Relations infinies : Relations sans limites ou limitations, amour sans frontières, et sans fin.

Ceci est une traduction de l’essai “Infinite Relationships: Relationships without bounds or boundaries, love without limits, without end” pour lequel je n’ai pas trouvé d’auteur. Cette traduction m’a demandé pas mal de temps, mais cela en valait la peine, tellement je trouve ce texte puissant et juste. Le texte peut être retrouvé ici : http://galadarling.com/article/infinite-relationships

C’est une lecture que je conseille à absolument tout le monde. Il est un peu long mais en vaut largement la lecture. Mes excuses pour les fautes de traduction ou imprécisions, j’en corrigerais davantage dans le futur.

 

Relations infinies : Relations sans limites ou limitations, amour sans frontières, et sans fin.

Ce texte parle des « Relations non monogames », et de certains avantages d’essayer un fonctionnement différent de la formule « Rencontre/Mariage/Divorce ». Votre réponse à cet article sera probablement la même que celle que j’ai eu il y a quelques années quand j’ai lu une discussion sur le même sujet par David Sandstrom dans son livre suédois Livre de poche pour révolutionnaires : « Bonne idée, mais, euh, ça ne me concerne pas, bien sûr… ». J’avais tort. Si je m’étais rappelé une leçon que j’ai apprise à multiples reprises, j’aurais réalisé que souvent les idées qui me mettent dans une posture défensive et inconfortable au début, deviennent au final les plus importantes pour moi sur le long terme. Je ne prétends pas offrir un programme auquel vous devez immédiatement tous vous ajuster… Mais on ne peut jamais trop se rappeler à quel point il faut rester ouvert aux nouvelles idées, au cas où elles seraient effectivement utiles dans nos vies.

Il y a quelques années j’ai vécu une expérience fantastique lors d’une tournée, dans laquelle j’ai pu expérimenter ce qui se passe lorsque les rôles de masculinité ne prédominent plus. Pendant la tournée, tous les membres du groupe et les personnes avec nous ont pu être des supports émotionnels et apporter beaucoup d’amour, et soudain l’expérience de vie au milieu de nombreux hommes était totalement différente de tout ce que j’ai pu rencontrer avant.  Dans cet espace sûr et encourageant, nous nous sentions tous sans peurs, libres, prêts à tout essayer, sans doutes et sans besoin de murs pour nous protéger. En surface, on ne voyait que le fait que nous n’avions plus peur de nous toucher ou de nous prendre dans les bras, et que nous arrêtions de nous plaindre ou d’agir égoïstement ; mais les implications derrière ça étaient immenses. J’ai réalisé que l’intimité et le support émotionnel pouvaient ne pas rester exclusifs à mes relations amoureuses – je pouvais créer ces éléments et en profiter dans n’importe lesquelles de mes relations.

Cela me fit penser à mes relations amoureuses… S’il n’y avait pas de raison pour que mes amitiés soient plus comme mes amours, pourquoi mes amours ne pouvaient pas être plus comme mes amitiés ? Quand j’y repense, mes amitiés avaient pleins de choses positives que mes amours n’avaient pas : mes amis n’étaient jamais jaloux ou possessifs, mes amitiés n’adhéraient pas à une image sociale stricte de ce qu’elles « devraient » être, et tandis que mes amitiés continuaient en général sous une forme ou une autre dans ma vie, une fois qu’une relation amoureuse était déclaré « non-conforme » elle serait achevée et je ne verrais plus mon amoureuse.

