te souhaite une bonne continuation dans cette voie. J’espère que tu arriveras à construire ce que tu souhaites.

    Mais je suis curieuse, quand tu dis que tu t’en rapproches, c’est à quel niveau ? (si ce n’est pas indiscret)

  2. Ribz
    Publié le décembre 25, 2013 à 9:30 | Permalien

    Salut !

    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_%28roman%29

    Tu devrais lire ça.

    « À Pala, la famille restreinte se trouve dépassée par une famille étendue sur une base affinitaire et élective » (Desroche, 1975, p. 401), sous la forme du Club d’Adoption Mutuelle (CAM). Ce CAM dans la pensée de Huxley est une famille composée d’un nombre variable de couples (entre douze et vingt-quatre), qui retrouve les pratiques de l’Oneide. »

    .. ca fait penser aussi au passage de « Au café » de Malatesta qui dit :

    « AMBROISE. — Et les enfants ?

    GEORGES. — Vous comprenez que, la propriété commune admise et le principe de la solidarité sociale établi sur de solides bases morales et matérielles, l’entretien des enfants appartiendra à la communauté et leur éducation sera le soin et l’intérêt de tous.
    Il est probable que tous les hommes et toutes les femmes aimeront tous les enfants : et si, comme je le crois certainement, les parents ont une affection spéciale pour ceux qui sont nés d’eux, ils n’auront qu’à se réjouir en sachant que l’avenir de leurs enfants est assuré et qu’ils ont pour leur entretien et leur éducation le concours de toute la société. « 

  3. Publié le octobre 6, 2014 à 11:50 | Permalien

    Je signe des deux mains.

    La fracture compersion/jalousie, pour moi, elle est difficile à gérer : ce choix de deux sens opposés donné en réalité à la même émotion – je ne sais pas si ça demande un apprentissage ou un désapprentissage.

    Mais je pense que ce qui compte, en définitive, c’est la circulation du désir, que le désir circule entre tous, ne soit pas bloqué à un endroit.

Un trackback

  • Par “Un sueño poliamoroso”, por Zerhariel | le janvier 17, 2016 à 4:01

    […] Nota: Este texto es una traducción de un texto francés. Su autor me ha dado permiso para publicarlo aquí. El texto original es este: Un rêve polyamoureux. […]

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