Toutes mes relations amoureuses se sont déroulées à peu près de cette manière : Au début je rencontrerais une nouvelle personne séduisante, nous élargirions alors chacun nos horizons et vivrions de magnifiques expériences ensemble, et ainsi tomberions amoureux. Au début nous nous sentirions plus libre ensemble que nous ne l’ayons jamais été,  et le monde semblerait être débordant de possibilités et de joies. Mais, lentement, ne faisant pas confiance au reste du monde, ou envers un futur moins merveilleux, nous construirions autour de notre amour un château, pour le protéger du monde extérieur froid et dangereux, et nous protègerions notre passion en la transformant en une institution. Le sexe, au début quelque chose arrivant plus gratuitement et naturellement que n’importe quoi d’autre, deviendrait jalousement conservé comme le seau sanctifiant notre relation amoureuse, comme preuve que c’était différent de toutes nos autres relations [Cela semble rétrospectivement un rôle vraiment étrange à donner au sexe]. Inévitablement, je me lèverais un matin en réalisant que la passion libre et sauvage qui nous unissait était partie, remplacée par l’habitude, la routine, la peur du changement ; le château que nous avions construit était devenu tombeau, nous enfermant à l’intérieur loin du monde extérieur, alors que nous avions besoin de ce monde pour nous apporter des choses, des choses à offrir à l’autre et nécessaires à notre propre maintenance. A l’intérieur du cercueil, on se disputait de plus en plus, chacun demandant que l’autre prouve son amour en sacrifiant toujours plus – alors que l’amour est sensé vous permettre de vivre davantage, et non pas vous immobiliser ou vous handicaper, en paiement de l’assurance que vous aurez toujours un compagnon. Un compagnon qui souvent remplace votre participation dans des communautés plus larges, de toute façon. Tomber amoureux aurait dû être comme trouver l’entrée secrète du jardin d’Eden, un mode de vie basé sur le don dans lequel nous partagerions tout sans compter ou sans se soucier de qui donne plus. Maintenant c’était une économie d’échange, nous deux en compétition pour voir qui aurait le plus de besoins, et qui aurait le plus de contrôle. Après toutes mes tentatives pour transcender les stéréotypes des rôles dans les relations amoureuses, je me retrouvais dans le rôle du « petit copain » à nouveau, avec une « petite amie » (ce dernier rôle n’étant jamais sain à jouer dans cette société sexiste !). Et je n’avais aucune idée de comment c’était arrivé.

J’ai commencé à réfléchir sur comment nous tombions toujours dans les mêmes schémas, et comment nous pourrions les éviter. Le problème de la limitation revenait toujours : l’idée que des choses devaient être hors-limites pour que la relation fonctionne. Avec mes amis, rien n’est hors-limite, rien n’est demandé non plus : on s’offre chacun tout ce que l’on peut, quand on l’a à offrir, et on ne demande rien qui ne vienne pas naturellement à l’autre (c’est de cette façon que mes amitiés marchent, quand elles sont saines, du moins, et la grosse majorité d’entre elles le sont aujourd’hui). J’ai décidé de regarder quels autres modèles de relation existaient, et j’ai découvert qu’il y avait de nombreuses sortes de relations sans ces limites et attentes : les relations « non-monogames » ou « ouvertes ».

Je n’essaie pas de dire ici que les relations monogames sont mauvaises, mais qu’il existe un millier de formes possibles pour les relations, et qu’on ne se permet en général que d’essayer un seul format, ce qui semble une idée ridicule. Explorons un peu ! Chaque fois que j’entends un/une autre femme/mari/petit-ami/petite-amie tromper ou mentir, chaque fois que j’entends quelqu’un parler avec fierté de comment, au nom de la monogamie, il a réussi à résister à faire quelque chose dont il avait vraiment envie, chaque fois que je dois écouter les lamentations pathétiques de quelqu’un qui se sent « coincé » dans une relation ou incapable de poursuivre ses désirs à cause de peurs diverses, chaque puta*n de fois que je vois quelqu’un regarder une personne avec concupiscence (« Tu peux regarder tant que tu ne touches pas ! »), ça me rend furieux, cette façon qu’on a eu de s’enfermer nous-mêmes dans ce système de relations à une seule option. Plus que tout le reste, notre engagement à appuyer la monogamie en tant que seule option valable (excepté le « plan cul » bien sûr, celui-ci étant ennuyeux à mourir et assez nul sur pas mal de points), cet engagement nous empêche d’être honnêtes les uns envers les autres. Nous devons oser affronter ces complexités de la vie et du désir le cœur ouvert, même si c’est douloureux. […]

Ce qu’est une relation ouverte :

La chose la plus importante ici est de surmonter l’idée que la valeur d’une personne est mesurée par si elle seule est « suffisante » pour une autre personne. Le monde est infini, et nous aussi – Il n’existe aucune quantité de vécu, aucun nombre ou aucune profondeur d’interactions avec les autres, qui devrait être « assez» pour nous, de la même façon qu’aucune quantité d’interactions avec la personne que vous aimez ne sera jamais « assez ».  Mettre des limites sur ce qu’une autre personne peut faire ou ressentir, comme condition afin qu’elle reçoive mon amour et mon affection, va à l’encontre de tout ce que je crois en tant qu’anarchiste et en tant qu’être humain. Je veux faire confiance aux autres pour savoir ce dont ils ont besoin, et ne jamais les limiter – et je ne crois certainement pas que ma vie sera plus riche avec les limitations que je place sur les autres. Nous devons nous permettre d’être et de devenir qui nous sommes. Ce n’est pas qu’à propos des amours ou des amants ou des amis, c’est également à propos d’autres besoins ou projets, même le besoin d’espace et de solitude – ça brise le cœur de voir combien nos partenaires nous demandent de sacrifier de nous-même pour être avec eux.

Je veux être apprécié pour ce que je suis, pour ce que je fais naturellement, pas pour combien je me conforme à une liste de besoins qu’une personne peut avoir. Si quelqu’un d’autre peut combler ces besoins, je n’empêcherais personne de le faire, et je ne veux pas être jaloux quand d’autres ont quelque chose de complètement différent à offrir ; je veux juste une chance d’offrir ce que j’ai à ceux que j’aime, et je veux me rappeler que ces choses n’ont pas de prix et ne sont aucunement comparables à un autre don unique que d’autres pourraient faire. Aucun d’entre nous ne devrait être chargé du rôle d’être seul responsable des besoins de quelqu’un (amoureux ou autres). De toute façon, notre rôle sur cette terre n’est pas de servir l’autre, mais de trouver le moyen d’être nous-même d’une façon qui bénéficie également les autres. En affirmant que le reste du monde n’est pas hors-limites pour votre partenaire, vous vous libérez de la responsabilité d’être le monde entier pour votre partenaire.

Le système de monogamie veut que les gens hésitent à partager certaines choses avec un autre, et encore plus à s’engager amoureusement – car vous ne pouvez avoir qu’un seul partenaire à un moment donné, et il faut donc être certain que votre partenaire est un bon investissement (et nous revoilà dans le marché capitaliste, même dans nos relations). Les femmes demandent un homme bien placé socialement, les hommes demandent une femme répondant suffisamment aux canons de beauté sociaux pour avoir le prestige qu’il espère avoir en étant à ses côtés, et personne ne peut expérimenter avec des partenaires qui ne remplissent pas suffisamment ces critères pour être des époux potentiels. Cela pourrait être comme les amitiés. Il aurait pu y avoir des gens dans le monde avec qui vous auriez pu passer des moments romantiques une fois ou deux par mois, mais avec qui vous ne concordez pas suffisamment pour se voir tous les jours, s’épouser, etc. (Même si vous voyez souvent des couples peu compatibles comme ceux-là, qui auraient été heureux ensembles d’une manière sporadique mais qui se rendent chacun très malheureux dans un mariage longue-durée). Les relations non-monogames rendent de telles choses possibles sans payer le prix du malheur mutuel.

J’ai décidé que je ne voulais plus avoir une hiérarchie de valeurs entre mes relations amicales et amoureuses : elles sont toutes cruciales, irremplaçables dans ma vie, et j’emm*rde quiconque me demande de choisir entre elles. De plus, j’ai arrêté de classer les relations comme « ami » ou « amoureux » selon des critères arbitraires et superficiels – les sentiments que je partage avec certains amis sont si intimes, si beaux, qu’il est ridicule de ne pas les appeler mes « amoureux » juste parce qu’on ne couche pas ensemble. C’est une sacré absurdité de penser que le sexe devrait être la ligne de division entre nos relations, définissant lesquelles sont prioritaires, dans lesquelles on s’amuse, on vie, on couche, de qui on prend soin en premier, et avec qui on meurt à la fin.

De la même façon, dans les relations ouvertes, le sexe n’est pas rabaissé avec autant d’implications et de restrictions. L’amour et le désir en dehors du modèle de monogamie est diabolisé et attaqué sur tous les fronts de la société – dans la vie des femmes, du moins, et des hommes qui ne veulent pas être monogames mais ne veulent pas non plus la superficialité et la connerie sexiste du « tombeur » […]. Le sexe ne devrait pas être contenu, et ne devrait pas être fait symbole de quoi que ce soit – il devrait juste être un autre moyen pour les gens d’être physiquement affectifs les uns envers les autres, de se donner du plaisir, d’être intimes et expressif émotionnellement, de prendre chacun ses responsabilités pour ses engagements mais sans devoir répondre à quantités de critiques, d’attentes sociales, ou de tabous.

Une relation ouverte c’est juste ça : c’est une relation dans laquelle les gens peuvent être ouverts les uns envers les autres, et envers eux-mêmes – dans laquelle rien n’a besoin d’être caché ou supprimé ou hors-limites, dans laquelle le monde entier est à nous, à explorer, sans peur de transgresser des limites imaginaires. Quand nous demandons une ouverture et une honnêteté complètes les uns envers les autres dans des relations qui incluent des limites et des tabous, nous faisons tout pour engranger la traitrise et la malhonnêteté : dire « Soit ouvert ! » sans être ouvert et réceptif à toutes les vérités est fasciste et grotesque. Nous devons être des supports les uns envers les autres, dans chaque aspect de nos caractéristiques individuelles, si nous voulons que la vraie honnêteté soit possible. Sinon, nous sommes comme des chrétiens en confession tous les deux, à demander que l’on révèle tout à cause des impératifs moraux, avec le fouet de la honte prêt à frapper la faute. Nous devons apprendre à apprécier et célébrer quoi que ce soit qui fasse du bien à l’autre. Si c’est bon pour nos amants, c’est bon pour nous – sommes-nous si égoïstes que nous ne le voyons pas ?

Pour un exemple de comment cela peut marcher, revenons à l’histoire de la tournée. Pendant cette tournée, différents individus ont formés des liens proches, et ont partagés ensemble des éléments privés comme deux amants feraient ; mais ils se souvenaient que pour que la communauté fonctionne, ils ne pouvaient se retirer des relations avec les autres. Et quand deux personnes avaient besoin d’une pause entre eux ou voulaient élargir leurs horizons, ils passaient plus de temps avec les autres, car il y avait toujours d’autres autour d’eux qui avaient des choses à offrir. Tout le monde était en sécurité et pris en charge, et personne n’était exclus, parce que nous n’étions pas organisés en duos exclusifs.

A l’inverse, l’économie de l’amour que nous avons actuellement rend chaque personne pressée de trouver un autre et l’enchainer à elle, avant de finir seule pour toujours. L’alternative, que cette peur de la solitude nous empêche de voir, semble bien préférable : un monde sans frontières, dans lequel chacun d’entre nous serait partie intégrante d’une famille plus large d’amants et d’amis, sans distinctions entre les deux – et sans format donné pour les relations, de façon à ce que l’expérimentation fasse partie intégrante de chacune, et aucune de ces relations ne serait jamais ennuyeuse ou envahissante. Pour se rendre dans un monde pareil, nous n’aurions qu’à nous habituer à ne pas nous limiter, à ne pas penser à l’amour en termes de bien en quantité limitée.

La jalousie, et ce qu’elle m’a appris :

Oui, je me sens encore jaloux parfois. J’ai eu des expériences auparavant de jalousie folle –pas seulement envers un autre homme, mais envers des choses que ma partenaire aimait ou expérimentait ou désirait. Être capable de venir à bout de cela a été très important dans le développement de ma confiance et dans l’apprentissage de ma personne. Il m’a fallu des années pour sentir (et non juste comprendre) que si mon amant/e aime d’autres choses ou d’autres personne, ça ne veut pas dire que je suis une personne moins valable. De plus, si il ou elle m’aime vraiment, ce n’est pas parce que je correspond à une liste de qualités désirées que quelqu’un d’autre n’arriverait pas à remplir aussi bien – elle m’aime pour des raisons qui sont uniques à ma personne, que personne ne peut égaler, et ainsi je n’ai rien à craindre. L’amour n’est pas un bien en quantités limitées – il augmente, comme la joie, quand il est autorisé et partagé et offert. Je ne me sens plus le besoin de garder jalousement quelqu’un pour moi maintenant. Je sais que ça ne fonctionne pas, que ça ne me permet pas de protéger l’amour (ou ma propre personne non plus).

Je considère la jalousie comme une adversaire de valeur, qui peut m’enseigner énormément, si je la confronte plutôt que si j’essaie de m’en protéger en contrôlant les autres. J’ai eu des expériences dans des relations avant où mes amant/es se sont limité/es pour me protéger de ma jalousie, et cela a été catastrophique pour nous deux, comme vous l’imaginez. C’est autant important pour moi aujourd’hui d’aider les autres à ne pas avoir « peur pour moi » que d’apprendre moi-même à ne pas avoir peur pour moi-même.

Une des choses que m’a apprise la jalousie est à propos de mon attitude envers les autres hommes. C’est intéressant de noter que je ne me suis jamais senti menacé par des femmes envers qui mes partenaires étaient attirée ou impliquées, mais les autres hommes m’ont fait voir rouge. Dans notre société, les hommes sont conditionnés pour ne pas se faire confiance, pour se détester, pour « protéger » les hommes des autres hommes (ce qui ressemble plutôt à collectionner une femme pour soi, et protéger sa « propriété personnelle »), et cette inclinaison prend du sens quand vous regardez à quel point les hommes font de la m*rde quand il s’agit d’interagir avec les femmes. Mais moi qui crois aucun homme capable d’être suffisamment bien pour mes partenaires (au-delà du point de l’amitié limitée) c’est de la paranoïa complète et une bataille territoriale à la co*. Si je fais confiance au jugement de ma partenaire, je devrais lui faire confiance pour savoir ce qui est bon pour elle, et ne pas laisser interférer mon conditionnement anti-hommes.

Quelques objections que j’ai entendues à propos des relations ouvertes :

« Ça semble bien en théorie, mais la façon dont les gens se sentent est plus importante que ces abstractions… »

Certains pensent qu’on arrive avec des idées et des théories, pas en tant que solutions aux vrais problèmes de nos vies, mais pour montrer quelles bonnes idées on peut avoir. Si ce n’est pas clair, à présent, que j’ai pensé à tout cela pour résoudre et non pas exacerber les problèmes de mes relations amoureuses, alors je m’excuse pour avoir si mal écrit cet article (NDT : ou pour l’avoir si mal traduis !). Et, si vous pensez que les relations ouvertes peuvent être douloureuses, essayez la monogamie long-terme. Elles sont dures toutes les deux, parfois.

« Mais, la nature humaine … »

Allez vous faire f*utre. C’est dit. La nature humaine c’est ce qu’on en fait, et vous savez ça aussi, que vous le vouliez ou pas – c’est l’excuse lâche d’une personne lâche.

« J’imagine que c’est bien que tu veuilles essayer, mais par chance, je ne veux que de la monogamie pour moi ! J’ai déjà tout ce qu’il me faut ! »

C’est très bien pour toi, si c’est vrai – pour le moment, en tout cas. Nous sommes toujours si heureux quand nos désirs semblent coïncider avec les règles sociales : ainsi c’est facile de se sentir fiers de nos désirs, de penser qu’ils sont beaux, quand ils sont universellement acceptés (En effet, tout autour de toi renforce l’idée que ce que tu es assez chanceux de ressentir pour le moment est la perfection elle-même)… Mais tu ne seras peut-être pas toujours si « chanceux », tu sais. Si toi (ou quelqu’un d’autre) ressent un besoin qui n’est pas satisfait par le système de monogamie, si tu n’as pas déjà fait l’effort pour que les autres comprennent et acceptent l’idée qu’il y a tellement de sortes différentes de relations et de désirs, tu repartiras à zéro, tu seras mécompris, détesté, appelé « salope » ou « pute ».  Personne ne devrait avoir à vivre ça. Jamais. Alors quels que soient tes besoins personnels, tu as un intérêt à promouvoir la non-monogamie comme une option viable aussi. Sinon, nous vivrons tous dans la peur de nous réveiller un jour en ressentant un désir inacceptable. C’est ce moralisme fasciste que je refuse. […]

C’est pourquoi je me considère non-monogame aujourd’hui, même si je n’ai eu de relations sexuelles qu’avec une seule personne au cours des 5 derniers mois : je fais ce que je fais non par engagement pour la monogamie, mais plutôt comme un engagement à rendre des comptes à mes propres désirs et ceux des autres, sans un seul regard pour les normes sociale – et pour aider ceux qui font la même chose, qu’ils le fassent ou pas de la même manière. La non-monogamie n’est pas une histoire de sexe, de toute façon – c’est une approche générale des relations avec les gens, comme j’en ai parlé plus haut.

« Les relations ouvertes sont néfastes aux femmes – c’est juste un autre moyen pour que les hommes soient égoïstes, et absents quand les femmes ont besoin d’eux… »

C’est le genre de remarques sexistes auxquelles je ne voudrais pas répondre, mais je l’ai déjà entendu avant. Elle me rappelle ce mythe qui veut que toutes les femmes « bien » veulent des relations monogames et « responsables », et celles qui ne veulent pas ça n’ont rien compris (alors on peut les regarder de haut, tout comme certains porcs misogynes les surnomment « salopes »). Premièrement, les femmes ont été celles qui m’ont introduit vers la plupart de ces idées. En plus des femmes que je connais personnellement, le meilleur livre que j’ai pu trouver sur le sujet (La Salope Ethique, de Dossie Easton et Catherine A. Liszt, Greenery Press), que je recommande à quiconque intéressé sur le sujet, est écrit par des femmes […]. Deuxièmement, beaucoup des hommes et des femmes qui ont aidés à rendre visible ces différents modèles de relations au cours des dernières décennies n’étaient pas toujours dans des relations hétérosexuelles, et il s’agit donc d’une critique infondée. Troisièmement, les gens qui disent ça ont l’air de penser que les hommes ne prennent soin que des femmes qui les paient en retour avec du sexe, et que leur nier l’accès à d’autres moyens d’obtenir du sexe est un moyen d’être sûr que le paiement fonctionnera toujours. Mon dieu, j’espère que ce n’est pas le mieux qu’on puisse espérer pour les relations hétérosexuelles…

En dernier lieu, oui c’est vrai que les hommes ont été conditionnés pour être égoïstes et parfois moins s’occuper de l’autre en relation, et juste changer de modèle de relation ne va pas guérir ça. Mais ce sera un problème quel que soit le type de relation, pas seulement les relations ouvertes, et ce problème doit être traité séparément. Un garçon qui aime et prend soin de sa partenaire ne va pas s’enfuir pour du sexe avec une étrangère quand son amoureuse (ou une de ses amoureuses) aura vraiment besoin de lui. […] Nous les hommes devons désapprendre les pressions qui nous font chercher du sexe superficiel comme un moyen d’éviter une vraie intimité et un vrai support émotionnel. Ce qui m’amène à la troisième objection :

« Alors, cela veut-il dire que tu abandonnes tes rêves de romance, tes espoirs de vivre heureux pour toujours, tout cela pour des séries d’épisodes sexuels avec des camarades ? »

Non, pas du tout. Je ne veux pas échapper à mes engagements personnels et à mes relations au long terme – au contraire, je veux les empêcher d’être en danger pour rien. Je veux sécuriser mes relations amoureuses, pour qu’elles ne soient plus sous le risque de problèmes triviaux comme un ennui temporaire ou de l’attraction pour un/e autre, en créant des relations qui peuvent durer à travers des changements dans ma vie et dans mes besoins. Ainsi je peux espérer garder mes amoureux/ses aussi longtemps que mes amis, jusque la mort nous sépare pour de vrai, et non pas jusqu’à ce que de vieux tabous (ou de la jalousie, des insécurités, etc.) vienne interférer. Bien sûr, ce sera dur parfois, comme tout est dur parfois, mais les récompenses pour avoir fait fonctionner ça en vaudront la peine.

Ce que j’espère faire ici, c’est nous libérer des tragédies non nécessaires à nos relations amoureuses, des insécurités et de la possessivité qui nous nient l’engagement et le plaisir que nous pourrions avoir ensemble. Pour être prêts à éliminer ces obstacles, nous devons être prêts à faire face aux vrais tragédies, tête baissée, avec courage : on ne peut pas demander aux autres de nous protéger de nos insécurités en se limitant, et nous devons faire face au fait qu’il y aura des moments où nous seront seuls. Le prix à payer en ne faisant pas ça est absurdement élevé. Aujourd’hui, nous souffrons à la fois des tragédies réelles et des tragédies inutiles dans nos relations, à cause de notre manque de courage.

Est-ce trop demander que d’essayer quelque chose de nouveau ?

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2 Commentaires

  1. Staein
    Publié le mai 25, 2015 à 3:54 | Permalien

    Merci beaucoup pour cette traduction, je suis étonné qu’il n’y ait pas plus de commentaires !
    Bonne continuation ! 🙂

  2. Marianne
    Publié le juin 5, 2015 à 2:14 | Permalien

    Merci pour cette traduction. Cet article m’a beaucoup touchée.

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